RoboCop

RoboCop

de José Padilha

  • RoboCop
  • États-Unis2013
  • Réalisation : José Padilha
  • Scénario : Joshua Zetumer
  • d'après : les personnages
  • de : Edward Neumeier, Michael Miner
  • Image : Lula Carvalho
  • Décors : Martin Whist
  • Costumes : April Ferry
  • Son : Karen Baker Landers
  • Montage : Daniel Rezende, Peter McNulty
  • Musique : Pedro Bromfman
  • Producteur(s) : Marc Abraham, Gary Barber, Roger Birnbaum, Eric Newman
  • Production : Strike Entertainment, Metro-Goldwyn-Mayer, Columbia Pictures
  • Interprétation : Joel Kinnaman (Alex Murphy), Michael Keaton (Raymond Sellars), Gary Oldman (Norton), Samuel L. Jackson (Pat Novak), Abbie Cornish (Clara Murphy), Jackie Earle Haley (Maddox), Michael Kenneth Williams (Jack Lewis)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 5 février 2014
  • Durée : 1h57

RoboCop

de José Padilha

Robot après tout


Robot après tout

Remake du célèbre film de Paul Ver­ho­even, ce Robo­Cop ver­sion 2014, intriguant à défaut d’être réus­si, nav­igue entre les eaux du nanar rétro et du pro­to­type visuel inachevé.

Double-remake

Après avoir frôlé la mort, l’agent Alex Mur­phy est inté­gré au pro­gramme Robo­Cop, expéri­ence des­tinée à façon­ner le polici­er par­fait, mi-homme mi-machine ultra sophis­tiquée. À quelques détails scé­nar­is­tiques près, le film de José Padil­ha part donc sur les mêmes fon­da­tions que la ver­sion signée Paul Ver­ho­even. Super­héros hybride, Robo­Cop est un mon­stre de Franken­stein d’acier dont la part humaine men­ace d’être engloutie par l’enveloppe métallique qui l’abrite, créée – et con­trôlée – par les mem­bres d’une fil­iale cap­i­tal­iste sans scrupules.

La sin­gu­lar­ité de ce remake ne tient pas tant aux vari­a­tions nar­ra­tives pro­duites, anec­do­tiques (le rôle de la famille, les dif­férents adver­saires du héros), qu’à la fil­i­a­tion étrange entretenue avec le ciné­ma de Ver­ho­even. Robo­Cop revis­ite certes l’original de 1988, mais à la lumière des films suiv­ants du cinéaste hol­landais, notam­ment Star­ship Troop­ers. La con­science post-mod­erne du film (références au design, repris­es des « punch­lines » du héros, et même de la musique d’origine), pas exempte de lour­deur, débouche finale­ment sur une piste plutôt sin­gulière : implicite­ment, le pos­tu­lat du film est que le Robo­cop de Ver­ho­even con­stitue quelque part un brouil­lon à Star­ship Troop­ers, dans l’affirmation d’une forme filmique ouverte­ment bâtarde, où l’écran fonc­tionne comme une inter­face bras­sant une mul­ti­tude de régimes d’images. Refaire, lit­térale­ment, Robo­Cop aujourd’hui revient donc à repren­dre la racine du film, la réac­tu­alis­er au regard des avancées tech­nologiques de notre époque, et la reli­er filmique­ment à ce qui l’a suivi (le dis­posi­tif de Ver­ho­even sur les images médi­a­tiques, beau­coup plus abouti lors de la sor­tie, dix ans plus tard, de Star­ship Troop­ers).

Jour­naux télévisés, caméras de sur­veil­lances, radars, écrans de con­trôles, holo­grammes, graphiques, etc : Robo­Cop, mil­lésime 2014, est donc un film d’encarts, de ban­deaux, de frag­ments gref­fés. En somme un film-tablette – on en voit d’ailleurs tout le temps à l’écran –, où les images sont incrustées fréné­tique­ment dans le cadre.

I‑Robot

Si la mul­ti­pli­ca­tion des sources d’images est un procédé nar­ratif désor­mais répan­du dans le champ du block­buster mod­erne, Robo­Cop pousse la logique assez loin, sans toute­fois aller jusqu’au bout de sa propo­si­tion : la veine tech­no-foutraque du film finit hélas par pli­er sous le poids d’un scé­nario asep­tisé, où la promesse d’un film poly­mor­phe laisse place à une banale allé­gorie du fas­cisme mod­erne, très loin de la puis­sance cri­tique des films de Ver­ho­even.

Il y avait pour­tant là le poten­tiel à un block­buster bril­lant de bizarrerie dans ce film-inter­face dont le héros tient plus du smart­phone que du vig­i­lante clas­sique – les restes organiques de l’agent Mur­phy comme bat­terie (dévoilés dans une scène assez stupé­fi­ante), accom­pa­g­né d’applications, d’accessoires, et même d’une coque « cus­tomis­able » (l’amure donc la pein­ture est changée en cours de film). Tout l’étalage de cette machiner­ie curieuse, qui frôle en per­ma­nence avec le nanar, peine toute­fois à pleine­ment s’incarner, la faute à une mise en scène sur courant alter­natif et un inter­prète prin­ci­pal inca­pable d’assumer la part d’étrangeté du pro­jet. Coincé entre des poids lourds expéri­men­tés, au mieux cabotins (Jack­son, Old­man), au pire décrépits (Michael Keaton), le jeune Joel Kin­na­man (repéré dans la série The Killing) tra­verse le film tel un fan­tôme. Il aurait fal­lu un acteur à la beauté dif­forme, un Schwarzeneg­ger ou un Peter Weller de la grande époque, pour hybrid­er ce corps et insuf­fler vie à la boîte de métal. Dépouil­lé de chair, le film ne se révèle finale­ment qu’un enchevêtrement de rouages tour­nant à vide.

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