© The Walt Disney Company France
Zootopie
  • Zootopie
  • (Zootopia)
  • États-Unis2016
  • Réalisation : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush
  • Scénario : Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush, Phil Johnston
  • Montage : Fabienne Rawley
  • Musique : Michael Giacchino
  • Producteur(s) : Clark Spencer, John Lasseter
  • Production : Walt Disney Animation Studios, Walt Disney Pictures
  • Interprétation : Ginnifer Goodwin / Marie-Eugénie Maréchal (VO / VF Judy Hopps), Jason Bateman / Alexis Victor (VO / VF Nick Wilde), Jenny Slate / Claire Keïm (VO / VF l'adjointe au maire Bellweather), Idris Elba / Pascal Elbé (VO / VF chef Bogo), Raymond S. Persi / Jean-Claude Donda (VO / VF Flash, le paresseux), Shakira / Lubna Gourion (VO / VF Gazelle)...
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Date de sortie : 17 février 2016
  • Durée : 1h48

Disney fabuliste


Disney fabuliste

L’anthropomorphisme ani­malier fait les beaux jours de Dis­ney depuis plus de soix­ante dix ans (Bam­bi, Les 101 Dal­ma­tiens ou plus récem­ment Rata­touille), d’où la red­outable dif­fi­culté d’innover sur des bases si anci­ennes. Avec Zootopie, son 55e clas­sique d’animation, le stu­dio hybride deux for­mules large­ment plébisc­itées par le pub­lic, mais de sources dif­férentes: des ani­maux qui par­lent et vivent comme des hommes (La Belle et le clochard au restau­rant ou les enquêtes de Bernard et Bian­ca) mais en sup­p­ri­mant toute présence humaine (comme dans Cars de Pixar).

Dans la méga­pole Zootopie, les ham­sters por­tent des attachés-cas­es, les girafes siro­tent des smooth­ies et les paresseux tra­vail­lent dans l’administration. La vie sociale de la cité, calquée sur notre mod­èle, appa­raît adap­tée au règne ani­mal par l’entremise d’une évo­lu­tion de taille. L’instinct sauvage des pré­da­teurs a en effet fait place à une entente général­isée entre les divers­es espèces, per­me­t­tant à Judy Hopps (petit clin d’œil à la Judy Hoffs de 21 Jump Street), une jeune lap­ine idéal­iste d’intégrer, grâce à un pro­gramme munic­i­pal, le poste d’enquêteur. Con­fron­tée au « racisme » latent de ses col­lègues (des buf­fles, des éléphants ou des ours), le petit rongeur peine à trou­ver sa place jusqu’à ce qu’elle prenne à bras le corps une enquête con­cer­nant une étrange dis­pari­tion. Avec l’aide de Nick, un renard arnaque­ur, elle va met­tre à jour un immense com­plot visant à désta­bilis­er l’harmonie inter-espèce de Zootopie.

Le Janus de l’animation

Byron Howard (Raiponce), Rich Moore (Les Mon­des de Ralph) et Jared Bush, le trio de réal­isa­teurs aux manettes de Zootopie, ont beau tra­vailler pour Dis­ney, il est de plus en plus évi­dent que la pat­te Pixar s’imprime sur les longs métrages de la firme aux grandes oreilles (depuis 2006, le stu­dio est devenu une fil­iale de Walt Dis­ney Pic­tures). Si dans Zootopie, on retrou­ve l’habituelle chan­son-titre qui vrille les tym­pa­ns (un ter­rain sur lequel Pixar ne s’aventure pas encore, heureuse­ment), l’ambition du film flirte avec la veine adulte intro­n­isée par Pixar. Les clins d’œil cinéphiles s’enchaînent, en par­ti­c­uli­er un hom­mage irré­sistible au Par­rain, allant même jusqu’à l’autocitation (le fameux « libérée, délivrée ») voire la par­o­die. Cet humour décalé, presque ironique mais tou­jours bon enfant, irrigue Zootopie, con­fi­nant au génie lors de l’apparition du paresseux, per­son­nage sec­ondaire mais ô com­bi­en savoureux qui fera hurler de rire petits et grands pour des raisons sans doute dif­férentes.

Fable moderne

La syn­thèse opérée par le film, entre la mièvrerie de Dis­ney et la finesse d’analyse de Pixar, trans­forme Zootopie en une propo­si­tion des plus rafraîchissantes. Ce dou­ble dis­cours per­ma­nent entre deux formes créa­tives dis­tinctes et recon­naiss­ables trou­ve d’ailleurs une incar­na­tion dans le per­son­nage du fen­nec, can­dide et cor­rosif à la fois. Bien que le réc­it, une enquête habile­ment menée par un duo improb­a­ble, tourne par­fois à vide, provo­quant des temps morts nar­rat­ifs dom­mage­ables à l’ensemble, la con­tem­po­ranéité des thé­ma­tiques (le racisme, la peur de l’autre, l’intégration sociale face aux clichés) hisse le film vers le haut. On ne peut que saluer l’intelligence de cer­taines séquences, comme cette fugace scène de train où les anci­ennes proies renouent avec leur frayeur ances­trale des pré­da­teurs. Dans un monde figé dans ses pho­bies, où la dif­férence physique ali­mente toute sorte de fan­tasmes iden­ti­taires déli­rants, Zootopie, sous ses atours enfan­tins, joue avec les préjugés pour mieux les désamorcer avec drô­lerie, mais non sans per­ti­nence. Sorte de fable mod­erne, où les ani­maux véhiculeraient au-delà du rire comme chez La Fontaine une cri­tique sociale bien­v­enue, Zootopie édi­fie un micro­cosme utopique, cri­tique et hila­rant.

Finale­ment, Zootopie, c’est un peu comme si les souris humanoïdes de Cen­drillon évolu­aient dans un monde-miroir bien à elles, mod­erne, tech­nologique et expurgé d’humains à la manière de Cars. Cette com­bi­nai­son inédite des savoir-faire de la major (le mer­veilleux des ani­maux par­lants) et de Pixar (la cita­tion et la réflex­ion post-human­iste) pour­rait bien mar­quer un virage dans la pro­duc­tion des nou­veaux clas­siques Dis­ney.

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