Pattaya

Pattaya

de Franck Gastambide

  • Pattaya
  • France2015
  • Réalisation : Franck Gastambide
  • Scénario : Franck Gastambide, Stéphane Kazandjian
  • Image : Renaud Chassaing
  • Décors : Arthur Deleu
  • Costumes : Emmanuelle Youchnovski
  • Son : Rémi Daru, Guillaume D'Ham, Olivier Dô Hùu
  • Montage : Laure Gardette
  • Musique : Éric Neveux, Koré
  • Producteur(s) : Éric Altmayer, Nicolas Altmayer
  • Production : Mandarin Cinéma, Gaumont, D8 Films
  • Interprétation : Franck Gastambide (Franky), Malik Bentalha (Krimo), Anouar Toubali (Karim le nain), Ramzy Bedia (Reaz), Gad Elmaleh (le Marocain), Sabrina Ouazani (Lilia)
  • Distributeur : Gaumont Distribution
  • Date de sortie : 24 février 2016
  • Durée : 1h37m

Pattaya

de Franck Gastambide

Dulcolax


Dulcolax

Avec un tel titre et dans le cadre d’une comédie dite pop­u­laire, Pat­taya pour­rait inciter tout spec­ta­teur en quête de dig­nité à crain­dre le pire. Prenant large­ment place dans les ruelles de cette sta­tion thaï­landaise, sou­vent évo­quée comme cap­i­tale mon­di­ale du tourisme sex­uel, le deux­ième long-métrage de Franck Gas­tam­bide ne s’é­pargne en effet aucune lour­deur. Apolo­gie jusqu’au-boutiste du mau­vais goût, le film débute par un gag des­tiné à hum­i­li­er un nain en jouant sur les échelles de plans et se con­clut par une pro­jec­tion de diar­rhée à l’écran ; deux scènes qui don­nent le ton en traduisant autant sa vul­gar­ité que son car­ac­tère sys­té­ma­tique­ment dis­crim­i­nant.

Du mépris des autres à la haine de soi

Dans Pat­taya, aucun des clichés les plus insul­tants sur la Thaï­lande ou les jeunes de ban­lieue n’est lais­sé de côté. Chaque gag en abuse, avec pour inten­tion de racol­er tout spec­ta­teur sus­cep­ti­ble de céder sa réflex­ion au prof­it de rires méprisants. Toute­fois et à force de tir­er à vue dans un pre­mier degré con­ster­nant, la comédie écrite, réal­isée et inter­prétée par Franck Gas­tam­bide aura bien du mal en amuser d’autres que lui. En effet, son film ne se con­tentera pas d’hu­mil­i­a­tions réservées aux obès­es, aux chauves et autres trans­sex­uels (pas­sage apparem­ment obligé de toute beauferie prenant place en Thaï­lande), mais ira jusqu’à char­cuter son pub­lic cible, les class­es pop­u­laires de ban­lieue, qu’il qual­i­fi­ait déjà – mais avec plus de sec­ond degré – de «kaïra» dans son précé­dent opus. Et si l’au­teur de Pat­taya ne sem­ble plus réelle­ment les con­naître depuis dix ans tant son scé­nario les car­ac­térise de façon désuète (qui écoute encore Amine ou par­le de « te-fri » en ver­lan en 2016 ?), sa volon­té de les met­tre au plus bas intel­lectuelle­ment, sans jamais leur con­céder le moin­dre espoir ou la moin­dre lumière, con­stituera sans doute l’un des aspects les plus rebu­tants de son œuvre. Ain­si, ses per­son­nages aux fautes de syn­taxe per­pétuelles n’évoqueront-ils à longueur de scènes que leur «pas­sion que je veux ressem­bler à Vin Diesel» et leur totale absence d’ambitions.

De ces ambi­tions, il fau­dra alors s’interroger sur celles de Franck Gas­tam­bide, qui au delà de livr­er un scé­nario out­ranci­er et mis en image sans jamais déroger des stan­dards actuels des comédies pop­u­laires, ne saura lui offrir pour cadre qu’une absence cri­ante d’imaginaire. Pour pal­li­er ce manque et à l’im­age du récent Dead­pool, l’au­teur de Pat­taya abusera autant que pos­si­ble de références pop-cul­turelles aus­si tran­si­toires que paresseuses. Là où Michaël Youn réus­sis­sait avec Fatal, en 2010, à met­tre ces mêmes références au ser­vice de son univers pour con­stituer des ponts entre des points d’an­crages dans le réel (des artistes et des médias recon­naiss­ables) et une fic­tion néces­si­tant de la dis­tan­ci­a­tion (des per­son­nages sur­réal­istes), Franck Gas­tam­bide les dis­tillera hasardeuse­ment et avec pour seule inten­tion d’aguich­er les spec­ta­teurs qui auront su recon­naître les par­o­dies du Mes­sage à inter­net de Mor­say, de «l’Ile de la Ken» ou d’«Enquête abu­sive».

Évi­dent final pour un film racoleur, Pat­taya ten­tera de se racheter une con­duite à l’occasion de sa con­clu­sion. Le per­son­nage du nain que ses cama­rades ten­taient plus tôt de cap­tur­er dans un filet grimpera sur le ring pour un com­bat de boxe thaï­landaise cadré et mon­té sans volon­té de l’humilier. Dans la con­ti­nu­ité, ses com­pères accepteront même de pren­dre enfin con­nais­sance de son nom, à quelques min­utes du générique. Il serait pour­tant naïf de voir en cette séquence autre chose que les inac­cept­a­bles excus­es d’un film aus­si menteur qu’il se sera longtemps mon­tré sûr de lui. La bien­séante sagesse n’incitera alors qu’à fuir les salles, loin des par­adis arti­fi­ciels de Pat­taya et vers de plus nobles des­ti­na­tions.

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