Ferda la Fourmi

Ferda la Fourmi

de Hermína Týrlová

  • Ferda la Fourmi
  • Tchécoslovaquie1968 / 1973 / 1977 / 1980 / 1986
  • Réalisation : Hermína Týrlová
  • Ferda aide ses amis (Ferda v Cizích Službách), 1977, 10 min
    Un sacré garnement (Klukovy Klukoviny), 1973, 8 min
    Les Farces du diablotin (Žertíkem s Čertíkem), 1980, 6 min
    Les Féeries du corail (Korálková Pohádka), 1968, 10 min
    Conte de la corde à linge (Pohádka na Snure), 1986, 8 min
    À partir de 3 ans
  • Date de sortie : 10 février 2016
  • Durée : 42 min

Ferda la Fourmi

de Hermína Týrlová

Le monde miniature d'Hermína


Le monde miniature d'Hermína

Dans la boîte à couture d’Hermína

Her­mí­na Týrlová est l’une des très rares femmes à s’être fait un nom au niveau mon­di­al dans le ciné­ma d’animation et voilà déjà plusieurs années que son œuvre devient acces­si­ble en France. Avant que Malavi­da ne regroupe ces cinq courts métrages réal­isés entre 1968 et 1983, le dis­trib­u­teur KMBO (on ne dira jamais assez quel mer­veilleux tra­vail accom­plis­sent pour la dif­fu­sion d’un ciné­ma très jeune pub­lic de qual­ité ces deux dis­trib­u­teurs, aux­quels il faut bien sûr ajouter les Films du Préau) avait déjà pro­posé, en 2010, une com­pi­la­tion de courts métrages de la cinéaste regroupés sous le titre Les Con­tes de la ferme. On se sou­vient égale­ment du mag­nifique ciné-con­cert pro­duit par le Forum des Images à l’occasion de son fes­ti­val Tout Petit Ciné­ma en 2014 : Matri­ochka et autres pépites slaves don­nait à décou­vrir, sous les accents de la musique slave des Yeux Noirs, La Boîte à tri­cot et Le Petit Chat mali­cieux.

C’est bien sa boîte à tri­cot que ressort ici la réal­isatrice, elle qui, au cours de ses cinquante ans de car­rière, a tou­jours aimé chercher la dif­fi­culté en choi­sis­sant d’animer des matéri­aux peu prop­ices au mou­ve­ment. Feu­tre, brins de laine, ou billes : elle sait mag­nifique­ment tra­vailler les aplats dans une forêt tout entière con­sti­tuée de morceaux de tis­sus (Les Farces du dia­blotin) ou se jouer des alter­nances d’opacité et de trans­parence dans le monde sous-marin créé à par­tir de fig­urines de verre (Les Féeries du corail, dont la ressem­blance trou­blante avec le con­te per­sans Le Pois­son arc-en-ciel peut s’expliquer les nom­breux transfuges d’animateurs iraniens venus se for­mer en Europe de l’Est). La magie des objets inan­imés prenant vie (comme cette salopette qui quitte sa corde à linge pour bat­tre la cam­pagne) par­ticipe d’une forme de mal­ice qui aime à voir dans le spec­ta­teur un com­plice et à s’a­muser avec lui de cette mise en abyme du lien entre le réc­it et le matéri­au du film.

Animer le monde

Le motif du jeu ou du jou­et qui s’anime est d’ailleurs très présent ici, comme dans Rêve de Noël, pro­jet chéri de Týrlová dont la pel­licule prit feu dans un incendie qui blessa grave­ment la cinéaste. Hos­pi­tal­isée, elle ne put repren­dre et ter­min­er le film qu’elle con­fia aux bons soins de Karel Zeman, com­plice auquel on pense sou­vent tant leurs idées de tech­niques et de réc­its con­ver­gent, notam­ment dans leur souhait com­mun de mélanger prise de vue réelle et ani­ma­tion. En 1968, pour Les Féeries du corail, Týrlová fera par exem­ple appel à Antonín Horák, caméra­man employé par Zeman vingt ans plus tôt pour filmer les fig­urines de verre de l’un de ses chefs d’œuvre, Inspi­ra­tion. For­mée comme Zeman en tra­vail­lant pour le stu­dio d’animation créé par Toma Bâta (le fon­da­teur de l’empire indus­triel spé­cial­isé dans la chaus­sure), Týrlová s’essaie à toutes les tech­niques dans la mise en scène des mes­sages pub­lic­i­taires ou de per­son­nages pop­u­laires.

Ain­si, elle trans­plante de ses livres illus­trés vers le ciné­ma le per­son­nage de Fer­da la four­mi, loin­taine cou­sine de la Petite Taupe et du Cri­quet de Zdeněk Mil­er, aus­si facétieuse que mal­adroite. Toutes les fig­ures du monde de Týrlová par­tent à la décou­verte de leur envi­ron­nement ani­més de bons sen­ti­ments. Même le gar­ne­ment qui tour­mente les oiseaux fini­ra par se repen­tir de ses mau­vais tours. Peut-être est-ce dû aux con­signes de l’état autori­taire de met­tre en valeur par le ciné­ma les ver­tus du peu­ple. Quoi qu’il en soit, Týrlová ne con­ce­vait le ciné­ma d’animation comme un « con­te de fées mobile du XXème siè­cle » et souhaitait que « la vie des mar­i­on­nettes, des ani­maux et des choses se déroule devant les yeux des enfants comme un rêve inof­fen­sif et que le bien tri­om­phe du mal ».

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