Une histoire américaine

Une histoire américaine

de Armel Hostiou

  • Une histoire américaine
  • France2015
  • Réalisation : Armel Hostiou
  • Scénario : Vincent Macaigne, Armel Hostiou
  • Image : Mauro Herce
  • Montage : Carole Le Page
  • Musique : Arcan, Thomas De Pourquery, Frank Williams and the Ghost Dance, Babx
  • Producteur(s) : Gaëlle Ruffier, Jasmina Sijercic
  • Production : Bocalupo Films
  • Interprétation : Vincent Macaigne (Vincent), Kate Moran (Barbara), Sofie Rimestad (Sofie), Murray Bartlett (Murray), Audrey Bastien (Louise), Jean Lebreton (le père)
  • Distributeur : UFO Distribution
  • Date de sortie : 11 février 2015
  • Durée : 1h25

Une histoire américaine

de Armel Hostiou

Vincent perdu dans Manhattan


Vincent perdu dans Manhattan

« Pour moi, le film racon­te ça, ce que New York est devenu ». Cette phrase de Vin­cent Macaigne, prélevée dans le dossier de presse d’Une his­toire améri­caine, dont il est l’interprète prin­ci­pal, résume assez bien le sen­ti­ment du spec­ta­teur devant le deux­ième « long » d’Armel Hos­tiou : son por­trait de ville vaut mieux que son réc­it de recon­quête amoureuse, qui se présente pour­tant comme l’unique enjeu nar­ratif de ce qui n’était au départ qu’un court-métrage. Aurait-il gag­né à le rester ? Sans doute pas, à en juger par le tableau assez ressem­blant qu’il parvient à bross­er, dans les inter­stices du mélo, de la métro­pole améri­caine, chimère aux rêves éva­porés.

(Dés)amours new-yorkaises

Soyons clairs : la seule orig­i­nal­ité de cette his­toire tient dans son exo­tisme, dans l’« étrangèreté » d’un per­son­nage déam­bu­lant dans les rues d’une ville qui n’a que faire de ses peines de cœur. On n’ose imag­in­er ce que le même scé­nario, entière­ment cen­tré sur un homme obnu­bilé par une ex qui ne veut claire­ment plus de lui, aurait don­né s’il avait été tourné à Paris. Bien sûr, cette hypothèse est une impasse, dans la mesure où cette obses­sion amoureuse tire aus­si sa dimen­sion pathologique de son inscrip­tion géo­graphique : ici, New York, grande oubliée de la dis­tri­b­u­tion, campe une cité cru­elle­ment indif­férente aux ten­ta­tives répétées, mais sys­té­ma­tique­ment vouées à l’échec, de Vin­cent de regag­n­er les faveurs de Bar­bara. À rebours des clichés qui lui col­lent encore à la peau, elle se dévoile sous son jour le plus antiro­man­tique et désen­chan­té. La gen­tri­fi­ca­tion galopante n’y est certes pas encore venue à bout d’une énergie et d’une créa­tiv­ité peu com­munes, mais le prag­ma­tisme y est désor­mais le principe organ­isa­teur de toute chose, à com­mencer par les rela­tions sociales, qu’il fait et défait au gré de leur util­i­tarisme : il n’y a vrai­ment qu’un Français un peu paumé pour aller chercher aujourd’hui l’amour aux États-Unis.

« C’était le leit­mo­tiv du film: un type qui mon­tre son télé­phone portable aux pas­sants et prend une ville à témoin de son désar­roi amoureux », selon Hos­tiou. Un pied dans chaque pays, Kate Moran, l’actrice améri­caine la plus en vogue de la place parisi­enne, joue Bar­bara en toute con­nais­sance de cause. La déter­mi­na­tion de Vin­cent à la retrou­ver fait briève­ment croire au mys­tère d’une femme qui se dis­sipe dès le moment où elle décide de for­mer un cou­ple avec un médecin au statut social ras­sur­ant (Mur­ray Bartlett). Ce bel­lâtre d’une affligeante nor­mal­ité arriverait presque à ren­dre sym­pa­thique son rival, dont la fix­a­tion insur­montable le con­duit à faire une aber­rante demande en mariage en présence dudit boyfriend. Cette scène tragi­comique con­stitue le point d’orgue d’une insis­tance qui est le symp­tôme d’une béance émo­tion­nelle beau­coup plus anci­enne, mais dont nous ne saurons heureuse­ment rien. Au risque de s’auto-parodier, Macaigne décline une fois de plus sa per­sona de los­er sen­ti­men­tal mal­mené par les femmes et la vie. Le refus délibéré de psy­chol­o­gis­er Vin­cent, réduit à un sim­ple bégaiement amoureux, avant qu’il ne s’enferme dans un qua­si-mutisme, lui con­fère une opac­ité assez fasci­nante : celle d’un corps étranger à un écosys­tème où il n’a pas sa place, mais qu’il per­siste à par­a­siter.

Voie sans issue

Sa rédemp­tion s’est pour­tant présen­tée assez tôt, sous les traits de Sofie (Sofie Rimes­tad), une sym­pa­thique chanteuse danoise aux airs de Lena Dun­ham (le film a été en par­tie tourné à Green­point, quarti­er de Brook­lyn qui est aus­si le décor de la série Girls). Comme lui expa­triée dans la ville-monde, elle offre à Vin­cent une voie de sor­tie, mais la névrose obses­sion­nelle de ce dernier l’empêche de négoci­er ce virage. Pas même la vis­ite de son père et de sa sœur ne parvien­dra à le tir­er de la tor­peur dans laque­lle il s’enfoncera une fois ren­du à l’évidence que son amour est à sens unique. La caméra très mobile suit au plus près un par­cours en forme d’errance, voire de dérive, et des­sine, en creux, une géo­gra­phie sen­ti­men­tale du néant. Qua­tre ans après Rives, où Paris était déjà un per­son­nage à part entière, Armel Hos­tiou con­firme un tal­ent sin­guli­er pour s’approprier les espaces urbains et en filmer l’aliénation inhérente. Somme toute très banale, son his­toire améri­caine scin­tille d’éclats noc­turnes qui cap­turent l’éthos de New York City by night, où le bruisse­ment des con­ver­sa­tions de comp­toir ne suf­fi­ra jamais à peu­pler les soli­tudes jux­ta­posées.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Rives
Rives