La Grâce

La Grâce

de Matthias Glasner

  • La Grâce
  • (Gnade)
  • Allemagne, Norvège2012
  • Réalisation : Matthias Glasner
  • Scénario : Kim Fupz Aakeson
  • Image : Jakub Bejnarowicz
  • Montage : Heike Gnida
  • Musique : Homesweethome
  • Producteur(s) : Kristine Knudsen, Matthias Glasner, Andreas Born
  • Interprétation : Jürgen Vogel (Niels), Birgit Minichmayr (Maria), Henry Stange (Markus), Ane Dahl Torp (Linda), Wenche (Maria Bock)
  • Distributeur : Jour2fête
  • Date de sortie : 6 novembre 2013
  • Durée : 2h02

La Grâce

de Matthias Glasner

La pente descendante


La pente descendante

Que se passe-t-il lorsque, de gré ou de force, un indi­vidu s’ex­ile dans un envi­ron­nement fon­da­men­tale­ment hos­tile – ici, une région glacée de la Norvège ? La Grâce débute alors que la longue nuit s’a­bat sur la région : une neige immac­ulée recou­vre le paysage, un ciel per­pétuelle­ment noir le sur­plombe. Cela sig­ni­fie-t-il que la nuance sera absente du film de Matthias Glas­ner ? Son décor manichéen ne sert que de con­tre­point au réal­isa­teur : ses pro­tag­o­nistes marchent sur la corde raide, prenant tou­jours garde à ne pas vers­er d’un côté ou de l’autre.

Et, lorsque Maria, la mère de la famille récem­ment instal­lée, ren­verse une jeune fille sur la route avant de pren­dre la fuite, cet équili­bre est d’au­tant plus ténu. Déjà rem­plie de non-dits, de men­songes, d’omis­sions, la vie de la famille évolue vers une ten­sion per­pétuelle. Lorsque la sur­face s’é­claircit, que la nuit prend fin – voilà que la sit­u­a­tion empire encore. Sous ce jour d’une blancheur vir­ginale, Maria, son époux Niels et leur fils Markus évolu­ent dans une zone grisâtre, sans repère, tou­jours plus cachés, enfer­més – jusqu’à l’inévitable point de rup­ture.

Pas d’acmé dans La Grâce, pas de cathar­sis – le film pro­gresse vers l’a­vant sans per­me­t­tre aux adultes de combler le vide qui s’in­stalle entre eux. Seule cer­ti­tude : la con­quête pro­gres­sive de l’écran par le jeune Markus, le renou­veau, la promesse d’une table rase qui effac­erait les creux et les boss­es, qui éventuelle­ment retis­serait les liens dont on se rend bien compte, au-delà de la sim­ple ten­sion entre les deux par­ents, qu’ils se déli­tent douce­ment. Là encore, l’ab­solu n’est pas de mise, et ce jeune homme por­teur d’e­spoir a déjà débuté sa marche vers le gris.

Le décor grandiose est une oppres­sion pour le réal­isa­teur Matthias Glas­ner, un état de grâce, un jardin d’E­den où les humains s’ef­for­cent de regag­n­er leur place, sans toute­fois pou­voir faire autre chose que se tromper eux-mêmes : ils sont irrémé­di­a­ble­ment cor­rom­pus. Le réal­isa­teur parvient à saisir cette fail­lite à la fois dans ce qu’elle peut avoir d’at­ten­dris­sant, dans ce qui peut sus­citer l’empathie, et l’ét­in­celle de grâce qui per­siste, mal­gré tout.

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