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La Mante religieuse

La Mante religieuse

de Natalie Saracco

  • La Mante religieuse
  • France2012
  • Réalisation : Natalie Saracco
  • Scénario : Natalie Saracco
  • Image : Giovanni Fiore Coltellacci
  • Costumes : Nadia Chmilevsky, Mélanie Sednoui
  • Son : François De Morant
  • Montage : María Da Costa, Natalie Langlade
  • Musique : Ernest Saint-Laurent
  • Production : 7e Heart Productions, Union Prod
  • Interprétation : Mylène Jampanoï (Jézabel), Marc Ruchmann (Père David), Mathilde Bisson (Erika), Aurélien Jegou (Greg), Arben Bajraktaraj (Stan), Geneviève Casile (la mère supérieure)
  • Distributeur : Kanibal Films Distribution
  • Date de sortie : 4 juin 2014
  • Durée : 1h28

La Mante religieuse

de Natalie Saracco

Les fausses tentations


Les fausses tentations

Il est de ces films dont on se demande com­ment ils ont pu con­naître le chemin des salles : La Mante religieuse de Nathalie Sarac­co est de ceux-là. Réal­isé en 2012, le long-métrage est prob­a­ble­ment resté sur les étagères d’un dis­trib­u­teur pen­dant quelques mois avant qu’on sache exacte­ment quoi en faire. Il faut dire que le pro­jet sem­ble avoir été mené en dépit du bon sens : du pitch à la mise en scène, tout frise l’amateurisme chic et toc, comme s’il rég­nait un étrange par­fum de sit­com éro­tique et ringard. Entre les mains d’un Jean-Claude Bris­seau, le film aurait prob­a­ble­ment été porté par une sorte de mys­ti­cisme naïf, ce qui lui aurait con­féré une cer­taine grâce au lieu de se vautr­er ici dans des dia­logues indi­gestes et des jeux de mots d’un sym­bol­isme d’une autre époque. En effet, il est ici moins ques­tion de la mante religieuse que de l’amante religieuse en la per­son­ne de Jéz­abel, femme totale­ment débridée (logique, elle est d’abord en cou­ple avec une femme) qui tombe sous le charme du séduisant Père David, pas crédi­ble pour un sou en homme d’église. Le défi est de taille pour la nymphomane cynique : met­tre dans son lit un homme insen­si­ble à ses charmes et engagé dans la défense d’un idéal. Cela fera même l’objet d’un pacte avec sa petite amie autour de la collerette du pau­vre curé, preuve qu’il aura quit­té la soutane sur l’autel de ses pul­sions sex­uelles.

Le miracle de l’amour

Sous son appa­rat lib­er­taire, La Mante religieuse est évidem­ment un con­te moral (pas ceux qu’affectionnait Rohmer, on est davan­tage ici du côté de l’esprit AB Pro­duc­tions) : alors que Jéz­abel tient des dis­cours d’un nihilisme que même Niet­zsche n’aurait pu tolér­er (« L’amour, c’est des con­ner­ies », « Tu imag­ines Roméo & Juli­ette alors que c’est Sodome & Gom­or­rhe », « Pourquoi crois-tu que les bébés chia­lent lorsqu’ils vien­nent au monde ? », etc.), la voici atteinte en plein cœur par la flèche de Cupi­don. Le Père David va tout (é)branler sur son pas­sage et par la même occa­sion se brûler les ailes au con­tact de cette ten­ta­trice nar­cis­sique. Le résul­tat est sans appel : c’est parce qu’il ne s’autorise pas le moin­dre sec­ond degré que le long-métrage est impos­si­ble à pren­dre au sérieux. La plu­part des scènes sont totale­ment ineptes (les ser­mons, la chorale, la vente aux enchères, etc.) et trahissent une absence totale de regard sur l’engagement et la parole religieuse. Sans vouloir com­par­er cet échec ciné­matographique à une adap­ta­tion telle que Léon Morin, prêtre de Melville (d’après Beat­rix Beck, cela fait l’énorme dif­férence), on reste effaré de con­stater à quel point la réal­isatrice sem­ble s’être emparée de ce pré­texte choc pour con­stru­ire une fic­tion dépourvue de tout enjeu scé­nar­is­tique. La dra­ma­tique con­clu­sion ne fera que con­firmer le désagréable sen­ti­ment de départ : tout n’était que pré­texte pour don­ner tort à la jeune fille amorale. Elle doit désor­mais pay­er le prix de la cul­pa­bil­ité et de la soli­tude. Les voies du Seigneur ne sont donc pas si impéné­tra­bles que cela.

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