© Haut et Court
Le Combat ordinaire

Le Combat ordinaire

de Laurent Tuel

  • Le Combat ordinaire
  • France2014
  • Réalisation : Laurent Tuel
  • Scénario : Laurent Tuel
  • d'après : la série de bandes dessinées Le Combat ordinaire
  • de : Manu Larcenet
  • Image : Thomas Bataille
  • Décors : Anne-Charlotte Vimont, Pascal Chatton
  • Costumes : Alexia Crisp-Jones
  • Son : Xavier Griette, Alexandre Fleurant, Fabien Devillers
  • Montage : Stéphanie Pélissier
  • Musique : Cascadeur
  • Producteur(s) : Christophe Rossignon, Philip Boëffard
  • Production : Nord-Ouest
  • Interprétation : Nicolas Duvauchelle (Marco), Maud Wyler (Emily), André Wilms (Moret), Liliane Rovère (la mère de Marco), Olivier Perrier (le père de Marco), Jérémy Azencott (Gilles), Randiane Naly (Naïma), Gérard Bohanne (Pablo), Ludovic Berthillot (Bastounet), Bernard Nissile (le psy), Fabienne Babe (la fille Moret)...
  • Distributeur : Haut et Court
  • Date de sortie : 15 juillet 2015
  • Durée : 1h40

Le Combat ordinaire

de Laurent Tuel

Une leçon de vie par séquence


Une leçon de vie par séquence

On ne peut pas dire que les adap­ta­tions de BD au ciné­ma aient don­né des résul­tats très probants ces dernières années en France, en prise de vue comme en ani­ma­tion, par leur pro­pre créa­teur ou un tiers. En témoignent par exem­ple Poulet aux prunes de Mar­jane Satrapi et Vin­cent Paron­naud, Le Chat du rab­bin de Joann Sfar ou encore Quai d’Or­say de Bertrand Tav­ernier. Adap­ta­tion indi­recte (notam­ment de l’al­bum Retour au col­lège) de sa pro­pre œuvre, Riad Sat­touf s’en sor­tait avec les hon­neurs avec Les Beaux Goss­es, où il par­ve­nait à inscrire quelque chose de fron­deur et cru­elle­ment drôle, avec une infu­sion bien dosée de l’ex­agéra­tion car­toonesque dans le cadre ciné­matographique. Pour l’heure, c’est donc au tour du Com­bat ordi­naire de Manu Lar­ce­net d’être cuis­iné à la sauce ciné­ma, par Lau­rent Tuel.

On suit les péré­gri­na­tions de Mar­co (Nico­las Duvauchelle), un trente­naire névrosé et sujet à des crises d’an­goisse cara­binées ; ce pho­tographe ayant écumé le monde et ses douleurs s’est mis au vert – au fin fond de la cam­pagne française. Les albums signés Lar­ce­net se situ­aient dans un croise­ment plutôt habile du romanesque et du prosaïsme quo­ti­di­en – sans éviter des formes de com­plai­sance. Le menu est copieux : les doutes quant à la direc­tion à don­ner à son exis­tence, les amours (Mar­co s’en­tiche d’Emi­ly, le joli brin de fille du coin), le vent de l’his­toire (le voisin qui n’a pas tou­jours été ce vieil­lard de bonne com­pag­nie, notam­ment en tant que mil­i­taire en Algérie), les par­ents qui vieil­lis­sent et le père qui perd la boule, l’en­gage­ment poli­tique (les élec­tions de 2002, la gauche vac­il­lante et l’om­bre du FN qui se pré­cise)… Resser­ré et troué d’el­lipses par rap­port aux qua­tre albums, Le Com­bat ordi­naire est toute­fois fidèle au déroulé du matéri­au orig­inel, à son régime visuel (cour­tes séquences en noir et blanc, seg­ments oniriques, con­tem­pla­tion de paysages bucol­iques, urbains, indus­triels) et nar­ratif (dia­logues clas­siques, voix-off intro­spec­tives, reprise par­tielle du chapi­trage des BD).

Effets et formules

Le film s’est fait dans la con­science des écueils du mou­ve­ment entre BD et forme-film, mais le résul­tat laisse tout de même très dubi­tatif. Notam­ment ce choix presque sys­té­ma­tique de cadr­er ser­ré les dia­logues avec des change­ments d’axe assez improb­a­bles, de brusques coups de zoom, le tout avec une caméra bran­lante parce qu’elle est portée. Lau­rent Tuel noie glob­ale­ment son film sous ces effets dans un volon­tarisme qui ne crée pas grand-chose d’autre que leur vis­i­bil­ité. Le comble étant assuré­ment lorsque Mar­co tra­vaille à son pro­jet sur un chantier naval ; alors qu’il prend en pho­to les gueules bur­inées des dock­ers (et anciens col­lègues de son père), on sent la lumière des réflecteurs se planter sur leurs traits ain­si que toute la lour­deur du plateau de ciné­ma dont on se demande s’il ne va pas s’in­viter dans le champ. Et comme Le Com­bat ordi­naire met ain­si en scène la pho­togra­phie, il est dif­fi­cile de résis­ter à la facil­ité d’écrire qu’il fonc­tionne essen­tielle­ment par clichés : sur l’amour, sur la poli­tique, sur la société, avec un côté « pop­u­lo » bon teint par­fois embar­ras­sant.

Le truche­ment du ciné­ma n’est sans con­stituer le miroir grossis­sant de la BD de Lar­ce­net : un sup­port assez idéal d’i­den­ti­fi­ca­tion et de pro­jec­tion pour un lec­torat adulte et plutôt urbain, éduqué et pro­gres­siste à ten­dance mélan­col­ique pas très sta­ble dans l’ex­is­tence – avec éventuelle­ment en tête un vague pro­jet d’in­stal­la­tion néo-rurale. En fait Le Com­bat ordi­naire c’est un peu une leçon de vie par séquence, le plus sou­vent avec des maximes sur-écrites invi­tant à savoir appréci­er ces petites choses qui font le sel de l’ex­is­tence – un aperçu : « C’est la nature qui fait des cadeaux, pas le con­traire » ; « La vie sans lui est tout de même la vie » ; « Faire des enfants Mar­co, ça fait de nous des hommes meilleurs ». Cette dernière for­mule issue d’un échange entre Mar­co et son père rend compte de la tour­nure antipathique du film. Ceci en rai­son de son fonc­tion­nement très cen­tripète autour du per­son­nage de Mar­co et de la façon dont la douce et aimante Emi­ly est con­damnée à atten­dre que le mâle règle ses névros­es avant de bien vouloir partager son exis­tence, et ensuite de daign­er planter sa graine dans son ven­tre.

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