The Rose

The Rose

de Mark Rydell

  • The Rose
  • USA1979
  • Réalisation : Mark Rydell
  • Scénario : Bill Kerby, Bo Goldman
  • d'après : le scénario original Pearl
  • de : Bill Kerby
  • Image : Vilmos Zsigmond
  • Costumes : Theoni V. Aldredge
  • Montage : Carroll Timothy O'Meara, Robert L. Wolfe
  • Musique : Paul A. Rothchild
  • Producteur(s) : Tony Ray, Aaron Russo, Marvin Worth
  • Production : Twentieth Century Fox
  • Interprétation : Bette Midler («The Rose»), Alan Bates (Rudge Campbell), Frederic Forrest (Houston Dyer), Harry Dean Stanton (Billy Ray)
  • Distributeur : Lost Films
  • Date de sortie : 29 juillet 2015
  • Durée : 2h14

The Rose

de Mark Rydell

Femme au bord de la crise de nerfs


Femme au bord de la crise de nerfs

À l’origine de The Rose, film emblé­ma­tique de la car­rière de Bette Midler, il y a la vie (et la mort) de Janis Joplin et les années hip­pies, entre « flower pow­er », alcool et piquous­es. Conçu dès 1970, au lende­main du décès par over­dose de la chanteuse, le pro­jet ini­tial s’intitulait Pearl, surnom de Janis Joplin et titre de son dernier album posthume. Déjà pro­posé à Bette Midler, qui le refuse, le film n’aboutira que huit ans plus tard, au prix de réécri­t­ures mul­ti­ples par des auteurs aus­si illus­tres que Michael Cimi­no (pressen­ti un moment pour réalis­er The Rose), Ken Rus­sell ou le scé­nar­iste de Vol au dessus d’un nid de coucou, Bo Gold­man. The Rose sort sur les écrans améri­cains en 1979, la même année que le musi­cal All That Jazz – ce dernier raflant à Cannes et à Hol­ly­wood tous les prix dont il pou­vait rêver. Les deux films parta­gent le même culte roman­tique de la star exces­sive, frag­ile et hys­térique qui, à l’heure où la vie tumultueuse et triste d’Amy Wine­house fait recette, con­naî­tra peut-être un regain de for­tune : la « Rose » à fleur de peau et à la voix cassée qu’incarne avec fureur Bette Midler a elle aus­si son lot de blessures nar­cis­siques, de trau­mas sans remèdes et de dés­espoir, le tout sub­limé par l’intensité de son chant. Chant du cygne, émou­vant et élec­trique (les scènes de con­cert, dans le cadre de Vil­mos Zsig­mond, sont très con­va­in­cantes), qui sac­ri­fie aus­si au topos de la rock-star mar­tyr : le temps n’est pas encore à la toute-puis­sance couil­lue et sportive d’une Madon­na, les bêtes de scène sont encore les fauves en cage enfer­mées dans leurs névros­es et dans l’avidité du star sys­tem améri­cain. Mais d’une star (et d’une ère) à l’autre, le nar­cis­sisme est intact : Bette Midler, en mode live record­ing, occupe tout l’écran. Pas le moin­dre hors-champ, pas le moin­dre inter­stice sur un autre monde que le sien – celui de l’amoureuse tran­sie, de la chanteuse sur­voltée et de la girl next door du Ten­nessee dont le physique et la dégaine peu glam­our reflè­tent un autre temps.

L’ombre d’un doute

Curieuse fic­tion toute­fois que cette vie d’une rock star inven­tée à par­tir d’une fig­ure bien réelle. The Rose est en effet fondé sur une ambiguïté : bien que le film repose sur le sou­venir nos­tal­gique d’une artiste sul­fureuse dont tout rap­pelle les prouess­es et la per­son­nal­ité (amours mal­heureuses, dégaine white-trash, trau­mas de jeunesse – jusque la voix mimé­tique de Bette Midler), cette ombre planante est totale­ment évac­uée. La fic­tion, où les crises de nerfs et les nuits d’ivresse se suc­cè­dent, ranime les années Wood­stock, le remue-ménage scénique encore brouil­lon et les tenues hip­pies de Janis Joplin ; or cette « Mary Rose », extrême­ment touchante et tal­entueuse par ailleurs, pré­tend affirmer son autonomie, sa vie pro­pre, comme si en quelque sorte le long-métrage déploy­ait le biopic d’une rock-star bien réelle nom­mée… Mary-Rose Fos­ter «The Rose». Fer­me­ment refusé par les gar­di­ens du sou­venir de Janis Joplin, The Rose n’est rien sans son mod­èle, mais fait pour­tant comme s’il n’avait pas existé. D’où sans doute l’inconfort d’une fic­tion qui ne trou­ve pas pleine­ment son rythme mais s’anime surtout dans les scènes de con­cert, où d’authentiques musi­ciens (issus des groupes de Cher, Alice Coop­er ou Lou Reed) jouent leur pro­pre rôle.

In bed with Bette Midler

The Rose, pro­jet né d’une dis­pari­tion pré­maturée, c’est aus­si l’histoire d’une ago­nie ; peu d’ellipses dans ce réc­it intense mais iné­gal d’une tournée rocam­bo­lesque – « rock’n roll » – où Rose ne s’appartient plus mais rêve de se retrou­ver enfin, de se repos­er. Mal­heureuse comme la pierre dont les mythes bâtis­sent leurs églis­es, la Rose de Mark Rydell est un per­son­nage coupé en deux, séparé, un peu à la manière du per­son­nage de Myr­tle dans Open­ing Night, le chef d’œuvre de Cas­savetes sor­ti deux ans plus tôt : entre la scène et l’intime (que Rose partage avec le fringant Fred­er­ic For­rest), les deux actri­ces ont en com­mun une forme à la fois extrême et sub­tile de jouer la ten­sion entre leur per­son­nage pub­lic et cette petite chose folle, agitée et pleur­nicharde qui n’est pas assez forte pour l’affronter et lui sur­vivre. The Rose témoigne aus­si, grâce notam­ment à la foi con­tagieuse de son actrice et à la sincérité de sa com­po­si­tion, d’un autre âge où la fig­ure de l’artiste, encore mau­dit, était un con­tre-mod­èle entier et absolu : encore loin du pro­fes­sion­nal­isme et de la sub­ver­sion aux intérêts bien com­pris de la décen­nie qui suiv­ra (In Bed with Madon­na, 1991) ou du vertueux com­bat d’une femme con­tre le pou­voir machiste (Tina, 1993), The Rose n’a rien à pro­pos­er que le culte de son dés­espoir, incor­rect et musi­cal. Ce qu’il fait avec brio, grâce notam­ment à la force et la con­vic­tion de son inter­prète.

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