Lettre à Momo

Lettre à Momo

de Hiroyuki Okiura

  • Lettre à Momo
  • (Momo e no Tegami)
  • Japon2011
  • Réalisation : Hiroyuki Okiura
  • Scénario : Hiroyuki Okiura
  • Image : Junichi Uematsu
  • Producteur(s) : Keiko Matsushita, Motoki Mukaichi
  • Interprétation : Karen Miyama (Momo), Yûka (Ikuko), Toshiyuki Nishida (Iwa), Yûichi Nagashima (Mame), Kôichi Yamadera (Kawa)...
  • Direction artistique : Hiroshi Ohno
    Direction de l'animation : Masashi Andō
  • Distributeur : Les Films du Préau
  • Date de sortie : 25 septembre 2013
  • Durée : 2h00

Lettre à Momo

de Hiroyuki Okiura

Lettre morte


Lettre morte

Qua­torze ans après Jin-Roh, Hiroyu­ki Okiu­ra revient au grand écran : foin de la com­plex­ité et de l’am­bi­tion de son con­te politi­co-mil­i­taire – Let­tre à Momo est un film pais­i­ble, léger et ten­dre sur le deuil à hau­teur d’en­fant. Une mignonne petit his­toire, qu’il est hélas trop facile d’ou­bli­er.

Momo et sa mère revi­en­nent chez les par­ents de celle-ci, loin de la ville – on com­prend rapi­de­ment que c’est pour retomber sur leurs pattes après le décès dans un acci­dent de leur père et époux. Timide et réservée, Momo est égale­ment, sans qu’elle ose se l’avouer, écrasée de tristesse : tout cela ne facilite pas son inté­gra­tion sur l’île où elle habite à présent, mal­gré la bonne volon­té des enfants du coin. Tout change au moment où Momo devient con­sciente qu’un trio d’e­sprits fam­i­liers glou­tons et grotesques habite leur mai­son – et qu’elle est la seule à les voir…

La Let­tre à Momo se préoc­cupe assez peu d’am­biguïté : les esprits sont-ils bien là, où Momo les crée-t-elle pour con­cré­tis­er son besoin de faire son deuil ? Peu importe : l’idée est avant tout de décrire les aven­tures plus ou moins bur­lesques de la petite fille flan­quée de son trio – péripéties plutôt atten­dues et sans beau­coup d’en­jeu. Le seul moment de grâce vient de la let­tre elle-même : mes­sage inachevé du père à sa fille, elle est la dernière chose qu’il ait écrite avant son acci­dent – et, évidem­ment, après une dis­pute avec Momo. À la fois romanesque et pathé­tique, l’idée de cette let­tre est le meilleur atout du film, même si celui-ci l’u­tilise finale­ment bien mal, le reste n’é­tant qu’une pro­gres­sion lente, tran­quille et par­faite­ment con­v­enue sur le chemin de l’ac­cep­ta­tion de soi par la jeune Momo.

Let­tre à Momo baigne ain­si dans une réelle can­deur nar­ra­tive, sem­blant cibler un pub­lic jeune et non encore encom­bré de références per­me­t­tant de décel­er le manque d’o­rig­i­nal­ité du film. Par moment, le réal­isa­teur va cepen­dant se per­me­t­tre quelques scènes étranges, plus orig­i­nales et fan­tas­magoriques, la plus impor­tante de ces scènes étant le cli­max du film, d’une for­mi­da­ble incon­séquence. Mais nul ne sem­ble en avoir cure : Let­tre à Momo aligne une par­ti­tion légère et sans con­vic­tion de péripéties can­dides sans vrai­ment d’am­pleur pour approcher le thème, pour­tant mature, du deuil – à ce stade, com­par­er Let­tre à Momo avec les for­mi­da­bles Enfants-Loups per­met d’en dis­cern­er tout le sim­plisme un tan­ti­net mièvre.

Peu con­cerné par son script, Hiroyu­ki Okiu­ra abat une besogne de faiseur con­scien­cieux. On est aus­si peu que lui intéressé par cette Let­tre à Momo dont on suit le déroule­ment sans beau­coup d’é­mo­tions, quelles qu’elles soient. Pimen­tant son scé­nario prévis­i­ble de créa­tures spir­ituelles baro­ques, le réal­isa­teur nég­lige pour­tant leur poten­tiel déli­rant, excep­té pour une scène for­mi­da­ble, qui con­stitue le meilleur moment du film. Bal­isé et atten­du, Let­tre à Momo se suit sans déplaisir ni sur­prise – tant qu’on n’a pas la mau­vaise idée de se remé­mor­er les promess­es extra­or­di­naires for­mulées par le désor­mais bien loin­tain Jin-Roh.

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