Gerontophilia

Gerontophilia

de Bruce LaBruce

  • Gerontophilia
  • Canada2013
  • Réalisation : Bruce LaBruce
  • Scénario : Bruce LaBruce, Daniel Allen Cox
  • Image : Nicolas Canniccioni
  • Décors : Olivier Laberge
  • Costumes : Marilyne Garceau
  • Montage : Glenn Berman
  • Musique : Ramachandra Borcar
  • Producteur(s) : Nicolas Cormeau, Leonard Farlinger, Jennifer Jonas
  • Interprétation : Pier-Gabriel Lajoie (Lake), Walter Borden (M. Peabody), Katie Boland (Desiree), Marie-Hélène Thibault (Marie), Yardly Kavanagh (Baptiste, l'infirmière), Jean-Alexandre Létourneau (Kevin), Brian D. Wright (M. Guerrero), Nastassia Markiewicz (la caissière)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 26 mars 2014
  • Durée : 1h22

Gerontophilia

de Bruce LaBruce

Complémentaires


Complémentaires

Deux ans après la sor­tie du cat­a­strophique L.A. Zom­bie, un porno gore autour d’un vam­pire lubrique inter­prété par François Sagat, le réal­isa­teur cana­di­en Bruce LaBruce sem­ble revenir à une his­toire un peu plus con­ven­tion­nelle : celle de Lake, un jeune homme de vingt ans embauché pour l’été dans un ser­vice de géri­a­trie et qui tombe amoureux d’un octogé­naire homo­sex­uel. Si l’éro­ti­sa­tion du corps vieil­lis­sant est depuis quelques années de moins en moins taboue à l’écran, Geron­tophil­ia, der­rière son titre un peu choc et une pre­mière affiche qui avait quelques simil­i­tudes avec celle de Nympho­ma­ni­ac de Lars Von Tri­er, lais­sait ample­ment imag­in­er une approche un peu plus crue. On est du coup d’au­tant plus éton­né des détours que prend LaBruce pour fig­ur­er l’acte sex­uel (tout au plus ver­ra-t-on un préser­vatif usagé) que la ques­tion du corps et de l’ho­mo­sex­u­al­ité a tou­jours con­sti­tué la colonne vertébrale de son œuvre. Il est prob­a­ble que le réal­isa­teur ait souhaité être là où on ne l’at­tendait pas, prenant le con­tre­pied d’une provo­ca­tion atten­due pour s’en tenir à la vérité des sen­ti­ments de ce cou­ple improb­a­ble.

Soustraction aux règles

En fait, Geron­tophil­ia mise sur une croy­ance, celle qui naît d’un désir dépourvu d’ex­pli­ca­tion psy­chologique. Cela com­mence à la piscine lorsque Lake, alors maître-nageur, sauve un vieil­lard de la noy­ade et se décou­vre une érec­tion au moment de lui faire du bouche-à-bouche. Ce qui le con­duit par la suite à tra­vailler dans un ser­vice de géri­a­trie relève ici de la prédes­ti­na­tion : en tombant amoureux d’un rési­dent refu­sant de se soumet­tre au corps médi­cal, il se donne la pos­si­bil­ité d’ex­plor­er ce désir inat­ten­du jusqu’à son point d’achève­ment. L’é­tat de fragilité du vieil­lard invite la mort dans le réc­it mais, comme un joli pied de nez à une issue trop con­nue d’a­vance, le cou­ple s’embarque en voiture à tra­vers le Cana­da pour revoir une dernière fois l’océan Paci­fique. La flu­id­ité de l’en­jeu, à peine par­a­sité par des per­son­nages sec­ondaires ubuesques, n’évite pas quelques scènes un peu trop atten­dues (une scène de jalousie, par exem­ple) et prive un peu trop sou­vent le cou­ple d’une véri­ta­ble incar­na­tion. C’est que le film doit être davan­tage con­sid­éré comme un con­te lib­er­taire où chaque par­en­thèse est érigée comme arme face à la fatal­ité.

Question de genre

La belle force de Geron­tophil­ia est cer­taine­ment de ne pas s’en­com­br­er de jus­ti­fi­ca­tions. Peu importe que le jeune per­son­nage prin­ci­pal ait une petite amie pour ensuite décou­vrir un désir ardent pour les hommes mûrs. Peu importe l’is­sue de cette his­toire qui prend pour porte de sor­tie une douce cav­al­cade aux accents mélan­col­iques. Geron­tophil­ia est un film qui se moque des ques­tions de genre (sex­uels et ciné­matographiques) pour mieux tois­er la fatal­ité : seul le désir — même fétichiste — est moteur, pourvu qu’il per­me­tte aux per­son­nages de s’af­franchir des règles et de la hiérar­chi­sa­tion quo­ti­di­ennes. Il était inat­ten­du qu’un film de Bruce LaBruce revendique autant de douceur alors que le réal­isa­teur cana­di­en s’est surtout fait con­naître pour des scènes un peu plus trash. À ceux qui pour­raient y voir un com­pro­mis, on serait ten­té de répon­dre que le film s’in­scrit dans un renou­velle­ment apaisé sans pour autant délaiss­er ce qui con­stitue la colonne vertébrale du ciné­ma de Bruce LaBruce (la fix­a­tion d’un désir sur un corps ou un objet). Si l’ensem­ble ne s’af­fran­chit pas de quelques mal­adress­es scé­nar­is­tiques, il ramène le film à sa plus évi­dente et belle sim­plic­ité.

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