Le jour attendra

Le jour attendra

de Edgar Marie

  • Le jour attendra
  • France2013
  • Réalisation : Edgar Marie
  • Scénario : Edgar Marie
  • Image : Danny Elsen
  • Montage : Carlo Rizzo
  • Musique : Guillaume Robin
  • Producteur(s) : Cyril Hauguel, Jean Labadie, Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont, Matthieu Guillot
  • Interprétation : Jacques Gamblin (Victor), Olivier Marchal (Milan), Carlo Brandt (Serki), Reda Kateb (Wilfried)...
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 24 juillet 2013
  • Durée : 1h32

Le jour attendra

de Edgar Marie

Le monde sous le néon


Le monde sous le néon

Pre­mier film réal­isé par le scé­nar­iste de la série Braquo, Edgar Marie, Le jour atten­dra fleure bon l’œuvre d’un fan de polar, déclinée sous la lumière des néons. Foi­son­nant et ent­hou­si­aste, le film se cherche, alter­nant réus­sites inat­ten­dues et gross­es fautes de goûts. Une seule con­stante : le plaisir man­i­feste pris par Edgar Marie. Devant tant de pas­sion, dif­fi­cile de rester de mar­bre.

Vic­tor et Milan sont amis depuis tou­jours, engagés dans la ges­tion d’une boîte de nuit sur les quais parisiens, et en manque d’ar­gent. Pour liq­uider leurs dettes, Milan, le plus impul­sif, accepte de par­ticiper aux trafics d’un patron de pègre red­outé, émi­gré au Mex­ique : Ser­ki. Lorsque les flics leur tombent dessus, Milan accepte de témoign­er con­tre Ser­ki. Six ans plus tard, ce dernier sort de prison et revient en France pour se venger : c’est le moment de faire les comptes… De prime abord, la rela­tion entre Vic­tor (Jacques Gam­blin) et Milan (Olivi­er Mar­chal) sem­ble par­faite­ment arché­typ­ale : le pre­mier étant le plus posé, le plus cérébral, le sec­ond étant le plus impul­sif, le plus aven­tureux. Pour autant, alors que la nuit où Vic­tor et Milan vont ten­ter d’échap­per à Ser­ki se déroule, la rela­tion entre les deux prend du corps, tan­dis que Ser­ki lui-même con­stitue un méchant qui, pour être mono­lithique, reste crédi­ble. Edgar Marie sem­ble avant tout désireux de s’in­ter­roger sur la sig­ni­fi­ca­tion des rap­ports d’ami­tié, plus que de racon­ter une course-pour­suite.

Pour­tant, le réal­isa­teur con­naît man­i­feste­ment ses clas­siques, ce qui lui per­met d’éviter la grande majorité des écueils d’un réc­it s’inscrivant dans une tra­di­tion très cod­i­fiée – à quelques excep­tions près, telle son désir de faire pass­er son réc­it par les hauts lieux de Paris, qui le con­duit ain­si à faire marcher ses pro­tag­o­nistes, à pieds, de Bercy au Pan­théon en moins d’une minute. Edgar Marie aime la cap­i­tale française, et ça se voit : il veut la met­tre en scène, se ménage de nom­breuses séquences vis­i­ble­ment conçues pour leur poten­tiel esthé­tique. Comme il fan­tasme sur la cap­i­tale, il fan­tasme égale­ment sur le monde de la nuit, des boîtes et restau­rants, d’une pègre qu’on y imag­ine attachée : nous voici donc en présence d’une kyrielle de femmes fatales, diverse­ment ornées d’ac­ces­soires inquié­tants, de vête­ments provo­cants, voire de (presque) rien du tout[ref]Il con­vient de not­er que les per­son­nages féminins sont, à une courte excep­tion près, les sac­ri­fiés du film : pour Edgar Marie, le film noir sem­ble être un film d’hommes…[/ref], cernés de néons mul­ti­col­ores et de lumières clig­no­tant dans la fumée des boîtes – surtout, d’une musique omniprésente et, pour tout dire, envahissante.

D’où une con­clu­sion formelle évi­dente : Edgar Marie réalise Le jour atten­dra comme un clip long d’une heure et demie, où se bous­cu­lent des influ­ences telles que Michael Mann, Les Pré­da­teurs ou Dri­ve. Si le tic visuel n’est pas repous­sant, il se révèle vite érigé, sans autre forme de procès, en style visuel un peu vain. Assor­ti d’une caméra trem­blotante extrême­ment désagréable, des plans ser­rés étouf­fants et de ralen­tis, ce style visuel est l’œuvre man­i­feste d’un cinéaste débu­tant, désireux de laiss­er libre cours à des idées de formes et de références sans faire le moin­dre choix, ce qui brouille un peu l’ensem­ble. Ain­si, le film se partage donc entre trou­vailles formelles et bonnes idées (une fusil­lade ralen­tie au ton étrange­ment réal­iste et anti-héroïque, un dia­logue entre Gam­blin et Mar­chal au volant d’une voiture qui incor­pore avec finesse son envi­ron­nement, ou une util­i­sa­tion glaçante d’un œil­leton de porte) et débor­de­ments kitsch et scènes ratées (une obses­sion pour les bag­noles qui donne au film des airs de pro­mo­tion dif­fusée dans un con­cept-store, la très gênante trem­blote du cadre, ou la scène finale, à la fois orig­i­nale et affreuse­ment peu crédi­ble…).

Edgar Marie met en scène en chien fou, lancé à pleine vitesse dans son accu­mu­la­tion d’idées noires. Ce n’est, évidem­ment, ni tou­jours très heureux, ni tou­jours très maîtrisé. Pour autant, on se gardera bien de railler un tel ent­hou­si­asme pour un film de genre. À suiv­re et à con­firmer.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !