Refugiado

Refugiado

de Diego Lerman

Refugiado

de Diego Lerman

Mère et fils


Mère et fils

S’il y a bien une chose dont Diego Ler­man n’est pas coupable, c’est d’afficher trop claire­ment ses inten­tions. Son film Refu­gia­do tend au con­traire à nous gliss­er entre les doigts. Pour racon­ter l’histoire d’une femme fuyant un mari vio­lent avec son enfant, Diego Ler­man priv­ilégie l’atmosphère au détri­ment du réal­isme. Pour­tant, le sus­pense est loin d’être omniprésent dans le film et les ques­tions ini­tiales – qui a frap­pé Lau­ra, pourquoi – se dis­sipent rapi­de­ment pour laiss­er place à la chronique d’une fuite. On en vient rapi­de­ment à se deman­der quel est l’objet de ce film, quelle nature d’émotion il cherche à sus­citer. Son esthé­tique dis­tan­ciée laisse penser qu’en par­al­lèle de l’histoire, quelque chose d’autre va se dessin­er, quelque chose de plus ample ou de plus abstrait, ou ver­sant plus franche­ment dans le reg­istre de l’angoisse mais arrivé à la fin du film, ce ren­verse­ment n’a tou­jours pas eu lieu.

On a pour­tant eu le sen­ti­ment que quelque chose d’autre se tra­mait, sans doute en ver­tu de moments trou­blants, qui auraient été inutiles si le réc­it d’une fuite avait été le seul enjeu du film. Les jeux de Matias avec une petite fille un peu coquine, qui lui ouvre sa bouche pleine de nour­ri­t­ure et répète les injures de son père. Un plan sur un dessin pornographique, que les enfants côtoient inno­cem­ment. Cette nuit où mère et fils se retrou­vent dans un hôtel de passe et dor­ment dans un love bed. On entrevoit dans ces scènes ce qu’aurait pu être Refu­gia­do : l’histoire d’un enfant impres­sion­né dans tous les sens du terme par des forces extérieures. Un enfant envis­agé non seule­ment en tant que con­science, mais aus­si en tant qu’inconscient encore plas­tique, con­fron­té à la vio­lence et con­traint de la digér­er d’une façon ou d’une autre. Ce point de vue don­nerait du sens à ces scènes, mais aus­si, de façon plus générale, aux con­struc­tions alam­biquées des plans et même au fait que le per­son­nage de la mère soit si vague­ment dess­iné. Mal­heureuse­ment, Diego Ler­man ne s’en tient pas tout à fait à ce point de vue enfan­tin et rebas­cule régulière­ment du côté des adultes, brisant ain­si de lui-même le charme et l’originalité d’une entre­prise finale­ment incon­sis­tante.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Notre enfant
Notre enfant
Force Majeure
Force Majeure
Au revoir
Au revoir
Sils Maria
Sils Maria
Leviathan
Leviathan
Fatigue du regard, Leviathan, Sils Maria
Fatigue du regard, Leviathan, Sils Maria
Palmarès de la Quinzaine des Réalisateurs
Palmarès de la Quinzaine des Réalisateurs
Cannes 2014 : Palmarès de la Quinzaine des Réalisateurs
Cannes 2014 : Palmarès de la Quinzaine des Réalisateurs
Palmarès Un Certain Regard
Palmarès Un Certain Regard
Cannes 2014 : palmarès de la sélection Un Certain Regard
Cannes 2014 : palmarès de la sélection Un Certain Regard
Le Conte de la princesse Kaguya
Le Conte de la princesse Kaguya
Chelli
Chelli