Gallows
  • Gallows
  • (The Gallows)
  • USA2014
  • Réalisation : Chris Lofing, Travis Cluff
  • Scénario : Travis Cluff, Chris Lofing
  • Image : Edd Lukas
  • Décors : Nicki Stewart
  • Costumes : Jessica Peter
  • Montage : Chris Lofing
  • Musique : Zach Lemmon
  • Producteur(s) : Jason Blum, Dean Schnider, Ben Forkner, Chris Lofing, Travis Cluff, Guymon Casady
  • Production : New Line Cinema, Blumhouse Productions, Entertainment 360, Tremendum Pictures
  • Interprétation : Reese Mishler (Reese), Pfeifer Brown (Pfeifer), Ryan Shoos (Ryan), Cassidy Gifford (Cassidy), Jesse Cross (Charlie), Travis Cluff (M. Schwendiman)
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 22 juillet 2015
  • Durée : 1h15

Burger King


Burger King

Gal­lows est le dernier film d’hor­reur en date pro­duit par la société Blum­house à par­venir dans nos salles. Les respon­s­ables de la saga Para­nor­mal Activ­i­ty con­tin­u­ent donc à pro­duire un max­i­mum de films à bas coût, mis­ant sur l’e­spoir que l’un d’en­tre eux rem­portera le gros lot. Si cer­tains parvi­en­nent à un résul­tat tout juste cor­rect, Gal­lows con­stitue l’ex­em­ple de ce que la société peut faire de pire. Au pro­gramme, nous retrou­vons donc du found-footage, des ado­les­cents plus ou moins comé­di­ens, des sur­sauts téléphonés et très bruyants, et surtout ce sin­istre et désor­mais habituel mépris à l’é­gard du spec­ta­teur traité en pur con­som­ma­teur.

La porte et l’escalier

Les pro­duc­tions Blum­house se basent sur un mod­èle économique bien établi : celui des fast-foods. Son fonc­tion­nement repose sur ce para­doxe con­sis­tant à attir­er le cha­land qui s’y rend afin d’y con­som­mer la même chose que les fois précé­dentes, au moyen d’une for­mule qui flat­te son atti­rance enfan­tine pour la répéti­tion. Dans le cas du Big Mac, la sauce suf­fit à pro­cur­er le plaisir que provoque une haute dose de gras et de sucre. Con­cer­nant les pro­duc­tions hor­ri­fiques de Blum­house, il s’ag­it d’un pitch accrocheur et d’une suc­ces­sion de sur­sauts provo­qués par des sons soi-dis­ant inquié­tants et surtout trop forts. Les caus­es de ces bruits sont tou­jours hors champ et per­son­ne ne sait ce qui les provoque vrai­ment. Mais peu importe. Stephen King a bien for­mulé cette loi à pro­pos des réc­its hor­ri­fiques: «Ce qui est tapi der­rière la porte ou en haut de l’escalier n’est jamais aus­si ter­ri­fi­ant que la porte ou l’escalier.»[ref]Anatomie de l’hor­reur (Danse macabre), de Stephen King, 1981.[/ref] Blum­house a bien inté­gré ce con­cept mais l’a délesté de la néces­sité d’in­vo­quer un imag­i­naire source de fan­tasmes hor­ri­fiques imag­inés par les spec­ta­teurs. Le résul­tat peut alors se résumer ain­si : le son de quelque chose qui tombe hors champ reste le son de quelque chose qui tombe hors champ. Mais comme ce son est très fort (en vol­ume, et non en inten­sité dra­ma­tique), tout le monde sur­saute. En d’autres ter­mes, j’ob­tiendrais un résul­tat tout aus­si probant en hurlant soudaine­ment dans l’or­eille de mon voisin. La réac­tion pure­ment physique à ces stim­uli donne l’im­pres­sion que l’ef­fet est réus­si, que le film d’hor­reur «fonc­tionne».

(Mise en) abîme

Chercher les spé­ci­ficités de Gal­lows par rap­port à ses clones revient donc à com­par­er le goût des ham­burg­ers d’une même chaîne de restau­ra­tion : seule la sauce change, et encore. On pour­rait certes en dire autant des pro­duc­tions Mar­vel. Mais ces dernières ont au moins le mérite d’en­richir leur démarche de séri­al­i­sa­tion par la con­struc­tion d’un univers cohérent, et l’usage crois­sant d’une autodéri­sion dont le spec­ta­teur est com­plice. Les films d’hor­reur de Blum­house sont quant à eux sim­ple­ment soumis à une logique de pro­duc­tion bas de gamme et dis­count, nou­velle étape naturelle d’un sys­tème qui se can­ni­balise. Les films doivent être tournés très vite, et coûter le moins pos­si­ble. Dans Gal­lows, des lycéens se pré­par­ent à rejouer dans leur cam­pus une pièce dont la dernière représen­ta­tion vingt ans plus tôt fut stop­pée par un acci­dent cau­sant la mort d’un jeune comé­di­en par pendai­son. La veille de la reprise, qua­tre d’en­tre eux se retrou­vent coincés dans leur lycée de nuit, et sont pour­suiv­is par quelque chose qui cherche dés­espéré­ment à les tuer de la même manière. Une bonne moitié du film est sans sur­prise con­sacrée à de «faux» sur­sauts (les lycéens se font des blagues et rigo­lent), et l’autre à de «vrais» sur­sauts (les lycéens se font pen­dre et meurent). Tout ce qui pour­rait con­stituer des procédés de mise en scène inven­tifs sont depuis longtemps devenus de sim­ples mécan­ismes se répé­tant d’un film à l’autre pour mas­quer leur vide abyssal : appari­tion floutée par une fausse erreur de mise au point, util­i­sa­tion out­ran­cière du mode noc­turne de la caméra… Le tout est embal­lé dans un «mon­tage de pièces à con­vic­tion» qui donne au film une allure de sim­ple dérushage per­me­t­tant de pass­er d’une scène à une autre sans avoir à les lier.[ref]Rappelons que ce procédé désor­mais courant dans le ciné­ma d’hor­reur que l’on attribue au Pro­jet Blair Witch avait déjà été util­isé pour Can­ni­bal Holo­caust en 1980, avec l’in­ten­tion de dénon­cer la télévi­sion comme nou­veau vecteur de fas­ci­na­tion pour une hor­reur ren­due tou­jours plus spec­tac­u­laire et racoleuse.[/ref] Le con­cept per­met aus­si d’é­courter des séquences de dia­logues par­ti­c­ulière­ment gênantes. L’ex­pres­sion du pro­tag­o­niste demeure en effet le même tout au long du film, qu’il tombe sur la fille dont il est amoureux ou sur ses amis pen­dus : il hausse les sour­cils. Le per­son­nage étant cen­sé être un piètre comé­di­en ama­teur qui parvien­dra finale­ment à inter­préter cor­recte­ment son texte aux portes de la mort, on peut légitime­ment se deman­der s’il s’ag­it d’une triste coïn­ci­dence ou d’une blague cynique et méprisante d’au­teurs con­scients de la qual­ité de leur pro­duit.

À la suite de l’énon­ci­a­tion de sa loi, Stephen King notait le para­doxe de l’œuvre d’hor­reur qui est tou­jours con­trainte d’ou­vrir la porte, ou de gravir l’escalier, et qui de ce fait «s’avère presque tou­jours déce­vante». Faire con­sciem­ment de cette décep­tion un com­merce, c’est faire d’une arnaque un sys­tème économique sous cou­vert de vouloir bous­culer les codes étab­lis. C’est sans compter sur le fait que de bons réal­isa­teurs réus­siront encore à nous faire peur avec des his­toires de fan­tômes, tout autant que de vrais cuisiniers con­tin­ueront à pré­par­er de bons ham­burg­ers.

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