Céline et Serge Bozon sur le tournage de Tip Top
Répliques n°3

Répliques n°3

  • Répliques n°3
  • (Hiver 2013)
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Répliques n°3

Ciné-sérendipité


Ciné-sérendipité

Nou­velle livrai­son de la revue d’en­tre­tiens autour du ciné­ma, qui pour­suit son tra­vail avec une belle con­vic­tion, et un heureux sens de l’é­clec­tisme dans le choix de ses inter­locu­teurs. Ici une fig­ure française « instal­lée » du doc­u­men­taire (Nico­las Philib­ert) ; là une jeune cinéaste cana­di­enne de 26 ans (Chloé Robichaud) dont le pre­mier long métrage – Sarah préfère la course, remar­qué à Cannes en 2013 à Un cer­tain regard – sor­ti­ra en salles en mai prochain ; ici Kôji Fuka­da, lau­réat de la Mont­golfière d’or lors du dernier fes­ti­val des Trois Con­ti­nents avec Au revoir l’été qui, on l’e­spère vive­ment, sera bien­tôt dis­tribué en France. Se situer en amont, en aval, dans l’ac­com­pa­g­ne­ment des œuvres, (re)connues ou nais­sante, c’est la belle idée pour­suiv­ie par cette bande de Nan­tais.

Comme une sorte de cœur de ce numéro : Olivi­er Père et Serge Bozon. Une même généra­tion, de nom­breux croise­ments, une cir­cu­la­tion des idées au-delà de fon­da­men­tales dif­férences d’ap­pré­ci­a­tion ; le cinéaste car­ac­térisant ses goûts comme « restreints » serait un bien étrange – et sans doute pas­sion­nant – pro­gram­ma­teur de fes­ti­val… Bozon dont on ne peut que con­stater la grande sin­gu­lar­ité de parole et de regard, libres et affutés, extrême­ment tran­chants – ce qui est jouis­sif –, tout à fait à l’im­age de ses films et de ses textes de cri­tique. Le choix des per­son­nal­ités que l’on con­vie à s’ex­primer a d’ailleurs à voir avec la pro­gram­ma­tion de films ; il y a les points d’a­choppe­ment que l’on a imag­inés – provo­qués ? – et ceux, fruits d’une sorte de sérendip­ité, qui sur­pren­nent. C’est tout le sel et le sens de Répliques, au sein d’un même numéro, et entre eux ; à l’im­age de ce rap­proche­ment tout à coup évi­dent entre Retour en Nor­mandie de Philib­ert et Inn­is­free de José Luis Guerín, l’un comme l’autre revenant sur les traces d’un tour­nage (Moi Pierre Riv­ière… de Réné Allio et L’Homme tran­quille de John Ford).

Un petit bémol : on con­state une forme de répéti­tion dans la façon de men­er les entre­tiens, par le fait que l’on débute sys­té­ma­tique­ment par la for­ma­tion du regard, et que la cinéphilie, évidem­ment intéres­sante en soi, prend un peu le pas sur d’autres aspects poten­tiels. Dif­fi­cile cepen­dant de reprocher cette ten­dance qui donne une cohérence et une lis­i­bil­ité indé­ni­ables – ce qui est assumé et revendiqué puisque dans l’édi­to ouvrant la paru­tion est affir­mé que « Répliques est aus­si, et peut-être surtout, une revue nar­ra­tive. » Mais ceci mérit­erait éventuelle­ment d’être au moins assou­pli afin de ren­dre les entre­tiens un peu plus acci­den­tés. Il n’en reste pas moins que, comme lors des précé­dents numéros, le ques­tion­nement est pré­cis, doc­u­men­té, éclairé, et fait naître une parole aujour­d’hui inhab­ituelle, et, par con­séquent, pré­cieuse.

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