© Pyramide Distribution
Belgica
  • Belgica
  • Belgique, France, Pays-Bas2015
  • Réalisation : Felix Van Groeningen
  • Scénario : Arne Sierens, Felix Van Groeningen
  • Image : Ruben Impens
  • Son : Jan Deca
  • Montage : Nico Leunen
  • Musique : Soulwax
  • Producteur(s) : Dirk Impens
  • Production : Menuet, Pyramide Productions, Topkapi Films
  • Interprétation : Stef Aerts (Jo), Tom Vermeir (Frank), Hélène Devos (Marieke), Charlotte Vandermeersch (Isabelle)...
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Date de sortie : 2 mars 2016
  • Durée : 2h07

La visite de la fanfare


La visite de la fanfare

L’arche de Noé

Fidèle à ses thèmes de prédilec­tion et son univers punko-musi­cal, Felix Van Groenin­gen trou­ve, avec ce cinquième long-métrage d’inspiration per­son­nelle, le sujet par­fait pour sa mise en scène dis­parate, son affec­tion pour les moments de crise et de pas­sion, et bien sûr son atten­tion dévo­rante pour la musique en train d’être jouée et/ou écoutée. Au blue­grass déployé dans le mélo Alaba­ma Mon­roe il y a trois ans répond dans Bel­gi­ca l’énergie du rock, avec tout l’imaginaire qui lui est asso­cié. Les bières coulent à flots, les rails de coke s’enchaînent, le sexe est générale­ment crade et vite fait en couliss­es : bien­v­enue au Bel­gi­ca, rade du jeune Jo bien­tôt sub­limé en club grâce à l’intervention de son frère Frank, aus­si déluré que débrouil­lard.

Inspiré de l’expérience dont il a été témoin via son père, qui tenait un bar sim­i­laire à Gand, Felix Van Groenin­gen développe l’anecdote de la créa­tion du lieu éponyme. Mais Bel­gi­ca n’a rien d’une suc­cess sto­ry, et c’est tout l’intérêt de ce film que d’inverser la dynamique nar­ra­tive de son précé­dent long. Dans le mélo cri­ard Alaba­ma Mon­roe, c’était la tragédie per­son­nelle du cou­ple qui était au cœur du film, autour duquel grav­i­taient les scènes musi­cales, piètrement artic­ulées au drame. Ici Felix Van Groenin­gen ren­verse la ten­dance en faisant de la musique, de la fête et de leur déploiement le cœur de son intrigue. Les soirées et con­certs font l’objet d’une représen­ta­tion revig­o­rante. Mis en scène avec emphase, ren­forts de lumières, de bass­es et de gros plans sur la foule depuis le cœur de la fête, ils sont tous le sel du film. C’est dans ce tableau-là que Felix Van Groenin­gen excelle et rend son énergie, portée par tout une bande d‘acteurs de tous hori­zons qui représen­tent l’équipe du club et « l’arche de Noé » de ses habitués, com­mu­nica­tive.

Lieu de perdition

Il y a bien une sorte de vacuité ou de van­ité là-dedans, car ces moments ne valent qu’en soi et sont par­faite­ment décon­nec­tés de toute avancée nar­ra­tive – ce sont comme des temps sus­pendus, pen­dant lesquels il ne se passe plus rien d’autre, et où on oublie les intrigues satel­lites. Mais elles mon­trent d’une part une adresse dans la représen­ta­tion de la fête et de son entraî­nant plaisir ; et remet­tent d’autre part les pro­tag­o­nistes au cen­tre de l’intrigue. Le réal­isa­teur les filme au milieu de la foule, don­nant ain­si corps à leur accom­plisse­ment ; à l’image de cette pre­mière scène qui joue l’inauguration du lieu à son pub­lic avec l’arrivée des musi­ciens et surtout des instru­ments au cœur de l’image, les uns après les autres. Jo en est comme le chef d’orchestre, qui guide la mise en scène de cette ode punk à la fête, sous laque­lle se cachent ambi­tions per­son­nelles et con­tra­dic­tions, et surtout la rela­tion frater­nelle, qui ne dit jamais la pro­fondeur de son attache­ment parce qu’elle est jouée en sour­dine de l’anecdote prin­ci­pale.

C’est cette sub­til­ité, à vrai dire inat­ten­due chez Felix Van Groenin­gen, qui sauve le métrage de la pesan­teur qu’on red­outait. Le réal­isa­teur ne se com­plaît d’ailleurs pas dans les excès divers, mon­trant aus­si bien l’envers du décor (sou­vent abusif ou négatif) que les sail­lies de jouis­sance (musi­cale, sex­uelle, hal­lu­cinée) et d’euphorie qui accom­pa­g­nent les deux com­pères aux com­man­des de leur club. Là où le précé­dent film du réal­isa­teur péchait par excès de démon­stra­tion et gênait dans sa représen­ta­tion fac­tice du cou­ple et de l’amour, Bel­gi­ca joue ses cartes plus sub­tile­ment, dessi­nant en par­al­lèle les tra­jec­toires des deux frères, aus­si opposées que com­plé­men­taires. L’idée n’est pas nou­velle, mais effi­cace, d’autant qu’elle heurte avec l’anecdote les idéaux de cha­cun à la dure réal­ité des choses, via ses échos sociopoli­tiques notam­ment et le racisme latent auquel se con­fronte l’utopie har­monieuse des deux frères.

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