C’est la fin

C’est la fin

de Evan Goldberg, Seth Rogen

  • C’est la fin
  • (This Is the End)
  • États-Unis2013
  • Réalisation : Evan Goldberg, Seth Rogen
  • Scénario : Seth Rogen, Evan Goldberg
  • d'après : le court métrage Jay and Seth Against the Apocalypse
  • de : Jason Stone (scénario : Seth Rogen, Evan Goldberg, Jason Stone)
  • Image : Brandon Trost
  • Montage : Zene Baker
  • Musique : Henry Jackman
  • Producteur(s) : Seth Rogen, Evan Goldberg, James Weaver
  • Production : Mandate Pictures, Point Gray, Columbia Pictures
  • Interprétation : James Franco, Jonah Hill, Seth Rogen, Jay Baruchel, Danny McBride, Craig Robinson, Michael Cera, Emma Watson, Mindy Kaling, David Krumholtz, Christopher Mintz-Plasse, Rihanna, Paul Rudd, Channing Tatum, Kevin Hart, Lauren Graham, David Jensen, Ricky Mabe, Nick Carter...
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing France
  • Date de sortie : 9 octobre 2013
  • Durée : 1h47

C’est la fin

de Evan Goldberg, Seth Rogen

Private joke


Private joke

Invités à une fête chez James Fran­co, les acteurs de la bande Apa­tow (Seth Rogen, Jay Baruchel, Jon­ah Hill et les autres…) voient leur soirée boulever­sée par le déclenche­ment d’une apoc­a­lypse. Il en résulte un long délire bur­lesque, où le rire se trans­forme peu à peu en ennui.

C’est la fin est la con­séquence d’un court-métrage réal­isé entre amis : Jay and Seth Against the Apoc­a­lypse (2007). Non con­tents d’en rester là, Evan Gold­berg et Seth Rogen se paient leur long comme des enfants dans un parc d’attractions. Ils com­met­tent ain­si un métafilm foutraque, parsemé de références sci­ence-fic­tion­nelles et hor­ri­fiques, habité par des caméos en rafale. Au pas­sage, Hol­ly­wood en prend évidem­ment pour son grade, avec une con­de­scen­dance cer­taine. La dimen­sion grossière, scat­ologique et sex­uelle du film se veut héri­tière du ton des comédies d’Apatow. Comme Michael Cera et Hill dans Super­Grave, Seth Rogen et Jay Baruchel rejouent la ques­tion de l’ambiguïté sex­uelle. Comme dans En cloque, mode d’emploi, la bande de garçons s’oublie dans la fumette et les exer­ci­ces mas­tur­ba­toires, alors qu’Emma Wat­son se révèle bril­lante en action girl, une ver­sion « fin du monde » de la work­ing girl face à ces per­dants mag­nifiques. Mais C’est la fin, du fait de son escalade dans un grotesque fausse­ment irrévéren­cieux, occulte la pro­fondeur psy­chologique qui car­ac­térise aus­si les comédies d’Apatow.

Évidem­ment, les jeunes stars d’Hollywood en prof­i­tent pour cass­er leur image : Michael Cera fait oubli­er le gen­til garçon mal­adroit de Juno pour devenir un cocaïno­mane sex-addict, le très lisse Chan­ning Tatum se mon­tre sur­prenant et bes­tial. James Fran­co iro­nise sur ses choix de car­rière, en hôte égo­cen­trique et loufoque, pré­cieux et peureux, col­lec­tion­neur d’objets de tour­nage. Ain­si la caméra de 127 heures sert de béquille pour à la par­tie cen­trale du film, qui prend des allures de télé-réal­ité apoc­a­lyp­tique. On se moque de Votre Majesté, dont Dan­ny McBride doit éviter de faire une suite avec Fran­co, on iro­nise sur l’emploi attitré de Seth Rogen ou la per­for­mance de Fran­co dans Spi­der-Man 3… Toute la troupe pra­tique l’autodérision avec telle­ment de force que l’humilité se trans­forme en égo­cen­trisme dans ce numéro comique au long cours. Où s’arrêtent les acteurs et où com­men­cent les per­son­nages, on n’en sait rien et l’on s’en fiche très vite tant le délire monte crescen­do… pour tourn­er un peu à vide. C’est la fin cul­tive un « entre-soi » ciné­matographique assez étrange. Au-delà des clins d’œil pour un pub­lic acquis à la cause Apa­tow, la mul­ti­pli­ca­tion des pri­vate jokes finit par nous exclure de ce groupe d’amis starisés qu’on observe en spec­ta­teur pas­sif et pan­tois.

Il demeure tout de même quelques moments jouis­sifs par leur ridicule ultime, comme la scène d’élévation vers le par­adis sur «I will always love you» ou l’apparition en guest stars des Back Street Boys. Fausse­ment provo­cant, C’est la fin assume une absence totale de pré­ten­tion artis­tique, mais affirme sa volon­té de jouis­sance ludique avec une insis­tance encom­brante. La blague traîne trop en longueur pour ne pas lass­er et souf­fre d’un ven­tre creux, avant de s’achever dans un dénoue­ment azimuté mais con­ser­va­teur, où la morale judéo-chré­ti­enne reprend mal­heureuse­ment le dessus.

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