Kertu

Kertu

de Ilmar Raag

  • Kertu
  • Estonie2013
  • Réalisation : Ilmar Raag
  • Scénario : Ilmar Raag
  • Image : Kristjan-Jaak Nuudi
  • Décors : Jaagup Roomet, Kristjan Suits
  • Costumes : Anu Lensment
  • Son : Horret Kuus, Olger Bernadt
  • Montage : Tambet Tasuja
  • Musique : Mari Pokinen
  • Producteur(s) : Riina Sildos
  • Production : Amrion OÜ
  • Interprétation : Mait Malmsten (Villu), Ursula Ratasepp (Kertu), Külliki Saldre (Anu), Peeter Tammearu (Jüri), Leila Säälik (Malle)...
  • Distributeur : TS Productions
  • Date de sortie : 4 février 2015
  • Durée : 1h38

Kertu

de Ilmar Raag

Affirmation de soi


Affirmation de soi

Après s’être fait con­naître en France avec le plaisant mais atone Une Estoni­enne à Paris, le réal­isa­teur estonien Ilmar Raag revient dans son pays natal pour une œuvre intimiste et solaire autour d’une jeune trente­naire, Ker­tu, vivant un peu à l’é­cart de la com­mu­nauté vil­la­geoise de l’île de Sareema. Née d’une famille de bour­geois un peu par­venus, la jeune femme vit sous la coupe d’une mère soucieuse du qu’en-dira-t-on et d’un père bour­ru et manip­u­la­teur. Ses par­ents ont tou­jours cul­tivé en elle une peur vis­cérale du monde extérieur, après avoir con­va­in­cu à peu près tout le monde que leur fille était sim­ple d’e­sprit. Un homme ne croit pas à ce sché­ma imposé : il s’ag­it de Vil­lu, un séduc­teur invétéré porté sur la bouteille et con­traint de vivre avec sa mère paysanne dans une ferme de for­tune. Ker­tu est intriguée par cet homme et va s’employer à le séduire avec toute l’ingé­nu­ité qui la car­ac­térise. De plus en plus récep­tif à ses charmes et intrigué par cette fille qui n’est pas si ralen­tie qu’elle en a l’air, Vil­lu va par con­tre se heurter à la féroce oppo­si­tion de la famille et des vil­la­geois. Tout l’en­jeu du film naît donc de cette prob­lé­ma­tique duelle : com­ment s’af­franchir du regard car­i­cat­ur­al d’une micro-société pour accéder à une sorte de vérité intérieure (désirs, choix de vie, etc.) ?

Chefs d’accusation

Sur sa pre­mière par­tie, le film ne fait pas preuve d’une grande finesse dans la pein­ture de cette com­mu­nauté et dans la typolo­gie des mem­bres de la famille de Ker­tu. Pris­on­niers de cette autar­cie à laque­lle les con­damne l’île où ils vivent, les per­son­nages font dans l’ensem­ble preuve d’une petitesse que chaque épreuve vient con­firmer. Le mépris, les insultes et les men­aces physiques cimentent le quo­ti­di­en d’un vil­lage où la ques­tion d’une liai­son entre Vil­lu et Ker­tu sem­ble avoir pris le pas sur toutes les autres préoc­cu­pa­tions des habi­tants. L’ex­posé soci­ologique ori­ente telle­ment lour­de­ment le regard du spec­ta­teur qu’on craint d’abord être l’o­tage d’un sen­ti­men­tal­isme manichéen où le réal­isa­teur se charg­erait de régler leur compte aux per­son­nages les plus détesta­bles pour sat­is­faire l’at­tente ven­ger­esse du spec­ta­teur. Bien heureuse­ment et en dépit d’une con­clu­sion un peu facile, Ker­tu prend rapi­de­ment ses dis­tances avec ces démon­stra­tions affec­tées d’in­jus­tice pour emprunter des chemins de tra­verse large­ment prof­ita­bles à l’in­car­na­tion et l’évo­lu­tion du per­son­nage-titre, offrant même la pos­si­bil­ité à des fig­ures de sec­onds plans (la mère de Vil­lu, par exem­ple) de gag­n­er en épais­seur et en nuances.

Affirmation du libre-arbitre

Là où Ker­tu est cer­taine­ment le plus con­va­in­cant, c’est d’ailleurs dans cette manière de laiss­er éclore en la jeune femme l’af­fir­ma­tion d’un libre-arbi­tre et le désir d’une venue au monde qu’on lui refu­sait jusqu’i­ci. En ce sens, l’ar­rière-plan du film est loin d’être anodin : alors que la chaleur esti­vale écrase les paysages ruraux, exal­tant par la même occa­sion la sen­su­al­ité mal­ha­bile de Ker­tu, la réal­i­sa­tion d’Il­mar Raag pose la ques­tion d’une mise en espace où l’hori­zon offre des per­spec­tives inat­ten­dues. La sym­bol­ique pour­rait sem­bler un peu facile si le dis­posi­tif ne ser­vait qu’à riv­er le per­son­nage aux inten­tions de départ. Seule­ment, par touch­es sub­tiles dans le choix des cadres et le mon­tage, le réal­isa­teur nour­rit son réc­it de sus­pen­sions prop­ices à l’é­man­ci­pa­tion de son héroïne. Lors de la très réussie scène d’hôpi­tal où Ker­tu doit subir un avorte­ment, la femme-médecin finit par deman­der à sa patiente devant un parterre d’in­fir­mières incré­d­ules : «Et main­tenant, qu’est-ce qu’on fait ?» Ce à quoi la jeune femme répond «Je ne sais pas. On attend», lais­sant se dessin­er le cul-de-sac dans lequel pour­rait s’en­gager le film. À cet instant, le réal­isa­teur prou­ve que son pro­jet s’est rangé in fine der­rière la volon­té de son per­son­nage, et non l’in­verse. En ce sens et en dépit de quelques réelles faib­less­es d’écri­t­ures, Ker­tu se révèle tout à fait estimable.

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Une Estonienne à Paris
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