Jack

Jack

de Edward Berger

  • Jack
  • Allemagne2014
  • Réalisation : Edward Berger
  • Scénario : Edward Berger, Nele Mueller-Stöfen
  • Image : Jens Harant
  • Décors : Christiane Rothe
  • Costumes : Esther Walz
  • Son : Peter Schmidt
  • Montage : Janina Herhoffer
  • Musique : Christoph M. Kaiser, Julian Maas
  • Producteur(s) : René Römert, Jan Krüger
  • Production : Port-au-Prince Film & Kultur Produktion
  • Interprétation : Ivo Pietzcker, Georg Arms, Luise Heyer, Nele Mueller-Stöfen, Vincent Redetzki, Jacob Matschenz...
  • Distributeur : Diaphana
  • Date de sortie : 8 avril 2015
  • Durée : 1h43

Jack

de Edward Berger

Seuls dans Berlin


Seuls dans Berlin

Si Jack se présente comme une chronique de l’enfance délais­sée, le film ne manque pas de fil­i­a­tion. De nom­breux réal­isa­teurs ont déjà exploré cette thé­ma­tique, à tel point que la fig­ure du petit garçon livré à lui-même, gran­dis­sant bon gré mal gré dans un envi­ron­nement pré­caire, s’est imposée comme un motif recon­naiss­able, don­nant nais­sance à un genre à part entière. Impos­si­ble notam­ment de ne pas songer ici au ciné­ma des frères Dar­d­enne, dont Edward Berg­er sem­ble vouloir retrou­ver l’énergie brute et la mise en scène vis­cérale. Sur le mod­èle du Gamin au vélo, la caméra épouse sans relâche le point de vue d’un héros tou­jours en mou­ve­ment : placé dans un foy­er sur déci­sion des ser­vices soci­aux, Jack, 10 ans, finit par fuguer et cherche par tous les moyens à retrou­ver sa mère, jeune femme aimante mais irre­spon­s­able. Empor­tant avec lui son cadet Manuel, tous deux ne trou­vent que portes clos­es et déam­bu­lent, trois jours durant, en plein cœur de Berlin.

Sur cette trame déjà éprou­vée, le scé­nario ménage peu de sur­pris­es, d’autant plus que l’écriture reste plutôt sim­pliste. Courageux et débrouil­lard, Jack paraît tail­lé d’un seul bloc et offre un pro­fil bien trop lisse, chargé de toutes les qual­ités – sen­si­bil­ité, intel­li­gence, déter­mi­na­tion – sans que soient creusés ses états d’âme. De même, les per­son­nages sec­ondaires demeurent assez som­maire­ment dess­inés. Manuel n’est au bout du compte qu’un char­mant pan­tin que l’on promène de rue en rue, et dont la mine fatiguée vise avant tout à émou­voir. Le cen­tre d’accueil où Jack évolue au début n’existe qu’à tra­vers des séquences atten­dues, où il ren­con­tre suc­ces­sive­ment un poten­tiel ami (un gen­til orphe­lin qui observe les oiseaux à tra­vers ses jumelles) et un vio­lent rival (un ado­les­cent batailleur). Par ailleurs les adultes croisés au fil du réc­it n’ont pour la plu­part droit qu’à un traite­ment expédi­tif : con­fron­tés à la sit­u­a­tion dra­ma­tique de ces enfants, ils sont au mieux indif­férents, au pire nég­li­gents et cru­els. En forçant ain­si le trait, Edward Berg­er peine à con­va­in­cre sur la durée, et la crédi­bil­ité de l’ensemble s’effondre par­fois sous la ten­ta­tion du pathos. Ces faib­less­es atténu­ent la portée du film, l’empêchent d’atteindre une cer­taine âpreté, une véri­ta­ble sin­gu­lar­ité. Sur un sujet proche, d’autres cinéastes ont su impos­er leur pat­te et pro­pos­er une direc­tion plus orig­i­nale, telle Ursu­la Meier cul­ti­vant l’ambiguïté des rap­ports mère/fils de façon plus appro­fondie dans L’Enfant d’en haut. Appliqué dans ses bonnes inten­tions, Jack reste quant à lui très sage d’un bout à l’autre.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !