Sex Tape

Sex Tape

de Jake Kasdan

  • Sex Tape
  • États-Unis2014
  • Réalisation : Jake Kasdan
  • Scénario : Kate Angelo, Jason Segel, Nicholas Stoller
  • Image : Tim Suhrstedt
  • Décors : Jefferson Sage
  • Costumes : Debra McGuire
  • Montage : Tara Timpone, Steve Edwards
  • Musique : Michael Andrews
  • Producteur(s) : Todd Black, Jason Blumenthal, Steve Tisch
  • Interprétation : Cameron Diaz (Annie), Jason Segel (Jay), Rob Corddry (Robbie), Ellie Kemper (Tess), Rob Lowe (Hank)...
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Date de sortie : 10 septembre 2014
  • Durée : 1h35

Sex Tape

de Jake Kasdan

Dans le nuage


Dans le nuage

Après Bad Teacher, chronique d’une quadra déver­gondée en quête d’un époux finan­cière­ment viable, le réal­isa­teur Jake Kas­dan retrou­ve Cameron Diaz pour une nou­velle comédie généra­tionnelle qui comme son titre l’indique, est on ne peut plus actuelle. Réc­it d’une dif­fu­sion inop­por­tune d’ébats sex­uels, Sex Tape se voudrait déjan­té et grivois mais une idée olé olé suf­fit-elle à estom­per la pudi­bon­derie améri­caine chronique ?

A night to remember

Annie (Cameron Diaz) et Jay (Jason Segel) ont basé leur rela­tion amoureuse sur un appétit sex­uel inex­tin­guible. Mais un mariage et deux enfants plus tard, leur libido con­naît une longue tra­ver­sée du désert. Bien décidée à pimenter une rare soirée sans mar­mot, Annie enfile ses rollers, sort la bouteille de téquila et pro­pose à son mari euphorique de réalis­er un film met­tant en scène toutes les posi­tions du Kama­su­tra. Après une nuit ath­lé­tique, ils décou­vrent que leur vidéo a malen­con­treuse­ment été partagée sur les cinq tablettes que Jay a offertes à ses proches. Débute alors une journée marathon pour remet­tre la main sur une presta­tion qui pour­rait leur coûter cher.

L’intimité 2.0

Sur­fant sur la technophilie général­isée du XXIe siè­cle, Jake Kas­dan s’amuse de tous les gad­gets qui nous entourent et dont on ne con­naît finale­ment que très peu les usages. Le motif de la sex tape, film pornographique ama­teur qui offre une médi­ati­sa­tion à peu de frais à des star­lettes en mal de recon­nais­sance, sert ain­si de moteur nar­ratif au film. À la dif­férence des Hilton et autre Kar­dashi­an, Annie et Jay désirent con­serv­er leurs images pour un usage privé, mais dans le monde du Cloud, rien ne demeure intime très longtemps. La dis­sémi­na­tion du film dans les mains de proches (famille, amis, rela­tions pro­fes­sion­nelles) et le cat­a­clysme social qu’elle représente pour les per­son­nages démon­tre à quel point, sous cou­vert d’un pro­gres­sisme et d’une libéral­i­sa­tion appar­ente des mœurs, la sex­u­al­ité con­serve sa dimen­sion taboue. La super­po­si­tion de la sphère publique (rôle social con­sen­suel) et privée (intim­ité, per­ver­sions, sex­u­al­ité), avec laque­lle jon­gle les réseaux soci­aux et autres arte­facts numériques, trou­ve dans Sex Tape une incar­na­tion par­faite­ment jouis­sive. La mère de famille mod­èle, bloggeuse à ses heures per­dues, ne peut assumer l’étiquette porno que sa vidéo lui con­fère.

Bas les masques

L’intelligence de Kas­dan réside prin­ci­pale­ment dans sa fac­ulté à décon­stru­ire ses per­son­nages à l’aune de ce jeu des apparences. Lors de la meilleure séquence du film, pro­pre­ment hila­rante, Jay et Annie se ren­dent chez Hank (Rob Lowe), le poten­tiel futur employeur de la jeune femme afin d’exfiltrer l’iPad con­tenant le fichi­er explosif. Mais aux peurs d’Annie d’être con­sid­érée comme une délurée, répond la cocaïno­manie inat­ten­due du patron. Engouf­frant des lignes de poudre comme d’autres s’empiffreraient de petits fours, Hank et Annie som­brent alors dans une hys­térie com­mu­nica­tive, tan­dis que Jay, aux pris­es avec un berg­er alle­mand vin­di­catif en arrive à deman­der de l’aide à Siri (logi­ciel de smart­phone sen­sé répon­dre à toutes sortes de ques­tions, même les plus absur­des). Le poten­tiel comique de la scène réside à la fois dans les péripéties canines, l’évocation des nou­velles tech­nolo­gies (Siri, le Cloud…) et le sur­volt­age déli­rant de Diaz et Lowe qui font tomber leurs masques soci­aux. Mais le réal­isa­teur ne s’arrête pas en si bon chemin. Tous les pro­tag­o­nistes, ou presque, ont droit à leur volte-face : le cou­ple d’amis voyeurs paten­tés, l’adolescent bedonnant (le seul à maîtris­er l’outil tech­nologique) véri­ta­ble ver­mine détestable…

Toute­fois, si Sex Tape offre une galerie de por­traits absol­u­ment délec­table, il s’interdit la représen­ta­tion de ce dont il par­le. La nudité y est sug­gérée mais jamais assumée, le film évoque des pra­tiques sex­uelles mais à mots cou­verts, il dénonce la moral­i­sa­tion con­géni­tale de la société améri­caine tout en y souscrivant pleine­ment à l’écran. Cette inco­hérence, si elle ne nuit aucune­ment à la dimen­sion comique du long-métrage, souligne la dif­fi­culté du ciné­ma améri­cain à se désol­i­daris­er d’une cer­taine bien-pen­sance. Quant à Annie, elle appa­raît comme la seule vic­time poten­tielle de cette fuite vidéo (un risque majeur pèse sur son embauche) à la dif­férence de son mari, gêné par cette mise à nu mais aucune­ment en dan­ger, une manière pas si inno­cente de rap­pel­er qu’une femme, pour être prise au sérieux dans la société, doit accepter que sa sex­u­al­ité demeure un secret d’al­côve.

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