Casting sauvage

Casting sauvage

de Galaad Hemsi

  • Casting sauvage
  • France2014
  • Réalisation : Galaad Hemsi
  • Scénario : Galaad Hemsi, Clément Vieu, Raphaël Délétang
  • Image : Raphaël Delétang, Galaad Hemsi, Caroline Lazzaro, Jean-François Tatin
  • Son : Renaud Duguet
  • Montage : Galaad Hemsi, Loic Lallemand
  • Musique : Matthieu Aschehoug, James Sindatry
  • Producteur(s) : Galaad Hemsi, Mehdi Yanat
  • Production : Les Productions du Désert
  • Interprétation : Soufiane Adjadji, Johnny Amaro, Michaël Bernadat...
  • Distributeur : Commune Image Médias
  • Date de sortie : 11 février 2015
  • Durée : 1h15

Casting sauvage

de Galaad Hemsi

Image commune


Image commune

Habitué des pro­jets à bud­get mod­éré qu’il peut accom­pa­g­n­er en pro­duc­tion comme en dis­tri­b­u­tion, le col­lec­tif Com­mune Image a pour mar­que de fab­rique l’énergie débrouil­larde des cinéastes qu’il sou­tient. Les idées sou­vent auda­cieuses mis­es en place par les films, corol­laires de la petitesse des moyens dont ils dis­posent (ce qu’on généralise habituelle­ment par la cau­tion « do it your­self »), nous font pencher naturelle­ment pour ces films et leur acharne­ment à partager envers et con­tre tout. Dono­ma, En pays can­ni­bale ou plus récem­ment Fièvres étaient de ceux-là – films plus ou moins réus­sis qui ont béné­fi­cié des aus­pices du col­lec­tif ; c’est Cast­ing sauvage qui suit leurs traces aujourd’hui. Réu­nion de trois com­pars­es, pro­fes­sion­nels de l’audiovisuel (dont deux directeurs de cast­ing), le film pro­pose un con­cept sin­guli­er qui brouille les pistes nar­ra­tives, de genre, et mul­ti­plie les niveaux de lec­ture autour d’une anec­dote réduite à son plus sim­ple appareil : le dia­logue.

I’m not there

Voici l’idée : les trois créa­teurs du film ont mis en place un cast­ing pour lequel près de qua­tre-vingts comé­di­ens ont été retenus au terme des pre­mières sélec­tions. Ici c’est le film en train de se faire qui devient le film finit : au stade du cast­ing donc, décisif pour le choix de ceux qui incar­neront les per­son­nages, encore êtres de papi­er. Mis bout à bout les essais for­ment la trame nar­ra­tive d’un scé­nario sim­ple comme bon­jour. Du cast­ing strict – mimes des gestes d’un agent de tri postal, avec inter­ven­tions des réal­isa­teurs – à la plongée pro­gres­sive dans la fic­tion, Cast­ing sauvage racon­te l’histoire d’un jeune homme qui apprend que son père qu’il croy­ait mort est en fait en vie. Il se lance sur les routes à sa recherche au moment même où la petite amie dont il se sépare lui annonce qu’elle est enceinte. Un sujet tra­di­tion­nel assez rebat­tu : celui de la con­struc­tion de l’identité par l’intermédiaire de la recherche du père. De Mon­téli­mar à Ostende en pas­sant par Paris et Le Havre, mais sans jamais quit­ter la petite salle aux murs blancs recou­verts de tags où se tien­nent les cast­ings, les comé­di­ens-per­son­nages d’un moment font avancer, ligne de dia­logue après ligne de dia­logue, les péripéties d’une intrigue qui importe finale­ment peu. Nous sommes donc proches du théâtre mais le pari est réus­si, grâce à la durée réduite du métrage sans doute.

« Tiens, ça c’est une claque ! »

Dans le pre­mier temps du film, les cast­ings se don­nent avec la portée doc­u­men­taire induite par l’ancrage réal­iste du dis­posi­tif. Au mon­tage, et avec l’accord des comé­di­ens aux­quels la final­ité du pro­jet a plus tard été dévoilée, Cast­ing sauvage met en route un amu­sant brouil­lage des pistes, qui souligne moins les qual­ités ou défauts du jeu d’untel ou untel qu’il pose un regard drôle sur un dis­cours méta-diégé­tique sur le ciné­ma en train de se faire, en train de se créer (du côté du jeu donc). C’est en post-pro­duc­tion et dans un sec­ond temps du film que le réal­isa­teur s’autorise des arti­fices sonores (bruitages qui enjo­livent l’austérité du décor, comme quand les gob­elets en plas­tique rem­pli d’eau tin­tent tels des coupes de cham­pagne…) qui sem­blent enfin don­ner au film la lib­erté créa­trice de la fic­tion – où tout devient pos­si­ble. On a d’un côté la réal­ité : les comé­di­ens qui passent un cast­ing, sans savoir eux-mêmes de quoi il retourne. De l’autre, la fic­tion : Rémi, incar­né par tant de vis­ages suc­ces­sifs qui por­tent tous la même écharpe rouge. Mais c’est bien quand les deux mon­des se mélan­gent que Cast­ing sauvage touche son objec­tif, dans le hors-champ de nos imag­i­na­tions.

Mais le tra­vail de réflex­ion induit par ce dou­ble dis­cours, Cast­ing sauvage ne le fait jamais, se con­tentant de don­ner le brouil­lage des niveaux de lec­ture qu’il accom­plit comme des pirou­ettes malignes, des gags réus­sis et drôles, qui se ter­mi­nent en fin de compte sur la banal­ité de l’anecdote (trou­ver son père / décrocher le rôle). Il ne dépasse jamais le dis­posi­tif nova­teur qu’il a créé et c’est dom­mage, car l’énergie et l’audace mis­es en œuvre, le spec­ta­cle sin­guli­er qu’il pro­pose, auraient jus­ti­fié que tout cela débouche sur plus qu’un con­cept amu­sant.

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