© Twentieth Century Fox France
Wolverine : le combat de l’immortel

Wolverine : le combat de l’immortel

de James Mangold

  • Wolverine : le combat de l’immortel
  • (The Wolverine)
  • États-Unis2013
  • Réalisation : James Mangold
  • Scénario : Mark Bomback, Scott Frank
  • Image : Ross Emery
  • Montage : Michael McCusker
  • Musique : Marco Beltrami
  • Producteur(s) : Hutch Parker, Lauren Shuler Donner, John Palermo
  • Interprétation : Hugh Jackman (Logan alias Wolverine), Hiroyuki Sanada (Shingen Yashida), Haruhiko Yamanouchi (Yashida père), Tao Okamoto (Mariko Yashida), Rila Fukushima (Yukio), Will Yun Lee (Harada), Brian Tee (Noburo Mori), Svetlana Khodtchenkova (Viper), Famke Janssen (Jean Grey)...
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Date de sortie : 24 juillet 2013
  • Durée : 2h08

Wolverine : le combat de l’immortel

de James Mangold

Loup, y es-tu ?


Loup, y es-tu ?

Un loup soli­taire peut-il s’en sor­tir sans une meute ? Cette étrange ques­tion peut se pos­er à la vue du des­tin du per­son­nage de comics Logan dit Wolver­ine au ciné­ma. Cen­tré autour du plus indi­vid­u­al­iste de la bande des “X‑Men” (humains ren­dus surhu­mains, mais aus­si parias, par des muta­tions géné­tiques), Wolver­ine : le com­bat de l’im­mor­tel est, après X‑Men Ori­gins : Wolver­ine, le deux­ième long métrage à le balad­er tout seul sans ses cama­rades mutants (ou en les main­tenant à dis­tance). Et les deux films inci­tent, hélas, à dress­er un cer­tain con­stat d’échec.

Un peu de soci­olo­gie de comp­toir ne fera pas de mal. Les comics Mar­vel, ce n’est pas un secret, ont façon­né les X‑Men comme une métaphore des minorités eth­niques que la ségré­ga­tion a amenées à se rassem­bler pour sur­vivre et tenir tête à la majorité (avec les diver­gences de vue que l’on devine sur la méth­ode). D’ailleurs, les films qui ont été con­sacrés à cette com­mu­nauté, en par­ti­c­uli­er le remar­quable pre­quel X‑Men : le com­mence­ment, tra­vail­lent à l’en­vi sur cet aspect. Le cas de Wolver­ine, l’homme aux rou­fla­que­ttes et aux griffes rétrac­tiles, est intéres­sant dans ce con­texte : mieux pourvu que la moyenne de ses sem­blables pour sa survie per­son­nelle (il est poten­tielle­ment immor­tel), il peine à se fon­dre dans le groupe par son manque de foi en toute société, sa propen­sion à compter avant tout sur ses pro­pres forces et ses accès de bru­tal­ité dévas­ta­trice. Cette per­son­nal­ité et ces pou­voirs com­posent un per­son­nage fasci­nant et finale­ment pop­u­laire, sorte de loup-garou cool tout en restant bien fail­li­ble et éprou­vé par la vie, l’im­mor­tal­ité et la soli­tude n’é­tant pas vrai­ment des cadeaux à la longue. Assez fasci­nant et pop­u­laire pour pou­voir endoss­er un réc­it sur ses seules épaules ? Sans doute, mais la tâche ne va pas de soi, et on le con­state devant la faib­lesse (pour rester poli) des ten­ta­tives de ciné­ma à ce jour pour en faire le per­son­nage dom­i­nant d’un film de super-héros, sans per­son­ne de taille à partager la vedette.

Sans légende

X‑Men Ori­gins : Wolver­ine relatait laborieuse­ment la vie du per­son­nage avant sa ren­con­tre avec la com­mu­nauté mutante. Wolver­ine : le com­bat de l’im­mor­tel, lui, fait suite aux événe­ments relatés dans X‑Men : l’af­fron­te­ment final où cette com­mu­nauté a été bien meur­trie. Le héros, sor­ti de sa retraite au fond des bois (non sans se livr­er au remake d’une scène du pre­mier film X‑Men dans un bar infesté de red­necks), part au Japon pour ren­dre hom­mage à une vague con­nais­sance du passé. Le ren­dez-vous se révèle un piège qui ébran­lera les assis­es du per­son­nage (le détail prin­ci­pal est déjà éven­té : il sera privé de son invul­néra­bil­ité) et l’incit­era à trou­ver de nou­velles ressources intérieures et extérieures pour se tir­er de ce mau­vais pas, se ren­dant à la fois plus humain et plus proche de l’an­i­mal blessé — et d’au­tant plus dan­gereux. Tristesse : pourquoi les détails de ces réminis­cences d’un passé loin­tain (cela remonte jusqu’en 1945), de cette chute, de cette lutte au for­ceps pour la rédemp­tion, de ce rap­proche­ment de l’homme et de la bête nous intéressent-ils si peu, comme la biogra­phie filmée du XIXe siè­cle à nos jours nous pas­sait au-dessus de la tête ? Dans ce film comme dans l’autre, la faute en incombe à de trop évi­dents aléas d’une pro­duc­tion paresseuse, inapte à artic­uler le réc­it autrement que comme l’exé­cu­tion som­maire d’un pro­gramme à coups de rac­cour­cis scé­nar­is­tiques par­fois hon­teux (ici enfilés comme des per­les), de per­son­nages en car­ton rival­isant d’ab­sence de charisme, et de scènes d’ac­tions pass­ables conçues de toute évi­dence pour sauver les meubles (sur ce point au moins, James Man­gold s’avère un peu moins man­chot que Gavin Hood).

Dans ce Com­bat de l’im­mor­tel en par­ti­c­uli­er, on a l’im­pres­sion d’un rem­plis­sage forcené, un assem­blage exé­cuté dans le dés­espoir de faire tenir — et faire pren­dre toute la place à — un scé­nario expli­quant à tout prix les car­ac­téris­tiques de Wolver­ine, telles que la com­para­i­son qui en est faite avec un “samouraï sans maître” (rônin). Sur ce dernier point, le film étale à loisir une intrigue pré­ten­du­ment ancrée dans le con­tem­po­rain japon­ais, mais com­pi­lant tous les clichés sur cette société, avec embrouilles politi­co-famil­ia­lo-mafieuses impli­quant yakuzas, samouraïs et nin­jas tant qu’on y est, tous très à cheval sur le sens de l’hon­neur évidem­ment. À une fic­tion aus­si débor­dante, on voudrait pou­voir adhér­er, sor­tir des con­sid­éra­tions de réal­isme, mais la marche for­cée du film (comme s’il imi­tait Wolver­ine courant après ses enne­mis) nous laisse à dis­tance, tant il sem­ble pressé de pass­er d’une énor­mité à l’autre avec le plus grand sérieux; et le fait que tous les acteurs japon­ais — soit la qua­si-total­ité du cast — sont dirigés avec les pieds aide encore moins. Quant au fan­tas­tique inhérent à une human­ité alter­na­tive peu­plée de mutants, il est criblé de tant de facil­ités et d’in­co­hérences qu’il ne saurait non plus être con­va­in­cant (con­fu­sion totale sur les orig­ines des car­ac­téris­tiques sur­na­turelles de Wolver­ine, notam­ment de son invul­néra­bil­ité d’une part et de sa longévité d’autre part).

Un seul être vous manque…

Il appa­raît que si le per­son­nage de Wolver­ine fonc­tionne si bien dans les autres films “X‑Men” (même dans son savoureux caméo de X‑Men : le com­mence­ment où il ne prend aucune part à l’in­trigue), la présence de la com­mu­nauté mutante n’y est pas étrangère. La diver­sité des per­son­nages ral­liés sous deux ban­nières rivales, la paci­fiste brandie par le Pr X et la bel­li­ciste agitée par Mag­ne­to, offre un par­fait con­tre­point à ce loup soli­taire (même si celui-ci penche plutôt pour le pre­mier camp) ; la mise en vis-à-vis de la masse et de l’élec­tron libre, cha­cun affir­mant l’autre autant que soi-même, nour­rit presque sans effort un pro­pos sur le groupe, sur la place de l’in­di­vidu, sur l’ac­cep­ta­tion de soi et de l’autre. Mais d’où vient que, privé de ce con­tre­point, écarté de ce cast­ing d’ensem­ble, Wolver­ine ait tant de mal à main­tenir sa con­sis­tance ? Manque d’in­spi­ra­tion des scé­nar­istes pour combler le vide ? Jeu lim­ité de Hugh Jack­man dans le reg­istre du héros bad-ass, qu’il inter­prète depuis le pre­mier X‑Men comme une vague éma­na­tion de “l’Homme sans nom” cam­pé par Clint East­wood pour Ser­gio Leone ? Sans doute les deux.

On peut cepen­dant soupçon­ner les maîtres d’œu­vre de ce film-ci d’avoir eu con­science de ces hand­i­caps. Ils ont trou­vé le moyen d’y cas­er deux mutants sans plus de charisme que le reste, détachés de cette thé­ma­tique de la com­mu­nauté, à des places de l’in­trigue qui auraient aus­si bien con­venu à des humains “nor­maux”, pen­sés sim­ple­ment, sem­ble-t-il, pour met­tre le super-héros face à un super-méchant et rem­plir un quo­ta de X‑Men. Et en bonus, pour bien illus­tr­er les blessures intérieures du pro­tag­o­niste, on se rabat sur le cliché de l’être aimé défunt qui lui fait la morale dans sa tête — Jean Grey, qu’il a été con­traint de tuer dans X‑Men : l’af­fron­te­ment final (Famke Janssen devait avoir des impôts à pay­er, pour se faire rap­pel­er pour une con­tri­bu­tion si insignifi­ante). Tout le film est à l’im­age de cet oppor­tunisme qui serait tolérable s’il n’é­tait con­crétisé dans un tel bâclage : un block­buster sans souf­fle pen­sé sur une idée isolée (un per­son­nage ultra cool), mais où les aléas de pro­duc­tion ont réduit le reste à une telle coquille vide que les griffes du héros ne peu­vent qu’y brass­er de l’air.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Les 4 Fantastiques : Premiers pas
Les 4 Fantastiques : Premiers pas
Un parfait inconnu
Un parfait inconnu
De Cash à Dylan : les idoles de James Mangold
De Cash à Dylan : les idoles de James Mangold
Indiana Jones et le Cadran de la destinée
Indiana Jones et le Cadran de la destinée
Indiana Jones et le Cadran de la Destinée
Indiana Jones et le Cadran de la Destinée
Doctor Strange in the Multiverse of Madness
Doctor Strange in the Multiverse of Madness
Shang-Chi et la Légende des Dix anneaux
Shang-Chi et la Légende des Dix anneaux
Le Mans 66
Le Mans 66
X‑Men : Dark Phoenix
X‑Men : Dark Phoenix
Avengers : Endgame
Avengers : Endgame
Spider-Man : New Generation
Spider-Man : New Generation
Ant-Man et la Guêpe
Ant-Man et la Guêpe