Invincible

Invincible

de Angelina Jolie

  • Invincible
  • (Unbroken)
  • États-Unis2014
  • Réalisation : Angelina Jolie
  • Scénario : William Nicholson, Richard LaGravenese, Joel Coen, Ethan Coen
  • d'après : le livre Unbroken: A World War II Story of Survival, Resilience, and Redemption
  • de : Laura Hillenbrand
  • Image : Roger Deakins
  • Montage : Tim Squyres, William Goldenberg
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Producteur(s) : Matthew Baer, Angelina Jolie, Erwin Stoff, Clayton Townsend
  • Production : Universal Pictures, 3 Arts Entertainment, Legendary Pictures, Jolie Pas
  • Interprétation : Jack O'Connell (Louis Zamperini), Domhnall Gleeson (Russell Allen «Phil» Phillips), Garrett Hedlund (Commandant John Fitzgerald), Jai Courtney (Hugh «Cup» Cuppernell), Miyavi (Mutsushiro Watanabe), Finn Wittrock (Francis «Mac» McNamara), Maddalena Ischiale (Louise Zamperini), Vincenzo Amato (Anthony Zamperini)...
  • Photographie sous-marine : Simon Christidis
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 7 janvier 2015
  • Durée : 2h17

Invincible

de Angelina Jolie

Chair à canonisation


Chair à canonisation

Deux­ième long-métrage d’Angelina Jolie, Invin­ci­ble n’est pas un biopic à pro­pre­ment par­ler, puisqu’il ne s’intéresse qu’aux exploits de Louis Zam­peri­ni pen­dant la Sec­onde Guerre mon­di­ale, émail­lés de flash-back sur sa tur­bu­lente jeunesse et sa par­tic­i­pa­tion aux jeux olympiques de 1936. Ce fils d’immigrants ital­iens, qui trou­va dans la course à pied la dis­ci­pline qui lui man­quait, survé­cut au crash de son bom­bardier en plein Paci­fique, avant d’être fait pris­on­nier par la marine japon­aise, au terme d’une dérive de 47 jours sur un can­ot de sauve­tage avec deux com­pagnons d’infortune. Zam­peri­ni n’était pas au bout de ses peines : interné dans un camp, il fut tour­men­té de manière répétée pen­dant presque deux ans par un tor­tion­naire nip­pon qui fit de lui sa bête noire. Mais, on l’aura com­pris, il en fal­lait plus pour bris­er ce mon­u­ment de pos­i­tiv­ité améri­caine (d’où le titre, piètre tra­duc­tion d’Unbro­ken).

Héroïsme méta

Les des­tins remar­quables font sou­vent des adap­ta­tions con­v­enues. Empêtré dans un pro­gramme d’évangélisation des mass­es, Invin­ci­ble ne fait guère excep­tion à cette règle. Décalque soft­core de Furyo, le film évac­ue la cru­auté et l’ambiguïté qui fai­saient le prix de celui de Nag­isa Oshi­ma, préférant célébr­er les valeurs, for­cé­ment patri­o­tiques, de résis­tance, d’intégrité et de sol­i­dar­ité face à l’adversité. La réal­i­sa­tion fait illu­sion quelques min­utes, le temps d’une scène de com­bat aérien vire­voltante, ryth­mée par le bal­let des chas­seurs zéro japon­ais et les manœu­vres invraisem­blables aux­quelles doivent se livr­er les G.I. pour pilot­er ce mastodonte des cieux qu’était le B‑24. Une poignée de plans mag­nifiques, priv­ilé­giant des angles inat­ten­dus, laisse entrevoir la chute silen­cieuse des avions abat­tus, qui glis­sent de la ligne de mire vers les eaux du Paci­fique.

C’est le seul instant de grâce d’une œuvre qui som­bre dans l’hagiographie pure et sim­ple dès qu’elle met le pied à terre. Conçue comme une vie de saint, cette ode à la résilience invite le spec­ta­teur à tir­er les leçons qui s’imposent devant un héroïsme si défini­tif. Nul doute que Zam­peri­ni, qu’une série d’épreuves insen­sées n’ont jamais fait flanch­er, était un indi­vidu digne de la plus haute admi­ra­tion. Mais pourquoi en faire ce per­son­nage uni­di­men­sion­nel que campe Jack O’Connell avec l’assurance un peu crâne des jeunes pre­miers ? Pourquoi faire tenir sa vie passée dans un best of des moments emblé­ma­tiques de sa force de car­ac­tère? Obnu­bilé par son courage hors du com­mun, Invin­ci­ble dénie à Zam­peri­ni toute épais­seur psy­chologique, comme si cet homme avait été immun au moin­dre doute, à la moin­dre faib­lesse.

Oscarisable à merci

Là où Clint East­wood, dans Mémoires de nos pères, par­ve­nait à mon­tr­er l’envers fis­suré de l’héroïsme yan­kee, les frères Coen, coau­teurs du scé­nario (on peine à le croire), accouchent ici d’un script binaire, avec d’un côté les sym­pa­thiques alliés, de l’autre, les odieux Japon­ais, et comme ligne de démar­ca­tion, le chemin de croix de Zam­peri­ni. Ce n’est pas tant la bru­tal­ité des traite­ments que celui-ci subit qui détourne le regard, mais plutôt le dolorisme insup­port­able dans lequel baigne leur représen­ta­tion. Toute vio­lence réelle est ici résor­bée dans l’écrin de la pho­togra­phie de Roger Deakins, qui abor­de chaque extérieur comme un Gol­go­tha éclairé au soleil lev­ant. Cette Pas­sion fléchée comme un par­cours d’étapes se devait d’avoir sa Cru­ci­fix­ion. Elle est d’un sen­ti­men­tal­isme effarant : dans un ultime sup­plice, un Zam­peri­ni famélique, mais tou­jours aus­si inflex­i­ble, bran­dit une planche au-dessus de sa tête, et la main­tient au prix d’un effort surhu­main, défi­ant son bour­reau, le tout sur fond de réminis­cences sépias de sa splen­deur d’athlète de haut niveau et de soupe musi­cale servie par Alexan­dre Desplat. Pétri de bonnes inten­tions, mais con­fit d’académisme, Invin­ci­ble est un spec­ta­cle de fin d’année idoine pour la sai­son des Oscars. Avec sa dis­tri­b­u­tion de bel­lâtres en uni­formes et sa ver­tu édi­fi­ante, il devrait repar­tir avec une stat­uette. À moins que Cold­play, respon­s­able de la chan­son de générique de fin, ne soit l’heureux gag­nant. Tout est per­mis, elle s’intitule “Mir­a­cles”.

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Vue sur mer
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Au pays du sang et du miel
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