Je compte sur vous

Je compte sur vous

de Pascal Elbé

  • Je compte sur vous
  • France2015
  • Réalisation : Pascal Elbé
  • Scénario : Pascal Elbé, Isaac Sharry
  • Image : Romain Lacourbas
  • Décors : Pierre Quefféléan
  • Costumes : Anne Schotte
  • Son : Samuel Cohen
  • Montage : Stratos Gabrielidis, Théo Carrère
  • Musique : Pascal Lengagne
  • Producteur(s) : Isaac Sharry
  • Production : Vito Films, France 2 Cinéma
  • Interprétation : Vincent Elbaz (Gilbert Perez), Julie Gayet (Barbara Perez), Zabou Breitman (Insp. Moretti), Ludovik (Maxime Perez), Anne Charrier (Céline Lerbier), Lionel Abelanski (Lefèvre), Dan Herzberg (JMBLC), Nicole Calfan (Rose Perez), Catherine Mouchet (la juge)...
  • Distributeur : Rezo Films
  • Date de sortie : 30 décembre 2015
  • Durée : 1h38mn

Je compte sur vous

de Pascal Elbé

Déconfit bavardage


Déconfit bavardage

Comé­di­en jamais récom­pen­sé mal­gré une quar­an­taine d’apparitions à l’écran en près de trente ans de car­rière, Pas­cal Elbé changea de cas­quette, en 2009, pour réalis­er un pre­mier film au regard plutôt ample et promet­teur sur les ban­lieues. D’abord chronique sociale, avant de trébuch­er dans les écueils d’un film de genre peinant à avoir à dire au-delà de son intrigue, Tête de Turc, à la fois film choral (un peu ary­th­mique) et polici­er (au sus­pense vain), se vit tout de même salué au Fes­ti­val des Films du Monde de Mon­tréal. L’on y appré­cia notam­ment la capac­ité d’Elbé à met­tre en scène, de façon prosaïque, la vio­lence pou­vant agiter nos ban­lieues, sujet encore sen­si­ble et impor­tant, qua­tre ans après les lour­des émeutes qui avaient agité la région parisi­enne.

Plus monstrueux que le fait divers

En 2015 et pour son deux­ième long-métrage, Pas­cal Elbé choisit de pren­dre le con­tre­pied du pre­mier en met­tant en scène de nou­veaux rich­es dans le cadre d’une comédie. Et, s’il avait à dire sur les ban­lieues, force est de con­stater que c’est bien moins le cas ici. Mal­gré un dou­ble thème qui aurait mérité un meilleur traite­ment – le mam­monisme d’un homme et sa patholo­gie mythomane – Je compte sur vous peine à y insuf­fler le moin­dre dis­cours, préférant à cette option le réc­it com­plaisant du par­cours de deux arnaque­urs. Ni bril­lant scé­nar­iste, tant le pro­pos manque de hau­teur de vue, ni grand réal­isa­teur – nous y revien­drons – Pas­cal Elbé s’impose en sim­ple lecteur d’un fait divers (celui rela­tant les rocam­bo­lesques arnaques télé­phoniques d’un dénom­mé Gilbert Chik­li durant les années 2005 et 2006) qu’il trans­pose dans un univers aus­si sor­dide qu’il le voudrait joyeux.

Dans l’univers opu­lent et bon­homme de Je compte sur vous, l’argent est roi et ceux qui parvi­en­nent à en acquérir les quan­tités les plus con­sid­érables par les moyens les plus vils se voient héroïsés. Le bon­heur sem­ble alors se résumer à des liasses de bil­lets, une vil­la avec piscine et des aller-retours entre la France et Tel Aviv (nauséabonds clichés dont se serait bien passée la com­mu­nauté juive). Le traite­ment iconique du per­son­nage prin­ci­pal inter­prété – non sans une cer­taine énergie – par Vin­cent Elbaz génère un réel sen­ti­ment de malaise, tant d’un point de vue éthique que dans l’indigence de son imag­i­naire (com­posé de gros plans en con­tre­p­longée, de lunettes de soleil en intérieur et de jets de liasses les cheveux au vent).

Sans moyens ni ambitions

Extrême­ment bavard et ne par­venant jamais à s’extraire des con­traintes de scènes faisant fréquem­ment appel au télé­phone, Je compte sur vous souf­fre d’un cru­el manque de rythme. La séquence d’exposition met­tant en scène une pre­mière arnaque s’étire de façon inter­minable sans que ses enjeux dra­ma­tiques ne se dévelop­pent au delà de ses deux pre­mières min­utes. Faute d’un dia­logu­iste de tal­ent, capa­ble d’accrocher le spec­ta­teur aux lèvres d’Elbaz, le film sem­ble alors tourn­er à vide une ving­taine de min­utes avant de chercher à rac­crocher les wag­ons durant les séquences suiv­antes. Le coup d’accélérateur, sen­sé lui réin­suf­fler du tem­po, et don­né par une scène au mon­tage clipesque val­orisant la réus­site des deux com­pères sur “Fisherman’s Blues” des Water­boys (pau­vre d’eux) intro­duit alors – sur la mécanique de Tête de Turc – une sec­onde par­tie de film déroulant un thriller dénué d’intérêt.

Ter­ri­ble aveu quant à la pau­vreté de la pen­sée d’Elbé, c’est cet ersatz de télé­film com­mer­cial à petit bud­get, noyé dans le cos­tume trop grand du sep­tième art, qui frus­tre le spec­ta­teur en sub­sti­tu­ant, aux thèmes du men­songe et de la folie engen­drée par l’argent, un sim­ple jeu du chat et de la souris entre un petit escroc sans enver­gure et les hommes qui le recherchent. Quand, de ces hommes, c’est la police qui achève de le retrou­ver (plutôt que les mafieux aux­quels il doit des comptes), Pas­cal Elbé se sou­vient enfin qu’il a peut-être quelque chose à nous con­fi­er. S’ensuit alors une dernière scène touchante où, pris­on­nier, son per­son­nage prin­ci­pal tente de faire croire à un jeune fils incré­d­ule qu’il ne s’agit que d’une mis­sion secrète, mais il est déjà trop tard et les bar­reaux se refer­ment sur un film clin­ique­ment malade et mis en échec.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Tête de Turc
Tête de Turc