Non-Stop

Non-Stop

de Jaume Collet-Serra

  • Non-Stop
  • États-Unis, France2014
  • Réalisation : Jaume Collet-Serra
  • Scénario : John W. Richardson, Chris Roach, Ryan Engle
  • Image : Flavio Martínez Labiano
  • Costumes : Catherine Marie Thomas
  • Montage : Jim May
  • Musique : John Ottman
  • Producteur(s) : Joel Silver, Andrew Rona, Alex Heineman
  • Production : Universal Pictures, StudioCanal, Silver Pictures
  • Interprétation : Liam Neeson (Bill Marks), Julianne Moore (Jen Summers), Michelle Dockery (Nancy), Scoot McNairy (Tom Bowen), Nate Parker (Zach White), Corey Stoll (Austin), Lupita Nyong'o (Gwen), Omar Metwally (Dr Fahim Nasir)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 26 février 2014
  • Durée : 1h46

Non-Stop

de Jaume Collet-Serra

Jaume Collet-Serra rate l'avion


Jaume Collet-Serra rate l'avion

Assez para­doxale­ment, l’adré­naline à laque­lle se dope le ciné­ma de Jaume Col­let-Ser­ra n’a jamais été stim­ulée par la frayeur d’un grand saut dans le vide – un plon­geon vers de nou­velles formes d’épou­vante ou de sus­pense – mais tran­quille­ment cueil­lie sur les chemins déjà par­cou­rus par ses aînés. De sa pre­mière réal­i­sa­tion, La Mai­son de cire, remake d’un remake (L’Homme au masque de cire, sor­ti en 1953 et reprenant les Masques de cire de 1933), à son pas­sage au thriller avec Sans iden­tité, sorte d’hom­mage à Alfred Hitch­cock noyé sous un coulis de polar bessonien (Tak­en), le cinéaste espag­nol n’a jamais caché qu’il mis­ait essen­tielle­ment sur l’ap­préhen­sion ou la pal­pi­ta­tion que peut créer la réap­pari­tion d’im­ages déjà bien implan­tées dans l’imag­i­naire de ses spec­ta­teurs (clichés par­fois même ressas­sés dans la foulée de leur éclo­sion ; son Esther allant jusqu’à réu­tilis­er la même actrice, Vera Farmi­ga, seule­ment deux ans après la sor­tie de Joshua, film qu’il copie ouverte­ment).

Ne déviant pas de cette tra­jec­toire où les balis­es nar­ra­tives et visuelles ser­vent de piv­ots autour desquels gravi­tent ses séries B à gros bud­gets, Jaume Col­let-Sera s’embarque cette fois dans le thriller aéro­nau­tique, sous-genre mus­clé alliant générale­ment le who­dun­nit en huis clos aux fris­sons du film de cat­a­stro­phe. Sans s’embarrasser d’une quel­conque orig­i­nal­ité, Non-Stop – comme l’indique son titre – déverse un flux con­tinu de lieux-com­muns. Soit un Liam Nee­son en air mar­shal au passé trou­ble et au présent alcoolisé, chargé de la sécu­rité à bord d’un avion et soudaine­ment assail­li de tex­tos par un anonyme qui men­ace de tuer un pas­sager toutes les vingt min­utes si 150 mil­lions de dol­lars ne sont pas trans­férés sur un compte dont le béné­fi­ci­aire se révèle être, très rapi­de­ment, le polici­er. S’en­gage alors le clas­sique jeu du chat et de la souris, tan­dis qu’un cer­tain nom­bre de preuves acca­blent chaque fois un peu plus le pau­vre Bill Marks.

Narration schizophrène

Con­den­sant tous les réflex­es formels du film tirail­lé entre la fuite en avant d’un thriller nerveux (plans obliques dans les instants où “tout bas­cule”, bouil­lies d’im­ages pour les bas­tons) et les cachoter­ies d’un polar with a twist (sur-util­i­sa­tion du bokeh pour flouter cer­tains élé­ments clés dans un coin du plan), Non-Stop démonte trop pré­cipi­ta­m­ment son seul trem­plin vers une forme de sin­gu­lar­ité : l’am­biguïté flot­tant autour du per­son­nage prin­ci­pal, lais­sant croire un court instant qu’il pour­rait être un schiz­o­phrène lancé dans une traque con­tre lui-même, s’é­va­pore en moins de rien dans une répar­ti­tion des rôles trop sim­pliste. Devant l’écran, les spec­ta­teurs en sup­port­ers incon­di­tion­nels de Bill, rapi­de­ment assurés par tout un fais­ceau d’indices que le polici­er n’a pas grand-chose à se reprocher ; à l’écran, les pas­sagers for­mant une mil­ice accusatrice, bom­bardés de preuves incrim­i­nant celui qui clame être leur pro­tecteur.

Cette manière de servir deux plats dif­férents aux spec­ta­teurs et aux per­son­nages sec­ondaires est d’au­tant plus navrante que la tam­bouille se révèle être, respec­tive­ment, soit pro­fondé­ment insipi­de (Nee­son ne campe qu’un énième flic bien inten­tion­né mais pas gâté par la vie), soit franche­ment inco­mestible (les pas­sagers appren­nent que Bill a été désavoué par ses supérieurs en regar­dant le JT en direct sur leurs télévi­sions dans l’avion – les infos, en direct, dans un avion, vrai­ment ?!). À l’ar­rivée, ce n’est pas le mar­shal mais bien la nar­ra­tion qui souf­fre d’une schiz­o­phrénie qui ruine totale­ment la ten­sion dra­ma­tique à laque­lle le film pré­tend pour­tant.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Jungle Cruise
Jungle Cruise
The Passenger
The Passenger
Instinct de survie
Instinct de survie
Sans identité
Sans identité
Esther
Esther