Destination : planète Hydra

Destination : planète Hydra

de Pietro Francisci

  • Destination : planète Hydra
  • (2+5: Missione Hydra)
  • Italie1966
  • Réalisation : Pietro Francisci
  • Scénario : Pietro Francisci, Ian Danby, sur une histoire de Fernando Paolo Girolami
  • Image : Giulio Albonico, Silvano Ippoliti
  • Décors : Gianfranco Ramacci
  • Costumes : Gaia Romanini
  • Montage : Pietro Francisci
  • Musique : Nico Fidenco
  • Producteur(s) : Aldo Calamara, Ermanno Curti
  • Interprétation : Leonora Ruffo (Kaena), Mario Novelli alias Anthony Freeman (Paolo Bardi), Roland Lesaffre (Pr Solmi), Kirk Morris (Belsy), Alfio Caltabiano (Artie), Leontine May (Luisa Solmi), Nando Angelini (Morelli), Giovanni De Angelis (Giulio)...
  • Bonus DVD : Mission Hydra, par Alain Petit ; galerie d'affiches et de photos ; bandes-annonces de la collection SF Vintage
  • Éditeur DVD : Artus Films
  • Date de sortie DVD : 1 septembre 2015
  • Durée : 1h29

Destination : planète Hydra

de Pietro Francisci

Melting ship


Melting ship

Pour sa nou­velle livrai­son de SF vin­tage, Artus nous pro­pose Des­ti­na­tion : planète Hydra, de Pietro Fran­cis­ci. Réal­isé en 1966, le film sem­ble vouloir faire par­tie de la ten­dance bien con­nue du ciné­ma bis ital­ien de ces années-là, à repren­dre à bon compte les ingré­di­ents à suc­cès du ciné­ma mieux pourvu finan­cière­ment, et à en accentuer les aspects les plus vendeurs (ici donc : l’ar­gu­ment de sci­ence-fic­tion et les tenues vaporeuses de ses actri­ces) pour faire un car­ton com­mer­cial.

Aux com­man­des de celui-ci, Pietro Fran­cis­ci est un choix moins éton­nant qu’il n’y paraît : auteur de plusieurs péplums par­faite­ment fréquenta­bles – même si sou­vent fauchés –, le réal­isa­teur, novice en SF, n’a pas à se forcer pour trans­pos­er dans Des­ti­na­tion : planète Hydra des élé­ments nar­rat­ifs finale­ment assez neu­tres (voy­age au long cours en tant que pris­on­nier, affron­te­ment avec des périls en chemin, réor­gan­i­sa­tion idéologique du groupe…), qui pour­raient tout aus­si bien sor­tir d’un Maciste ou d’un Her­cule. Il ne s’ag­it donc pas de chang­er grand-chose, sinon l’ha­bil­lage esthé­tique – et c’est indé­ni­able­ment là que se sin­gu­larise Des­ti­na­tion : planète Hydra, tout d’abord avec des effets spé­ci­aux spa­ti­aux pour le moins naïfs (les pro­tag­o­nistes filmés rebondis­sant sur des tram­po­lines au ralen­ti pour simuler l’ape­san­teur…).

Pourvue quant à elle d’une garde-robe à l’ex­o­tisme extra-plané­taire envi­able (et accom­pa­g­née d’hommes de main aux uni­formes « SF six­ties » très con­va­in­cants), la sévère Leono­ra Ruf­fo pâlit cepen­dant devant la débauche de tenues déli­rantes réservées à Leon­tine May, héroïne un rien gourde mais man­i­feste­ment en quête d’un con­joint dans tous les coins de l’écran. Si le film se con­cen­tre sur son per­son­nage – et revêt par là même les ori­peaux d’une frian­dise bis et kitsch, il con­vient de fureter plus pré­cau­tion­neuse­ment au sec­ond plan du film.

Bis à tiroirs

Nour­ri aux clas­siques du genre des années 1950, Des­ti­na­tion : planète Hydra cite à tout va – allant même jusqu’à une hila­rante irrup­tion simiesque qu’Alain Petit, dans les bonus, rat­tache plus volon­tiers au roman de Pierre Boulle qu’au film de La Planète des singes, à l’époque encore à venir. Le sourire en coin, Alain Petit ne fait pas mys­tère de sa ten­dresse pour un film boi­teux, à la marge, mag­nifié pour lui par une VF résol­u­ment – et peut-être volon­taire­ment – calami­teuse (et disponible dans cette édi­tion pour les bis­seux gourmets).

Pour­tant, à décou­vrir le film en V.O., on se prend à s’in­ter­roger sur les inten­tions réelles de Pietro Fran­cis­ci, tant transparaît par moment le fatal­isme déprimé inhérent au genre de la sci­ence-fic­tion – un genre qui ne regarde vers le futur que pour jeter un œil navré en arrière, sur la folie des humains. L’e­space d’une séquence, où une pro­tag­o­niste empoi­sonne le reste de l’équipage, l’assem­blage hétéro­clite de Des­ti­na­tion : planète Hydra prend une tonal­ité sin­istre, dés­abusée, et prenante – mais non. L’ef­fet n’é­tait que tem­po­raire, tous se réveil­lent, le finale se per­met une utopie libre et paci­fiste – à 50 ans de dis­tance, on ne saurait tranch­er : naïveté débor­dante, respect et con­nais­sance du genre dis­simulé en film à la rentabil­ité assurée. Prob­a­ble­ment les deux : du ciné­ma bis comme on l’aime, en somme.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !