The Green Inferno

The Green Inferno

de Eli Roth

  • The Green Inferno
  • États-Unis, Chili2013
  • Réalisation : Eli Roth
  • Scénario : Eli Roth, Guillermo Amoedo
  • Image : Antonio Quercia
  • Décors : Marichi Palacios
  • Costumes : Elisa Hormazábal
  • Son : Dennis Haggerty
  • Montage : Ernesto Díaz Espinoza
  • Musique : Manuel Riveiro
  • Producteur(s) : Christopher Woodrow, Molly Conners, Miguel Asensio Llamas, Nicolás López, Eli Roth
  • Interprétation : Lorenza Izzo (Justine), Ariel Levy (Alejandro), Aaron Burns (Jonah), Kirby Bliss Blanton (Amy), Sky Ferreira (Kaycee)...
  • Distributeur : Wild Side
  • Date de sortie VOD : 16 octobre 2015
  • Durée : 1h40

The Green Inferno

de Eli Roth

For Deodato


For Deodato

Alors que Knock Knock a béné­fi­cié d’une sor­tie salle (la présence de Keanu Reeves au générique a sans doute tran­quil­lisé les dis­trib­u­teurs), The Green Infer­no ne sera vis­i­ble qu’en e‑Cinéma, une absur­dité quand on voit le spec­ta­cle baroque auquel on est con­vié. Sans aban­don­ner le tor­ture porn qui a fait son suc­cès, Eli Roth enfonce le clou de la satire dans cette revis­i­ta­tion de Can­ni­bal Holo­caust, qui n’a pas à rou­gir de la com­para­i­son.

Survivre pour mieux mourir

Sur le cam­pus d’une uni­ver­sité améri­caine, Jus­tine (Loren­za Izzo), fille d’un fonc­tion­naire de l’ONU, cherche sa voie. Alors qu’elle tombe sous le charme d’Alejandro (Ariel Levy), un étu­di­ant activiste, elle se retrou­ve embar­quée dans une mis­sion visant à faire recon­naître une tribu d’Amazonie men­acée d’expropriation. Après un hap­pen­ing mus­clé lig­otés à des troncs d’arbre aux con­fins du Pérou, les jeunes mil­i­tants pren­nent le chemin du retour mais leur avion subit une avarie et s’écrase dans la jun­gle. Si les sur­vivants du crash pensent avoir eu de la chance de sauver leur peau, leur con­fronta­tion avec la tribu locale va rapi­de­ment les faire déchanter.

Au cœur des ténèbres

En trans­for­mant les doc­u­men­taristes ini­ti­aux caméra à la main en activistes con­va­in­cus de la puis­sance de l’image de leur smart­phone (mon­tr­er pour dénon­cer dans les deux cas, mais la démoc­ra­ti­sa­tion des moyens tech­niques est passée par là), Eli Roth mod­ernise le par­ti-pris de Rug­gero Deoda­to, le réal­isa­teur de Can­ni­bal Holo­caust, sans renier pour autant la charge féroce que l’Italien avait insuf­flée à son œuvre en son temps. La cri­tique acerbe de l’activisme aveu­gle qui se des­sine dans The Green Infer­no n’a d’égal que la vio­lence qui sourd des séquences dans le vil­lage. Réduits à des corps con­som­ma­bles, les étu­di­ants, qui dans leur biotope ne sont sou­vent que des con­som­ma­teurs pas­sifs (de biens ou d’idéologies), sont entre­posés dans une cage comme du bétail, décimés au fur et à mesure de l’appétit des autochtones.

Ce huis clos obligé, out­re qu’il pousse les per­son­nages à inter­roger leurs con­vic­tions et à recon­naître leur mécon­nais­sance de la réal­ité du ter­rain ama­zonien, offre surtout au réal­isa­teur l’occasion de plac­er ses pio­ns face au ter­ri­ble des­tin qui les attend : chaque vic­time est en effet mise à mort (et dévorée) au vu et au su de ses cama­rades. Cette mise en abyme mor­bide du voyeurisme for­cé des per­son­nages et de celui con­sen­tant des spec­ta­teurs crée le malaise que Can­ni­bal Holo­caust était par­venu à causer il y a plus de trente ans. Bien que la propo­si­tion de Roth n’atteigne pas le floutage ter­ri­fi­ant du réel et de la fic­tion au cœur du film de Deoda­to, The Green Infer­no n’en génère pas moins une stupé­fac­tion hor­ri­fique des plus réjouis­santes, due aus­si bien aux exac­tions com­mis­es (le gore) qu’à la réi­fi­ca­tion latente de l’humain. En se per­me­t­tant même des pointes d’humour (la drogue comme échap­pa­toire), le cinéaste parvient à un équili­bre que ses précé­dents films peinaient à attein­dre. Sauvage et bru­tal tout autant que sar­cas­tique et pro­fondé­ment sub­ver­sif (le témoignage final de Jus­tine est un coup de génie), cet enfer vert orchestre la guerre des civil­isés con­tre les sauvages. Mal­gré ce manichéisme appar­ent, la dichotomie n’est pas for­cé­ment là où on l’attend.

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