#Chef

#Chef

de Jon Favreau

  • #Chef
  • (Chef)
  • États-Unis2014
  • Réalisation : Jon Favreau
  • Scénario : Jon Favreau
  • Image : Kramer Morgenthau
  • Décors : Bryan Venegas
  • Costumes : Laura Jean Shannon
  • Son : Ronald Judkins
  • Montage : Robert Leighton
  • Producteur(s) : Jon Favreau, Sergei Bespalov
  • Production : Fairview Entertainment
  • Interprétation : Jon Favreau (Carl Casper), Sofia Vergara (Inez), John Leguizamo (Martin), Scarlett Johansson (Molly), Dustin Hoffman (Riva), Oliver Platt (Ramsey Michel), Robert Downey Jr (Marvin), Bobby Cannavale (Tony), Emjay Anthony (Percy)...
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Date de sortie : 29 octobre 2014
  • Durée : 1h54

#Chef

de Jon Favreau

Petit appétit


Petit appétit

Si l’on reproche sou­vent aux acteurs et actri­ces de se lancer dans des van­i­ty projects (lit­térale­ment des « pro­jets van­i­teux », soit des films entière­ment mon­tés pour eux, sou­vent ban­cals voire car­ré­ment ratés), qui n’ont pour seul objec­tif que de sat­is­faire un caprice artis­tique répon­dant essen­tielle­ment à un souci d’image, les cinéastes ne sont pas pour autant à l’abri de cet épiphénomène. Jon Favreau, réal­isa­teur des deux pre­miers Iron Man et du cat­a­strophique Cow­boys et envahisseurs, en apporte une preuve sup­plé­men­taire avec #Chef, petite comédie pas déplaisante mais dont l’opportunisme fla­grant empoi­sonne chaque scène et con­fère à l’ensemble un arrière-goût franche­ment désagréable. Tout y est : le sujet archi-ten­dance pour mag­a­zine de société (la mode de la gas­tronomie de rue et des food trucks), le traite­ment façon pastille vidéo truf­fée d’effets faciles et anglé comme dans un reportage télé (le com­merce à l’heure du web 2.0), le cast­ing tape-à‑l’œil peu­plé de copains pres­tigieux (en tête, Robert Downey Jr et Scar­lett Johans­son, échap­pés de leurs cos­tumes de super-héros, mais aus­si Dustin Hoff­man pour le pres­tige old school), et la dou­ble cas­quette réalisateur/acteur prin­ci­pal pour Favreau, soucieux de revenir à un ciné­ma plus intimiste lui per­me­t­tant d’exprimer pleine­ment sa palette créa­tive – ça, c’est pour l’argument mar­ket­ing, impa­ra­ble pour assur­er la pro­mo du film.

Instafilm

#Chef tran­spire telle­ment des obses­sions de son époque qu’il sera amu­sant de le revoir dans une petite dizaine d’années, tant il est évi­dent qu’il paraî­tra épou­vantable­ment daté. Pour l’heure, si la trame scé­nar­is­tique, bal­isée comme une autoroute, est à périr d’ennui, force est de recon­naître que l’emballage est suff­isam­ment bien char­p­en­té pour se laiss­er regarder avec un mélange d’écœurement… et de fas­ci­na­tion. Favreau nous entraîne dans le quo­ti­di­en du chef d’un restau­rant réputé (incar­né par le réal­isa­teur lui-même) qui, lassé des com­pro­mis exigés par le pro­prié­taire de l’établissement, rend son tabli­er et se lance dans la restau­ra­tion de rue, retrou­vant ain­si la lib­erté et la créa­tiv­ité qu’il avait per­dues. Autour de ce canevas archi-rebat­tu, Favreau, égale­ment scé­nar­iste du film, brode une réflex­ion autour de la crise de la quar­an­taine (son héros, divor­cé et papa d’un jeune garçon, va prof­iter de ce nou­veau départ pour renouer des liens avec ses proches) et glisse au pas­sage un petit com­men­taire com­plaisant sur l’importance des réseaux soci­aux dans le suc­cès d’une entre­prise. La réus­site aujourd’hui se mesure à l’aune de la pop­u­lar­ité et du bouche-à-oreille que les Twit­ter, Insta­gram et autres Vine offrent gra­tu­ite­ment aux plus malins, et Jon Favreau entend bien démon­tr­er, à coups de trou­vailles visuelles incrustées dans le champ comme autant de pubs inva­sives sur une vidéo YouTube, à quel point #Chef (le hash­tag de cir­con­stance dans le titre a été rajouté par le dis­trib­u­teur français) est un film bien dans son temps – on s’attend presque à voir sur­gir un flash­code dans un coin de l’écran pour acheter la BO du film sur iTunes.

Matière grasse

Cette obses­sion du film comme cap­sule tem­porelle, pas inin­téres­sante en soi, trou­ve ses lim­ites dans la tiédeur du pro­pos, qui vante les mérites d’une vie affranchie des con­traintes imposées par un cap­i­tal­isme frileux, mais se prend les pieds dans une morale pous­sive. Vivre ses rêves, accorder le monde dans lequel on évolue selon ses désirs et y trou­ver son équili­bre… pour mieux se réc­on­cili­er avec son ex-épouse et son enne­mi juré, et trans­met­tre à sa progéni­ture le sens du devoir et du tra­vail bien fait : Jon Favreau a telle­ment pris soin de ne froiss­er per­son­ne qu’on se deman­derait presque si son per­son­nage ne va pas finir par se faire enlever ses tatouages, au cas où cela cho­querait la mamie au qua­trième rang dans la salle. Restent de jolis (et très nom­breux) plans sur les bons petits plats pré­parés par le héros et ses acolytes, agré­men­tés le plus sou­vent d’une BO épicée et chaloupée comme une sal­sa cubaine. Ce sont peut-être finale­ment les seuls moments du film où la ten­ta­tion et le plaisir résis­tent à la cul­pa­bil­ité et au for­matage.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Vers la fin des fonds verts
Vers la fin des fonds verts
Notes sur la 3D du Roi Lion
Notes sur la 3D du Roi Lion
Le Roi Lion
Le Roi Lion
Le Livre de la jungle
Le Livre de la jungle
Cowboys & Envahisseurs
Cowboys & Envahisseurs
Iron Man 2
Iron Man 2
Iron Man
Iron Man
Zathura – Une aventure spatiale
Zathura – Une aventure spatiale