Les Anarchistes

Les Anarchistes

de Élie Wajeman

  • Les Anarchistes
  • France2014
  • Réalisation : Élie Wajeman
  • Scénario : Élie Wajeman, Gaëlle Macé
  • Image : David Chizallet
  • Décors : Denis Hager
  • Costumes : Anaïs Romand
  • Montage : François Quiqueré
  • Musique : Gloria Jacobsen
  • Producteur(s) : Lola Gans
  • Production : 24 Mai Production
  • Interprétation : Tahar Rahim (Jean Albertini), Adèle Exarchopoulos (Judith Lorillard), Swann Arlaud (Élisée Mayer), Guillaume Gouix (Eugène Lévêque), Cédric Kahn (Gaspard)...
  • Distributeur : Mars Distribution
  • Date de sortie : 11 novembre 2015
  • Durée : 1h41

Les Anarchistes

de Élie Wajeman

La bande à Rahim


La bande à Rahim

1899. C’est la Belle Époque, mais pas pour tout le monde. Dans une péri­ode de flou con­tes­tataire, peu avant la bande à Bon­not, un petit groupe d’ouvriers parisiens et anar­chistes lib­er­taires fait peur aux autorités. Infil­tré par­mi eux, le brigadier Jean Alber­ti­ni (Tahar Rahim) est peu à peu divisé entre son sens du devoir et son attache­ment pour les per­son­nal­ités ren­con­trées.

Scénario roi

Il y a Judith (Adèle Exar­chopou­los), la belle insoumise, Élisée (Swann Arlaud), l’idéaliste malade, Eugène (Guil­laume Gouix), le mâle vio­lent, Bis­cotte (Karim Lek­lou), le bon copain, et enfin Marie-Louise (Sarah Le Picard), la bour­geoise dégoûtée, l’écrivaine. Chaque per­son­nage a le droit, à un moment du film, à son por­trait appro­fon­di au cours d’un entre­tien avec Marie-Louise. Le dis­posi­tif mis en place pour l’occasion nous les présente face caméra, avec l’enquêteuse en amorce. En met­tant un instant la nar­ra­tion à l’arrêt, ces scènes qui parais­sent un peu hors du film lui appor­tent pour­tant le meilleur. Elles seules échap­pent à un volon­tarisme scé­nar­is­tique qui emporte par ailleurs tout sur son pas­sage. Le reste du temps en effet, les per­son­nages se plient aux exi­gences des séquences qu’on juge néces­saires pour réalis­er un film d’a­n­ar­chistes : réu­nion inter­rompue par des vio­lences poli­cières, scènes de cam­bri­o­lages, fab­ri­ca­tion d’une bombe… Pour pein­dre des indi­vidus aus­si épris de lib­erté, c’est prob­lé­ma­tique. Le film manque donc d’oscillations, d’imprévus. Il est écrasé par des séquences atten­dues et qui fan­tas­ment assez pau­vre­ment le mou­ve­ment anar­chiste.

Même les scènes de groupe plus roman­tiques don­nent très peu la sen­sa­tion d’épanouissement et d’enivrement recher­chées. Par exem­ple ce moment – copi­ant loin­taine­ment les salons de L’Apollonide – où un amas de corps entremêlés sur un sofa se laisse aller à une libre asso­ci­a­tion freu­di­enne en grand manque d’imagination. On est rarement séduits au cours du film par des car­ac­tères incroy­ables, exubérants, bril­lants. En somme, la dif­fi­culté de Waje­man à retran­scrire la lib­erté de ce groupe nous empêche d’accrocher à son scé­nario, d’être attirés comme Alber­ti­ni par ses per­son­nal­ités grisâtres.

Mentors

On retrou­ve dans Les Anar­chistes les mêmes influ­ences que dans Alyah. Celle de James Gray d’abord, à tra­vers des per­son­nages un peu paumés, mar­gin­aux, immergés au sein de familles étrangères ; et surtout dans la manière de filmer les apparte­ments, de don­ner aux espaces fer­més une présence presque angois­sante (avec beau­coup moins de force que le new-yorkais cela dit). Puis celle d’Audiard pour son côté mas­culin (illé­gal­ité et testostérone des deal­ers de cocaïne et des poseurs de bombe) et ses tics de mise en scène (caméra portée et plans de nuques) ; mais aus­si ce désir évi­dent de faire briller une nou­velle généra­tion d’acteurs comme Un prophète le fit en son temps. On retrou­ve aus­si entre les deux longs métrages de Waje­man une inquié­tude com­mune con­cer­nant « la nou­velle famille », l’appartenance néces­saire à une com­mu­nauté. Mais à tous points de vue, Alyah était déjà allé plus loin, était plus abouti que Les Anar­chistes, qui ne fait que réin­suf­fler dans un autre décor un même con­tenu.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Les Anarchistes
Les Anarchistes
Alyah
Alyah