Homefront

Homefront

de Gary Fleder

  • Homefront
  • États-Unis2013
  • Réalisation : Gary Fleder
  • Scénario : Sylvester Stallone
  • d'après : le roman Homefront (Du feu sous la neige)
  • de : Chuck Logan
  • Image : Theo van de Sande
  • Décors : Greg Berry
  • Costumes : Kelli Jones
  • Montage : Padraic McKinley
  • Musique : Mark Isham
  • Producteur(s) : Sylvester Stallone, Kevin King-Templeton, Jon Thompson, Les Weldon
  • Production : Nu Images Films, Millennium Films
  • Interprétation : Jason Statham (Broker), James Franco (Gator Bodine), Winona Ryder (Sheryl Mott), Kate Bosworth (Cassie Bodine), Rachelle Lefevre (Susan Hetch), Izabela Vidovic (Maddy Broker), Frank Grillo (Cyrus Hanks), Clancy Brown (le shérif)...
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Date de sortie : 8 janvier 2014
  • Durée : 1h40

Homefront

de Gary Fleder

Beaucoup de bruit pour rien


Beaucoup de bruit pour rien

Home­front fait par­tie de ces films obsédés par leur rythme et leur capac­ité à mul­ti­pli­er les grandes scènes, les points d’an­crage et de gon­fle­ment d’une action qui reste sim­ple et sans grand intérêt. Sans res­pi­ra­tion, le film de Gary Fled­er, scé­nar­isé par Sylvester Stal­lone, enchaîne les fra­cas sonores et visuels à grand ren­fort d’at­taques mus­clées et de défense poilue du code de l’hon­neur.

Bouche-toi les oreilles

Car Home­front est avant tout un film bruyant : dès la scène d’ou­ver­ture, Gary Fled­er veut frap­per fort et assène une suc­ces­sion de gros plans mon­tés à la vitesse de la lumière, de sirènes de police toni­tru­antes et de mou­ve­ments tant soulignés qu’ils sem­blent bien vains. Phil Bro­ker, agent de la DEA (les Stups améri­cains), par­ticipe à l’ar­resta­tion mus­clée d’un réseau de trafi­quants après l’avoir infil­tré : on perçoit dès cette intro­duc­tion qui extir­perait un sourd de son som­meil la final­ité unique d’un décor matériel et humain qui ne paraît servir qu’une seule cause, la sacro-sainte effi­cac­ité d’un ciné­ma dont la pre­mière volon­té est de retenir l’at­ten­tion en per­ma­nence, quitte à la main­tenir arti­fi­cielle­ment. Après cette entrée en matière à la logique martelée (l’ar­resta­tion mène au meurtre du fils d’un des trafi­quants, qui va donc se venger), Bro­ker s’est instal­lé dans une petite ville de Louisiane avec sa jeune fille. Très rapi­de­ment, le blou­son noir du coin, Bod­ine (James Fran­co, que l’on aura rarement vu aus­si bovin) recon­naît Bro­ker et perçoit en lui une mine d’or : avec l’aide de sa droguée de com­pagne (inter­prétée par une Winona Ryder assez fan­toma­tique), il décide de livr­er Bro­ker au par­rain local qui lui per­me­t­trait, en échange, de faire fruc­ti­fi­er sa petite entre­prise de métham­phé­t­a­mines. Et tout cela con­tin­ue, jusqu’à l’ex­plo­sion finale, la grosse bas­ton couil­lue que tout le monde attend, et au terme de laque­lle le bien tri­om­phe et la jeune fille, bre­bis mar­tyrisée, est sauvée des griffes du san­guinaire.

Ferme les yeux

L’i­den­tité visuelle de Home­front est assez foutraque : réal­isa­teur de quelques épisodes de The Shield, Gary Felder en a gardé l’ur­gence, la ten­sion per­ma­nente. Mais elles sem­blent ici vidées de leurs enjeux dra­ma­tiques, et finis­sent par tourn­er à la par­o­die ou la répéti­tion d’un rythme, d’une musique et d’un mon­tage de générique. Les con­trastes sont trop sai­sis­sants pour ne pas tomber dans la caté­gori­sa­tion et la créa­tion d’une grille de com­préhen­sion sim­pliste : le décor de bay­ou et de marécages, envoû­tant le jour et ter­ri­fi­ant la nuit, est seule­ment sur­volé, revient comme un motif, une clé de lec­ture, mais ne devient jamais espace de ciné­ma, de mise en scène stric­to sen­su de la vio­lence. Et n’ayant pas grand-chose à regarder, l’on finit par se pencher sur ce que dis­ent les vignettes suc­ces­sives : un homme blessé par la mort de sa femme et le dan­ger qui entoure sa fille inno­cente va finale­ment utilis­er à bon escient le deux­ième amende­ment de la con­sti­tu­tion améri­caine (celui qui lui per­met de porter une arme défen­sive) et retrou­ver la sérénité dans l’ex­plo­sion d’une vio­lence légitime. Sans faire de Home­front un spot de pub­lic­ité pour la NRA, il est tout de même éner­vant d’as­sis­ter à une énième con­cep­tion de la vengeance comme une lutte entre des vic­times sac­ri­fiées (qui savent cepen­dant manier un fusil) et des bour­reaux qui syn­thé­tisent tout ce que le monde con­tem­po­rain con­tient de plus bas et mau­vais (la drogue, la bêtise, la pros­ti­tu­tion et même le reniement du noy­au famil­ial). Tout cela tourne en rond, épuise globes ocu­laires et oreilles aux tym­pa­ns frag­iles, et ne fait rien d’autre que flat­ter une puis­sance mas­cu­line sous cou­vert de défense d’un monde plus juste que l’autre.

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