El Clan

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de Pablo Trapero

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de Pablo Trapero

Du sang et du rythme


Du sang et du rythme

Dans la course au Lion d’or se trou­vent de drôles de con­cur­rents sor­tis d’on ne sait où (men­tion spé­ciale à A Big­ger Splash, à qui l’on doit pour l’instant l’idée la plus absurde du fes­ti­val : remak­er l’anecdotique Piscine de Der­ay avec Matthias Schoe­naerts pour rem­plac­er Delon), mais aus­si quelques noms fam­i­liers, bien rodés aux marathons fes­ti­va­liers. Pablo Trap­ero est l’un d’entre eux. Son El Clan, inspiré d’un sor­dide fait divers (une famille bien sous tous rap­ports kid­nappe de rich­es bour­geois puis les assas­sine après récep­tion des rançons) bat en ce moment tous les records au box-office argentin. On com­prend pourquoi : de la pre­mière à la dernière sec­onde, le film est dans une quête d’efficacité mais aus­si, plus curieuse­ment, de cool. Le film a un mod­èle évi­dent, mais un mod­èle mal com­pris, réduit à un clin­quant rock et un tran­chant du rythme : Scors­ese. Trap­ero n’est certes pas le pre­mier à marcher dans les pas du réal­isa­teur de Casi­no, mais on a l’impression que c’est ici sa fini­tude : le film cap­i­talise plus son his­toire vraie plus qu’il ne la traite, l’épisode en ques­tion ne sert que de ter­reau à une fac­ture de film de genre. Il y a certes des pistes réelle­ment intri­g­antes dans le scé­nario (le rôle ambigu de la mère dans cette fratrie, les dessous poli­tiques de l’affaire, soulevés sans être creusés) mais la mise en scène de Trap­ero passe à côté de ces enjeux nar­rat­ifs en se pli­ant à l’impératif de l’effet.

Exem­ple : le pre­mier meurtre vis­i­ble à l’écran (un autre s’est déroulé hors champ), cou­plé dans un mon­tage alterné à la pre­mière nuit que passe le fils aîné avec sa petite amie. L’intensité pro­gres­sive de la rela­tion sex­uelle s’entremêle avec le tra­jet du garçon kid­nap­pé jusqu’au lieu du crime, et sa mort coïn­cide avec l’orgasme des deux amants. Le par­al­lèle est bien enten­du de mau­vais goût, mais il con­stitue surtout un vrai lap­sus quant aux inten­tions de Trap­ero, qui envis­age la vio­lence seule­ment comme une décharge au même effet grisant que le “Sun­ny After­noon” des Kinks util­isé en ouver­ture et clô­ture du réc­it. Alors son film se réduit à de petits dis­posi­tifs ryth­miques, énergiques mais vides : un kid­nap­ping raté filmé en plan-séquence ou encore la scène de l’arrestation, accom­pa­g­née d’une assour­dis­sante musique qui se tait lorsqu’une porte de prison se referme sur la cel­lule du père. Ce n’est rien d’autre qu’une démon­stra­tion de savoir-faire déco­ratif (parox­ysme : la fumée de cig­a­rette qui s’échappe de la bouche d’une des vic­times), vain et sans réelle qual­ité.

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