© Swashbuckler Films
Des amis comme les miens

Des amis comme les miens

de Otto Preminger

  • Des amis comme les miens
  • (Such Good Friends)
  • États-Unis1971
  • Réalisation : Otto Preminger
  • Scénario : Joan Didion (non créditée), Elaine May (alias Esther Dale), David Shaber
  • d'après : le roman Such Good Friends
  • de : Lois Gould
  • Image : Gayne Rescher
  • Décors : Rouben Ter-Arutunian
  • Costumes : Ron Talsky, Hope Bryce
  • Montage : Harry Howard
  • Musique : Thomas Z. Shepard
  • Producteur(s) : Otto Preminger
  • Production : Paramount Pictures, Sigma
  • Interprétation : William Redfield (Barney), Dyan Cannon (Julie Messinger), James Coco (Docteur Timmy Spector), Jennifer O'Neill (Miranda Graham), Ken Howard (Cat Whiting), Nina Foch (Mère de Julie), Laurence Luckinbill (Richard), Louise Lasser (Marcy)...
  • Distributeur : Swashbuckler Films
  • Date de sortie : 9 septembre 2015
  • Durée : 1h41

Des amis comme les miens

de Otto Preminger

Choisir son plaisir


Choisir son plaisir

Julie est mar­iée et c’est là son occu­pa­tion prin­ci­pale : se par­er pour les arrière-bans mondains qui vénèrent Richard, son mari scri­bouil­lard dans une revue con­nue du Tout-New York ; ten­ter vaine­ment de faire resur­gir chez lui un désir sex­uel enfoui dans les vaines célébra­tions et les jupons juvéniles ; remet­tre au goût du jour une féminité fon­due dans la mater­nité. Julie pense donc essen­tielle­ment à ce qui la recou­vre jusqu’au jour où Richard, vic­time d’une erreur médi­cale, tombe dans le coma, lais­sant Julie seule face à l’hypocrisie des sphères sociales et intimes.

La carpe et le lapin

Comme dans cer­tains cré­pus­cules de l’âge d’or hol­ly­woo­d­i­en (pen­sons à la lour­deur policée de Guêpi­er pour trois abeilles de Mankiewicz ou à celle de Com­plot de famille d’Hitch­cock), on trou­ve dans Des amis comme les miens le mariage éton­nant, stim­u­lant, de la pré­ci­sion chère à Pre­minger et de la ringardise presque immé­di­ate. Soyons hon­nête dans les deux sens : le réal­isa­teur de Lau­ra (1944) et, plus récem­ment de l’ex­cel­lent Bun­ny Lake a dis­paru (1965) ne perd jamais, durant l’heure quar­ante de ce petit opus, son sens de l’at­mo­sphère et du rythme. Mais, dès les pre­mières images, au grain pour­tant éton­nant, une sorte d’in­com­préhen­sion du temps est révélée, d’ex­clu­sion à l’im­age des faits humains et soci­aux. Julie est ain­si le cliché vivant d’une idée de la généra­tion de l’après-guerre : elle représente, avec son mari, la nais­sance des nou­veaux rich­es, aus­si super­fi­ciels que chez Pin­ter ; super­fi­cial­ité qui, comme dans les pièces du dra­maturge anglais, doit pren­dre la fonc­tion du dévoile­ment. Mais la cri­tique du milieu intel­lec­tu­a­lo-friqué est trop faible, trop mât­inée de pos­tures (le mépris de façade de la bonne, la frus­tra­tion sex­uelle bal­ayée, l’ob­ses­sion ves­ti­men­taire, etc.) pour que l’il­lu­mi­na­tion, la prise de con­science et la renais­sance de Julie devi­en­nent des enjeux dra­ma­tiques réels. Ou, plus sim­ple­ment, que l’on s’y intéresse.

Plus dure sera la chute ?

Ce n’est donc ni dans le por­trait, ni dans l’évo­lu­tion, ni dans les fan­tasmes de Julie que l’on retrou­ve Pre­minger. Il ne parvient que dans de très rares occa­sions à représen­ter le monde sen­si­tif de Julie qui, du désir insat­is­fait à l’é­mo­tion ter­ri­fiée par la mal­adie de son mari, ne sem­ble jamais bas­culer. En revanche, le jeu de tons, de gen­res, finit par devenir cen­tral et assez exci­tant : le glisse­ment de la comédie de mœurs à l’er­rance méta­physique, même peu écrit, délivre son poten­tiel, et si l’on se lasse vite des descrip­tions morales et décou­vertes frap­pantes de Julie (les amis ne sont pas tou­jours là), on cherche plutôt un intérêt dans la cap­ta­tion des sons, des couleurs, des into­na­tions de voix. C’est dans le monde interne au film qui faut chercher un reflet, un sens. C’est aus­si dans le délite­ment du décor qu’il faut chercher la clé, et dans l’a­paise­ment d’un New York trop bouil­lon­nant que Julie trou­ve le courage de devenir adulte, non dans la galerie des car­ac­tères croy­ant coller au temps présent. C’est finale­ment dans ce que le ciné­ma a d’in­tem­porel que Pre­minger est retrou­vé.

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