Big Bad Wolves

Big Bad Wolves

de Aharon Keshales, Navot Papushado

  • Big Bad Wolves
  • Israël2013
  • Réalisation : Aharon Keshales, Navot Papushado
  • Scénario : Aharon Keshales, Navot Papushado
  • Image : Giora Bejach
  • Décors : Arad Shawat
  • Costumes : Michal Dor
  • Son : Ronen Nagel
  • Montage : Asaf Korman
  • Musique : Haim Frank Ilfman
  • Producteur(s) : Tami Leon, Chilik Michaeli, Avraham Pirchi, Moshe Edery, Leon Edery
  • Interprétation : Lior Ashkenazi (Miki), Tzahi Grad (Gidi), Rotem Keinan (Dror), Doval'e Glickman (Yoram), Dvir Benedek (Tsvika)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 2 juillet 2014
  • Durée : 1h50

Big Bad Wolves

de Aharon Keshales, Navot Papushado

Conte cruel


Conte cruel

Fort d’avoir réal­isé le pre­mier film d’horreur israélien (Rabies en 2010), le duo Keshales-Papusha­do enfonce le clou dans le genre en livrant un huis clos vengeur, où la loi du Tal­ion sert d’arme juridique à un sim­u­lacre de tri­bunal dressé pour le pré­sumé grand méchant loup. Auréolé de l’opinion dithyra­m­bique de Quentin Taran­ti­no, maître ès tor­ture depuis la célébris­sime scène de l’oreille de Reser­voir Dogs (il con­sid­ère le film comme la plus belle réus­site de 2013), Big Bad Wolves a de quoi intriguer.

Alors même qu’une fil­lette est de nou­veau retrou­vée décapitée, la police pié­tine. Miki, un inspecteur aux méth­odes peu con­ven­tion­nelles, pense tenir le meur­tri­er en la per­son­ne de Dror, un pro­fesseur de théolo­gie mal­in­gre et apparem­ment inof­fen­sif. Mais la révéla­tion sur Inter­net de ses inter­roga­toires mus­clés lui vaut une mise à pied et la remise en lib­erté immé­di­ate du sus­pect. Con­va­in­cu de la cul­pa­bil­ité de Dror, Miki décide de le kid­nap­per pour le faire avouer mais il est devancé par Gidi, le père de la dernière vic­time en date. Embar­qué con­tre son gré dans la croisade du pater­nel incon­solable, l’ex-policier va devoir assumer son désir de vérité et pren­dre part au chemin de croix qui attend Dror.

Au tribunal

La fil­i­a­tion au con­te de fées, qui donne son titre au long métrage, trou­ve dès les pre­mières sec­on­des une légiti­ma­tion. Tan­dis que l’on suit trois enfants s’amusant à cache-cache dans un entre­pôt désaf­fec­té, on com­prend rapi­de­ment que le loup rôde et ne va pas tarder à effac­er du jeu un des trois per­son­nages. La chas­se peut alors com­mencer. Mais elle est de courte durée, Big Bad Wolves choi­sis­sant très vite le coupable idéal. Si le pub­lic (et cer­tains pro­tag­o­nistes) ne cessent de ques­tion­ner cet état de fait (Dror n’est-il qu’une vic­time de rumeurs ou au con­traire le mon­stre tant red­outé ?), le duo flic/père sem­ble lui totale­ment per­suadé de la vérac­ité de ses con­vic­tions.

Alors que de nom­breux films (et séries) ont ces dernières années large­ment usé de la tor­ture comme moteur nar­ratif (24h chrono en tête), les deux réal­isa­teurs, arrivant après la bataille, sont con­scients de la lim­ite du dis­posi­tif. Aus­si le trans­for­ment-ils en expédi­tion puni­tive. Prenant au pied de la let­tre la loi du Tal­ion (œil pour œil, dent pour dent), le père décide ain­si de faire subir au pédophile pré­sumé les sévices qu’il aurait lui-même infligés à ses proies (dont une, savoureuse, citant Hansel et Gre­tel). La cave méta­mor­phosée en tri­bunal auto-proclamé, où un rôle déter­miné est dévolu à chaque per­son­nage (Gidi l’avocat de l’accusation et bour­reau, Miki le pro­cureur et Dror assumant seul sa défense), se veut un micro­cosme déviant et décom­plexé des règles sociales. En évi­tant ain­si le piège de la tor­ture à titre infor­matif (ou pire de la tor­ture gra­tu­ite d’un Hos­tel), Big Bad Wolves s’ancre dans la lignée des revenge movies. Mais là n’est pas le seul écueil que le film démine.

Personne n’en sortira indemne

Le ton se révèle aus­si dia­ble­ment effi­cace, jouant à la fois sur l’absurdité de la sit­u­a­tion et le con­texte poli­tique ten­du de cette par­tie du monde. Sorte de farce famil­iale (le grand-père vient lui aus­si prêter main forte en pro­posant des méth­odes de tor­ture à l’ancienne), le film cache un sous-texte cri­tique vis-à-vis de la société israéli­enne, mil­i­tariste et dont l’existence est intrin­sèque­ment liée à la notion de vio­lence. La présence poé­tique d’un Arabe à cheval désamorce d’ailleurs, avec humour, les clichés sur la pau­vreté ou l’agressivité des Pales­tiniens à l’encontre des colons. Ce mélange de styles (comédie, hor­reur, pam­phlet, film noir), s’il peut paraître incon­gru, souligne la puis­sance d’évocation du film de genre, qui au-delà de ses arté­facts bru­taux (coupage de doigts, arrachage d’ongles, brûlures au chalumeau…), peut servir de vecteur cri­tique poli­tique (Vote ou crève de Joe Dante), économique (Zom­bie de George Romero) ou cul­turel (La Cabane dans les bois de Drew God­dard).

Haute­ment sym­bol­ique de l’impuissance humaine à cern­er la notion de vérité et à trou­ver le juste équili­bre entre juge­ment et châ­ti­ment (l’alternance con­stante entre cer­ti­tude de la cul­pa­bil­ité du pro­fesseur, doute et con­flits moraux face aux méth­odes employées), Big Bad Wolves s’offre même un finale trag­ique. Comme quoi, les con­tes de fées ne finis­sent pas tou­jours en hap­py end.

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