Coming Home

Coming Home

de Zhang Yimou

  • Coming Home
  • (Gui Lai)
  • Chine2013
  • Réalisation : Zhang Yimou
  • Scénario : Zou Jingzhi
  • d'après : le roman The Criminal Lu Yanshi
  • de : Yan Geling
  • Image : Zhao Xiaoding
  • Décors : Lin Chaoxiang, Liu Qiang
  • Costumes : Wang Qiuping
  • Son : Tao Jing
  • Montage : Meng Peicong, Mo Zhang
  • Musique : Chen Qijang
  • Producteur(s) : Bill Kong, Zhang Zhao
  • Interprétation : Chen Daoming (Lu Yanshi), Gong Li (Feng Wanuy), Zhang Huiwen (Dan Dan), Guo Tao (officier Liu), Yan Ni (officier Li), Li Chun (Cui Meifang), Zhang Jiayi (docteur Dai), Liu Peiqi (officier Liu)...
  • Date de sortie : 17 décembre 2014
  • Durée : 1h49

Coming Home

de Zhang Yimou

L'éternel retour


L'éternel retour

Fig­ure de proue du ciné­ma chi­nois con­tes­tataire dans les années 1980 et 1990 (Le Sorgho rouge, Judou, Épous­es et con­cu­bines, Qiu Ju, une femme chi­noise ou encore Vivre ! ont tous con­nu des prob­lèmes avec la cen­sure éta­tique), Zhang Yimou a depuis con­sid­érable­ment revu sa posi­tion au sein du paysage ciné­matographique nation­al : glo­ri­fi­ant main­tenant l’u­nité du pays par le biais de gross­es pro­duc­tions pop­u­laires (Hero en 2002, Le Secret des poignards volants en 2004), l’homme est même devenu le cinéaste offi­ciel du pou­voir en place lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Cette drôle de recon­ver­sion – qui con­firme les ambiguïtés idéologiques de “l’ou­ver­ture” de la Chine sur le reste du monde – ouvre l’hori­zon du ciné­ma de Zhang Yimou autant qu’il en révèle les lim­ites. Là où Judou ou Épous­es et con­cu­bines trou­vaient leur véri­ta­ble force dans l’os­tracisme des décors pour mieux dénon­cer l’ar­chaïsme des tra­di­tions, le réal­isa­teur trahis­sait déjà quelques faib­less­es de traite­ment lorsque dans Vivre !, par exem­ple, il s’agis­sait de con­fron­ter l’in­time à l’his­toire col­lec­tive.

Toile de fond

Dans Com­ing Home comme dans Sous l’aubépine (réal­isé en 2010 mais resté inédit chez nous), Zhang Yimou sem­ble vouloir réin­jecter du poli­tique dans son déco­rum en y inter­calant les rav­ages de la Révo­lu­tion cul­turelle. Il nous racon­te ici l’his­toire de Feng qui élève seule Dan Dan, une ado­les­cente danseuse étoile ambitieuse et entière­ment dévouée au régime, alors que Chen, son mari, croupit en prison depuis une quin­zaine d’an­nées. Le jour où la mère et la fille sont infor­mées de l’é­va­sion du tiers absent, la panique s’in­stalle : Dan Dan risque d’être écartée du prochain spec­ta­cle pour lequel elle répète tant, tan­dis que Feng hésite à ouvrir sa porte à l’indésir­able de peur de con­trari­er les pro­jets de sa fille. Mais par un mau­vais con­cours de cir­con­stances, Feng subit un choc trau­ma­tique et perd la mémoire. Trois ans plus tard, alors que la Révo­lu­tion cul­turelle touche à sa fin et que Chen est réha­bil­ité, la femme ne recon­naît plus l’homme qui se présente à elle.

Si la ques­tion poli­tique con­stitue un point de départ au mélo­drame, elle reste un pré­texte que Zhang Yimou ne décor­tique jamais. Se con­tentant de miser sur le trau­ma­tisme col­lec­tif qu’a engen­dré la Révo­lu­tion cul­turelle auprès d’une grande par­tie de la pop­u­la­tion chi­noise, le réal­isa­teur ne cherche à aucun moment à ce que le rap­port con­flictuel entre la petite et grande his­toire s’in­car­ne par des idées ou un dis­cours. Nous ne saurons jamais pourquoi Chen a été empris­on­né, ni ce qui a con­duit Feng à élever sa fille de telle manière qu’elle vive aus­si égoïste­ment sa soumis­sion aux valeurs du régime que son père a pour­tant com­bat­tues. Il sem­ble que les per­son­nages n’ex­is­tent que pour fig­ur­er les impos­si­bles retrou­vailles de cette famille, murant chaque pro­tag­o­niste dans une posi­tion dont il ne pour­ra plus sor­tir. Par exem­ple, à la fin de la Révo­lu­tion cul­turelle, l’ar­ro­gance de Dan Dan se mue en lourde cul­pa­bil­ité dont le per­son­nage ne se dépar­ti­ra plus, lit­térale­ment sac­ri­fié sur l’au­tel des con­ven­tions nar­ra­tives.

Les trous de la mémoire

Pour­tant, le thème prin­ci­pal de Com­ing Home ne man­quait pas de poten­tiel ciné­matographique. On retrou­ve même la finesse et le tal­ent de Zhang Yimou dans un cer­tain nom­bre de scènes où Chen s’évertue par tous les moyens pos­si­bles à con­va­in­cre Feng qu’il est bien le mari qu’elle attend depuis deux décen­nies. Tour à tour accordeur de piano ou sim­ple voisin venu lire d’an­ci­ennes let­tres d’amour, le mari organ­ise sa pro­pre mise en scène, ten­tant dés­espéré­ment de trou­ver une porte d’en­trée vers la mémoire cham­boulée de son épouse. On devine à cet instant ce que le réal­isa­teur a voulu approcher : l’am­nésie de Feng et l’anony­mat auquel est con­damné Chen, ancien paria du régime, ren­voie bien évidem­ment au col­lec­tif qui n’a jamais pu men­er un tra­vail réflexif sur les heures les plus som­bres de son his­toire.

Seule­ment, trop tim­o­ré, le réal­isa­teur n’ex­plore pas davan­tage cette métaphore en se rangeant der­rière les arti­fices du mélo­drame. À ren­fort de musique lar­moy­ante (dans les scènes qui n’en avaient vrai­ment pas besoin), d’une bande-son qui insiste sur la vio­lence de la sépa­ra­tion (notam­ment lors de l’in­ter­pel­la­tion du mari à la gare) ou encore d’inces­sants zooms sur les vis­ages con­trits employés pour dis­simuler la rel­a­tive vacuité des enjeux, Zhang Yimou trahit un goût un peu pou­jadiste pour les effets au détri­ment de cette ambiguïté morale qui a sou­vent su car­ac­téris­er son ciné­ma. Les acteurs (Gong Li et Chen Daom­ing en pre­mier lieu, mais aus­si la jeune révéla­tion Zhang Hui­wen), presque trop par­faits dans leurs par­ti­tions respec­tives, ne méri­taient pas d’être à ce point empris­on­nés dans ce film vis­i­ble­ment effrayé par son vrai sujet.

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