White Lie

White Lie

de Nyima Cartier

  • White Lie
  • Royaume-Uni, France2013
  • Réalisation : Nyima Cartier
  • Scénario : Nyima Cartier
  • Image : Pierre Edelmann
  • Montage : Peter Davies
  • Musique : Rael Jones
  • Producteur(s) : Etzael Garcia, Nabil Khouri, Cyril Schulmann, Thomas Triboit
  • Interprétation : David Birkin (Sydney), Olivia Ross (Lola), Paul Bandey (Westfield), Belinda Low (Elizabeth)...
  • Distributeur : Les Films à Fleur de Peau
  • Date de sortie : 3 juillet 2013
  • Durée : 1h15

White Lie

de Nyima Cartier

Le trou noir


Le trou noir

Que le ciné­ma par­le de lit­téra­ture, ce n’est pas nou­veau. Et, s’il par­le de lit­téra­ture de genre, il sem­ble que cela doive être dans un film du même genre. Pris­on­nier de ses références de polar, White Lie emprunte des voies prévis­i­bles, trébuche à la moin­dre ten­ta­tive de sor­tir des sen­tiers bat­tus – mais peut-être est-ce parce que l’his­toire qu’il veut nous racon­ter est tout autre…

West­field, mar­ié à Eliz­a­beth, est un auteur à suc­cès, de ceux qui vivent plus de leur gloire que de leur plume. Syd­ney est son secré­taire, et, sans que West­field ne fasse mine de le recon­naître, son nègre. Il vit avec Lola, mais entre­tient une rela­tion secrète avec Eliz­a­beth. Autour du pre­mier livre de Syd­ney, volé par un West­field jaloux et impro­duc­tif, va bien­tôt se nouer un drame pas­sion­nel au par­fum de meurtre…

C’est lors d’une pre­mière séquence qui sem­ble mal­adroite que White Lie des­sine tout le canevas de son intrigue : Syd­ney et West­field imag­i­nent et miment le meurtre d’un père par son fils, pour les besoins du livre qu’ils sont en train d’écrire. Mais, c’est finale­ment l’in­verse qui se pro­duira, et le per­son­nage du père, incar­né par West­field, tue le fils, Syd­ney. Les pistes de lec­ture sont don­nées : Syd­ney idol­âtre West­field, ne peut se résoudre à le quit­ter mal­gré les mau­vais­es rela­tions qu’ils entre­ti­en­nent, tan­dis que West­field, en père meur­tri­er, ne va pas hésiter une sec­onde à priv­er Syd­ney de son pre­mier livre, dont celui-ci lui a con­fié le man­u­scrit. Un livre auto­bi­ographique qui racon­te com­ment un fils de 18 ans a vécu… la mort de son père.

Tourne-t-on en rond ? Cela sem­ble volon­taire, autant que la soumis­sion du réc­it à une série de pas­sages oblig­és aux airs de cat­a­logue appliqué. Aus­si, attend-on le moment de l’é­man­ci­pa­tion, celui qui don­nera un sens à un scé­nario très appliqué. Mais, au lieu d’échap­per à sa pro­gres­sion atten­due, White Lie va émailler celle-ci d’in­vraisem­blances grossières : « je ne croy­ais pas qu’il était chargé », lance par exem­ple Lola alors qu’elle vient de tir­er sur un autre per­son­nage, après avoir exploré une mai­son l’arme au poing, prête à tir­er. L’é­ton­nement nous saisit donc : non con­tent de se laiss­er aller à une pro­gres­sion atten­due jusque dans la moin­dre de ses péripéties, le film va leur don­ner une couleur aber­rante, ren­forcer l’im­pres­sion d’ar­ti­fi­cial­ité. Les non-dits et le mys­tère peu­plent ain­si le réc­it, pour, finale­ment, lui offrir une aura trou­blante, qui ne sera dis­sipée que de façon par­cel­laire, plongeant finale­ment le réc­it dans l’ab­surde, le sym­bol­ique pur.

Se voulant un exer­ci­ce de style en noir, White Lie insiste (lour­de­ment) sur sa dimen­sion psy­ch­an­a­ly­tique, en y ajoutant pro­gres­sive­ment un aspect sur­réal­iste. Plus le réc­it avance, plus s’in­sèrent dans la mécanique nar­ra­tive d’un film noir arché­typ­al des élé­ments sym­bol­iques se répon­dant les uns aux autres, comme une spi­rale. Comme s’il s’agis­sait, avant tout, de don­ner corps à un meurtre du père per­pétré à répéti­tion par un Sisyphe par­ri­cide. Finale­ment, le rythme du film appa­raît plus maîtrisé, sa con­struc­tion plus chargée de sens que ce que l’on perçoit ini­tiale­ment : l’ex­er­ci­ce de style est bien pen­sé, mais une cer­taine arid­ité artis­tique en com­plique con­sid­érable­ment l’ap­proche.

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