Una Noche

Una Noche

de Lucy Mulloy

  • Una Noche
  • États-Unis, Cuba2012
  • Réalisation : Lucy Mulloy
  • Scénario : Lucy Mulloy
  • Image : Trevor Forrest, Shlomo Godder
  • Son : Roland Vajs
  • Montage : Cindy Lee
  • Producteur(s) : Lucy Mulloy, Daniel Michael Mulloy, Maite Artieda, Sandy Pérez Águila, Yunior Santiago
  • Interprétation : Dariel Arrechaga (Raúl), Anailín de la Rúa de la Torre (Lila), Javier Núñez Florián (Elio), María Adelaida Méndez Bonet (Adelaida), Greisy del Valle (Greisy)
  • Distributeur : Outplay
  • Date de sortie : 27 novembre 2013
  • Durée : 1h30

Una Noche

de Lucy Mulloy

Open water


Open water

Copro­duit à la fois par Cuba et les États-Unis, Una Noche porte en lui une schiz­o­phrénie qui trou­ve sa cohérence dans le mou­ve­ment dés­espéré qu’il des­sine : celui d’une fuite en avant périlleuse menée par quelques ado­les­cents cubains acca­blés par leur quo­ti­di­en sur une île-prison gan­grenée par la pau­vreté et le Sida. Du pou­voir poli­tique, il n’est jamais ques­tion dans le film : loin d’être des révo­lu­tion­naires, les per­son­nages prin­ci­paux d’Una Noche ne se perçoivent jamais comme en butte aux représen­tants d’un sys­tème éta­tique. Le film étant pro­duit et tourné à Cuba, on pour­rait facile­ment imag­in­er que la réal­isatrice s’est auto-cen­surée (ou l’a été directe­ment par Cuba) dans sa dénon­ci­a­tion d’une sit­u­a­tion sociale. Mais l’in­ten­tion n’est peut-être pas là : si la ques­tion de la migra­tion reste un leit­mo­tiv per­ma­nent, elle est tou­jours par­a­sitée par des enjeux affec­tifs qui ramè­nent cha­cun à un ter­ri­toire plus intime que poli­tique. Impos­si­ble de dis­tinguer ce qui con­stitue le pre­mier plan du sec­ond, Lucy Mol­loy assume avec un cer­tain panache cette ambiguïté.

De l’exotisme…

Pour­tant, il y avait de quoi rester méfi­ant face à ce qui pour­rait se présen­ter comme un nou­v­el avatar du ciné­ma world où la dig­nité des per­son­nages devient un argu­ment de pro­mo­tion auprès d’un pub­lic occi­den­tal en mal de bonne con­science. Les clichés autour de Cuba sont légion et la représen­ta­tion que fait la réal­isatrice de son pays natal ne les dément pas tout à fait : ici, la pau­vreté ne met jamais en défaut la sen­su­al­ité exac­er­bée de ses habi­tants, preuve en est le physique très attrayant des trois acteurs prin­ci­paux qu’on s’at­tache pour­tant à nous présen­ter comme des Cubains lamb­da. Mal­gré tout, la réal­isatrice parvient à ren­dre con­crète cette cas­sure intérieure qui con­duit des citoyens à tout aban­don­ner pour par­tir vers un ailleurs qui fera d’eux des orphe­lins. Le sida et la pros­ti­tu­tion font telle­ment par­tie du quo­ti­di­en que la mise en scène ne tombe jamais dans la démon­stra­tion dém­a­gogique et le mon­tage se mon­tre généreux en ellipses qui n’élu­dent pour­tant jamais la cru­auté de la sit­u­a­tion.

… à l’isolement

Le dernier tiers du film est prob­a­ble­ment la par­tie la plus réussie d’Una Noche. Lancés sur une embar­ca­tion de for­tune, les trois ado­les­cents font le pari insen­sé de rejoin­dre les 90 miles qui les sépar­ent de la Floride. À cet instant pré­cis, Cuba n’ex­iste plus et les États-Unis restent un ailleurs encore trop loin­tain pour autoris­er les pro­jec­tions. Seuls et sans aucun repère ter­restre à l’hori­zon, les per­son­nages voient leur monde – et leurs désirs – cir­con­scrits à deux mètres car­rés de for­tune : Ellio explicite son atti­rance homo­sex­uelle pour Raúl, le petit macho qui n’a d’yeux que pour Lila, la sœur com­plexée d’El­lio. Il y a entre eux une cir­cu­la­tion de sen­ti­ments qui con­stituent une boucle fer­mée tout autant qu’elle ramène cha­cun à son inca­pac­ité à attein­dre l’autre désiré. À cette soli­tude ressen­tie répond finale­ment la peur, celle de mourir, et le regret, celui d’avoir ten­té de déjouer la fatal­ité, ce qui, en quelque sorte, en dit long sur le dés­espoir cubain.

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