Les Pingouins de Madagascar

Les Pingouins de Madagascar

de Eric Darnell, Simon J. Smith

  • Les Pingouins de Madagascar
  • (Penguins of Madagascar)
  • États-Unis2014
  • Réalisation : Eric Darnell, Simon J. Smith
  • Scénario : John Aboud, Michael Colton, Brandon Sawyer
  • Décors : Shannon Jeffries
  • Son : Steve Jamerson
  • Montage : Nick Kenway
  • Musique : Lorne Balfe
  • Producteur(s) : Lara Breay, Mark Swift
  • Interprétation : Chris Miller (Kowalski), Tom McGrath (Commandant), Conrad Vernon (Rico), Christopher Knights (Soldat), John Malkovich (Dave), Benedict Cumberbatch (Agent Confidentiel)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 17 décembre 2014
  • Durée : 1h33

Les Pingouins de Madagascar

de Eric Darnell, Simon J. Smith

Sur la glace abandonnée...


Sur la glace abandonnée...

Les petits palmipèdes qui fai­saient de la fig­u­ra­tion dans Mada­gas­car et béné­fi­cient depuis 2008 de leur pro­pre pro­gramme télévisé, passent aujourd’hui la vitesse supérieure en atter­ris­sant sur grand écran. Le quar­tet du grand Nord se retrou­ve encore face à une mis­sion de la plus haute impor­tance : con­tr­er l’éradication de leurs con­génères par l’affreux Doc­teur Octavius. Pro­duit par Dream­Works, à qui l’on doit Shrek, Gang de requins ou Drag­ons, Les Pin­gouins de Mada­gas­car tente de truster la place délais­sée par Dis­ney et Pixar en cette fin d’année, péri­ode haute­ment stratégique. Mais les oiseaux espi­ons ont-ils les moyens de con­cur­rencer la souris aux grandes oreilles et la machine de guerre Pixar ? Rien n’est moins sûr…

Blockbuster pour enfants

Si l’on peut raisonnable­ment cri­ti­quer le phago­cy­tage de l’espace ciné­matographique par les block­busters (les films de super-héros en tête de gon­do­le ces dernières années), les adultes con­ser­vent toute­fois la pos­si­bil­ité de décou­vrir autre chose qu’une bande de jus­ticiers masqués par­mi l’offre qui leur est pro­posée chaque semaine. Cette hétérogénéité n’est mal­heureuse­ment guère de mise pour les jeunes spec­ta­teurs, pre­mière vic­time d’une uni­formi­sa­tion de la pro­duc­tion. Si de nom­breux métrages (longs ou courts) exis­tent, ils sont pour la plu­part invis­i­bles en salle. Reste donc les œuvres des trois grands pour­voyeurs d’animation. Et à la décou­verte des Pin­gouins de Mada­gas­car cette triste règle ne fait que se ren­forcer.

Réu­til­isant les codes des films d’action pour adulte, le dernier reje­ton de Dream­Works enfonce le clou. Les pin­gouins y camp­ent des espi­ons, et de là nais­sent des séquences dignes d’un James Bond comme cette pour­suite démo­ni­aque dans les canaux véni­tiens. Évidem­ment, Simon J. Smith et Eric Dar­nell, les réal­isa­teurs, y inclu­ent un humour qua­si­ment absent des pro­duc­tions pour les grands, à tra­vers la car­ac­téri­sa­tion des héros (Rico le pin­gouin goin­fre qui avale et recrache à l’envi des acces­soires plus ou moins utiles) ou des idées visuelles (les oiseaux cam­ou­flés sur un pas­sage pié­ton noir et blanc). Toute­fois, mal­gré ces quelques sail­lies qui jus­ti­fient l’appartenance du film au ciné­ma pour enfants, la plus grande par­tie du long métrage décalque des sit­u­a­tions exemptes de poésie, recy­cle les sem­piter­nelles explo­sions, chas­s­es à l’homme (en l’état chas­se aux pin­gouins) et autres scènes d’action clas­siques. Les petits oiseaux évolu­ent ain­si dans un monde High Tech, pleins de gros gad­gets tape-à‑l’œil (un avion digne d’Avengers, l’omniprésence d’écrans con­nec­tés) où le spec­ta­cle à l’écran s’auto-suffirait, oubliant de véhiculer toute sig­ni­fi­ca­tion sous-jacente ou réflex­ion liée à l’enfance.

L’imagination au pouvoir

On pour­rait arguer que les têtes blondes d’aujourd’hui ne sont plus les oies blanch­es d’antan, biberon­nées aux pro­grammes télévisés vio­lents et donc poten­tielle­ment insen­si­bil­isées à une quel­conque poésie de l’image (ou du fond). Mais de nom­breux films, des pro­duc­tions Ghi­b­li aux réal­i­sa­tions plus con­fi­den­tielles des stu­dios Lai­ka (Cora­line, Les Box­trolls) ou Aard­man (Chick­en Run, Les Pirates ! Bons à rien, mau­vais en tout) prou­vent que l’animation n’est pas con­damnée à resucer les recettes des block­busters pour adultes. Elle peut, au con­traire, pro­pos­er une sin­gu­lar­ité de traite­ment, une esthé­tique où l’imaginaire n’est pas un vilain mot, bref un ciné­ma fait, pen­sé et réal­isé à hau­teur d’enfant, en cor­réla­tion avec leurs attentes et leur regard sur le monde. Un ciné­ma dont Les Pin­gouins de Mada­gas­car n’est claire­ment pas un représen­tant.

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