La Belle Promise

La Belle Promise

de Suha Arraf

  • La Belle Promise
  • (Villa Touma)
  • Palestine2014
  • Réalisation : Suha Arraf
  • Scénario : Suha Arraf
  • Image : Yaron Scharf
  • Décors : Eytan Levy
  • Costumes : Hamada Atallah
  • Son : Nir Alon, Gil Toren
  • Montage : Arik Lahav-Leibovich
  • Musique : Boaz Schory
  • Producteur(s) : Suha Arraf
  • Production : Bailasan Productions
  • Interprétation : Nisreen Faour (Juliette), Ula Tabari (Violette), Cherien Dabis (Antoinette), Maria Zreik (Badia), Nicholas Jacob (Khaled), Hussein Yassin Mahajne (Abu Hassan)...
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 10 juin 2015
  • Durée : 1h25

La Belle Promise

de Suha Arraf

Les trois parquées


Les trois parquées

La “belle promise”, c’est Badia, jeune Pales­tini­enne en fleur, qui quitte l’or­phe­li­nat où elle a vécu pour être accueil­lie, à con­trecœur, par ses trois tantes de Ramal­lah qui voient d’un mau­vais œil son arrivée (entre autres motifs, elles sont chré­ti­ennes, or leur défunt frère a conçu Badia avec une musul­mane). Sans hommes, reclus­es dans leur élé­gante vil­la cen­sée les pro­téger des vicis­si­tudes du monde (comme ce bruit de fond émis par les héli­cop­tères israéliens), ves­tiges du passé d’une com­mu­nauté men­acée (les chré­tiens de Pales­tine), les sœurs Touma vont tâch­er de soumet­tre leur nièce à leur mode de vie d’un autre âge (c’est-à-dire d’a­vant la guerre des Six Jours). Ce ne sera évidem­ment pas une mince affaire, non seule­ment parce que Badia a d’autres aspi­ra­tions, mais aus­si du fait de leur isole­ment au sein d’une com­mu­nauté du présent qui les con­sid­ère à peine… Face à cette sit­u­a­tion sérieuse mais non fer­mée à la cocasserie, dans le traite­ment avec le mélange de légèreté et de grav­ité a pri­ori adéquat par la réal­isatrice Suha Arraf (con­nue pour avoir coécrit avec Eran Rik­lis La Fiancée syri­enne et Les Cit­ron­niers), la pre­mière chose qu’on remar­que est le recours aux accents du con­te de fées. Voici la mai­son isolée d’un autre temps, la jeune per­son­ne en quête de matu­rité et lâchée dans l’in­con­nu, le groupe de fig­ures mater­nelles de sub­sti­tu­tion entre bien­veil­lance et intim­i­da­tion (pas loin des “mar­raines” ou des “fées”) avec même une con­so­nance qua­si musi­cale dans leurs prénoms (Juli­ette, Vio­lette et Antoinette), et au bout la promesse d’une appar­ente lit­téral­ité de l’his­toire qui ne servi­rait qu’à véhiculer des enjeux plus pro­fonds. La promesse est à la hau­teur de la vis­i­bil­ité des atours nar­rat­ifs — mais comme sou­vent, la décep­tion suit. C’est qu’il y a un piège dans cette sim­plic­ité qui affiche l’in­ten­tion de ne pas être sim­pliste, de recel­er quelque sub­til­ité sous sa sur­face : le dan­ger d’é­chouer à percer celle-ci — notam­ment quand le film est lui-même trop attaché à elle et aux arti­fices qui la con­stituent.

La morale est connue

Certes, la légèreté en con­tre­point de la grav­ité des sit­u­a­tions est bien au ren­dez-vous et fait par­fois mouche : oppo­si­tion des car­ac­tères, hia­tus entre les aspi­ra­tions et la réal­ité, il en sort for­cé­ment quelques bons moments. Mais on n’en con­state pas moins que La Belle Promise s’en tient à l’il­lus­tra­tion pro­longée de la morale du con­te, trop sim­ple, trop courte et qu’on a vue venir trop tôt : le con­flit, con­venu, entre le sou­venir obses­sion­nelle­ment entretenu d’un passé révolu et la réal­ité du présent et des désirs intimes. La plu­part des sit­u­a­tions, si effi­caces qu’elles puis­sent être dans l’hu­mour ou dans le drame, finis­sent par laiss­er sur notre faim en s’avérant aus­si prover­biales qu’elles le parais­sent, sans qu’on puisse les lire autrement que sous l’an­gle de la morale qu’on con­naît ; pour cer­taines, on peut anticiper le hia­tus ou le coup d’é­clat qui va se pro­duire, et qui sera plus ou moins forte­ment appuyé (comme ces invités qui par­tent l’un après l’autre quand Badia joue mal­adroite­ment du piano). Et les per­son­nages sont bien en peine de fournir au spec­ta­cle le relief qu’il réclame. La belle promise, mal­gré son orig­ine emblé­ma­tique (son métis­sage de deux com­mu­nautés antag­o­nistes), en reste à l’arché­type de la jeunesse aspi­rant à la lib­erté et à l’amour. Quant aux tantes garde-chiourme, on voit vite de quel principe d’écri­t­ure elles éma­nent : der­rière leurs atti­tudes fer­me­ment con­ser­va­tri­ces, on décou­vre évidem­ment de cri­antes névros­es, essen­tielle­ment liées à leurs tra­cas passés dans leurs rela­tions avec les hommes. Et encore, Suha Arraf ne peut-elle s’empêcher d’ar­rondir les angles en ren­dant l’une des tantes, la plus jeune évidem­ment (jouée par Che­rien Dabis, elle-même cinéaste), plus sym­pa­thique que les autres, et souf­frant avant tout de la dom­i­na­tion de ses sœurs aînées.

La promise sera en noir

Tout se passe comme si le mode nar­ratif choisi par Suha Arraf pour livr­er son his­toire (avec la lis­i­bil­ité du con­te) était un impératif qui la pousserait à en liss­er les aspérités, lesquelles pour­tant auraient pu lui don­ner sa vraie saveur. Le phénomène n’é­pargne pas la tenue formelle du film, bien pesée et rel­e­vant d’un arti­sanat com­pé­tent mais lais­sant échap­per quelques hoquets d’a­cadémisme. Ain­si remar­que-t-on un cer­tain sys­té­ma­tisme du mon­tage entre séquences suiv­ant l’é­mo­tion que le film cherche à sus­citer : rac­cords cut pour l’ef­fet comique, fon­dus au noir pour les ellipses dra­ma­tiques. Et cela se remar­que avec d’au­tant plus d’év­i­dence (et de décep­tion) que, les accents dra­ma­tiques s’ac­cu­mu­lant dans la dernière par­tie, les fon­dus au noir font de même… La pesan­teur de l’ef­fet est, à ce stade, à l’im­age du déficit d’at­tache­ment sus­cité par un spec­ta­cle trop for­maté.

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