True Story

True Story

de Rupert Goold

  • True Story
  • États-Unis2013
  • Réalisation : Rupert Goold
  • Scénario : Rupert Goold, David Kajganich
  • d'après : le livre True Story
  • de : Michael Finkel
  • Image : Masanobu Takayanagi
  • Montage : Christopher Tellefsen, Nicolas De Toth
  • Musique : Marco Beltrami
  • Producteur(s) : Dede Gardner, Anthony Katagas, Jeremy Kleiner
  • Production : New Regency, Plan B
  • Interprétation : Jonah Hill (Michael Finkel), James Franco (Christian Longo), Felicity Jones (Jill Barker), Robert John Burke (Greg Ganley), Gretchen Mol (Karen Hannen), Ethan Suplee (Pat Frato)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 16 septembre 2015
  • Durée : 1h39

True Story

de Rupert Goold

Rencontre du vrai et du faux


Rencontre du vrai et du faux

Con­damné en France à ce qu’on appelle pudique­ment une “sor­tie tech­nique”, True Sto­ry, mal­gré son duel feu­tré de stars, un cer­tain Brad Pitt à la pro­duc­tion et son cachet “basé sur une his­toire vraie” (son titre en serait dès lors presque ironique), a toutes les chances de pass­er inaperçu. Sans crier au scan­dale, on admet­tra tout de même que ce petit film compte par­mi les propo­si­tions de thriller psy­chologique les plus hon­nêtes vues récem­ment.

Le début sait se faire intri­g­ant. Au même moment et à des mil­liers de kilo­mètres de dis­tance, deux hommes se présen­tent sous la même iden­tité : Michael Finkel, grand reporter au New York Times. L’un ment, l’autre pas, les deux sont en mau­vaise pos­ture. Le vrai Finkel (Jon­ah Hill, con­va­in­cant pour son pre­mier rôle dra­ma­tique) ne tarde pas à tomber en dis­grâce pour avoir légère­ment bidon­né un de ses arti­cles. Le faux, de son vrai nom Chris­t­ian Lon­go (James Fran­co, dansant allè­gre­ment sur la ligne entre pose et finesse dans le rôle, juste­ment, d’un poseur), est un fugi­tif recher­ché, bien­tôt arrêté et inculpé du meurtre de sa femme et de leurs trois enfants. Mis sur la piste de cet homme qu’il ne con­naît pas mais qui a usurpé son iden­tité, Finkel saisit une hypothé­tique chance de rédemp­tion en allant inter­view­er Lon­go en prison. La vis­ite devient des ren­dez-vous réguliers, où se joue un jeu du chat et de la souris plutôt mal­sain.

Savoir qu’on ne sait pas

True Sto­ry sait focalis­er l’at­ten­tion sur sa matière la plus trou­blante et la plus intéres­sante : la rela­tion entre ses deux pro­tag­o­nistes. L’aspect polici­er de l’af­faire, si reten­tis­sant qu’il soit (Lon­go est-il un mon­stre manip­u­la­teur, un inno­cent qui tem­po­rise, ou la vérité est-elle ailleurs ?), ne retient pas vrai­ment l’in­térêt, tant il est immé­di­ate­ment évi­dent que l’ac­cusé se com­pose un per­son­nage séduisant (d’où l’am­biguïté sur la méth­ode de jeu de Fran­co), et que le jour­nal­iste dans sa pos­ture de vecteur de témoignage, qu’il soit dupe ou non, va se laiss­er entraîn­er dans un jeu qui va lui échap­per. On adopte un point de vue voisin de Finkel : on sait que l’in­di­vidu en face de nous est trop poli pour être hon­nête, mais on entre néan­moins dans son jeu, sans savoir où l’on va aboutir. Point de vue voisin, mais pas iden­tique : le film entrevoit le ver­tige du jour­nal­iste, mais ne l’at­teint pas vrai­ment, ne s’y con­fronte pas (même au moment du cli­max final, éton­nam­ment peu ten­du : pas for­cé­ment un défaut, mais un symp­tôme). C’est sa lim­ite, celle qui l’empêche de mar­quer durable­ment l’e­sprit. Mais c’est aus­si hon­nête de sa part, de recon­naître qu’il fait face à ce qui lui est incon­nu, et de garder la porte ouverte vers cette incer­ti­tude pour que le spec­ta­teur, au fond, y décou­vre la sienne. Aux ques­tions qui se posent, il ne fait jamais mine de chercher les répons­es qu’il ne sem­ble pas avoir — et même les per­son­nages qui en affir­ment (dont ceux qui pensent Lon­go coupable) parais­sent plus exprimer (un peu exces­sive­ment) leur pro­pre con­vic­tion qu’une évi­dence accréditée par le film. Si le ver­tige n’est pas au ren­dez-vous, True Sto­ry sait au moins com­mu­ni­quer le flou qui entoure celui qui a osé s’é­gar­er loin de ses cer­ti­tudes.

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Judy
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