Amanda

Amanda

  • Amanda
  • (Carefree)
  • États-Unis1938
  • Scénario : Allan Scott, Ernest Pagano
  • Image : Robert De Grasse
  • Montage : William Hamilton
  • Musique : Irving Berlin
  • Producteur(s) : Pandro S. Berman
  • Interprétation : Fred Astaire (Tony Flagg), Ginger Rogers (Amanda Cooper), Ralph Bellamy (Stephen Arden), Luella Gear (tante Cora), Jack Carson (Thomas Connors), Clarence Kolb (juge Joe Travers), Franklin Pangborn (Roland Hunter), Walter Kingsford (Dr Powers), Kay Sutton (miss Adams), le chœur d'enfants Robert Mitchell
  • Date de sortie : 5 octobre 1938
  • Durée : 1h23

Amanda

Top dance


Top dance

Aman­da est le huitième et dernier grand film du cou­ple star de la RKO, Fred Astaire et Gin­ger Rogers. Le suiv­ant, La Grande Faran­dole, fut un flop (sans doute explic­a­ble par le final trag­ique, auquel le pub­lic n’é­tait pas habitué ou même une cer­taine las­si­tude vis-à-vis d’une recette trop éprou­vée) et mit un terme à la col­lab­o­ra­tion des deux comé­di­ens. Ils ne se retrou­vèrent que dix ans plus tard, avec Entrons dans la danse, alors que leurs car­rières respec­tives avaient pris des chemins dif­férents. Moins con­nu que Top Hat ou Swing Time, Aman­da n’est pas pour autant un film mineur : les ama­teurs de cla­que­ttes et de musique “swing” y trou­veront tou­jours le plaisir inno­cent et léger qui a fait du duo Astaire/Rogers la plus grande réus­site de la comédie musi­cale des années 1930.

Les comédies musi­cales met­tant en vedette Fred Astaire et Gin­ger Rogers n’ont jamais été recon­nues comme de grands films, pour cause d’ab­sence de met­teur en scène recon­nu et de scènes comiques datées. Mark San­drich n’est effec­tive­ment ni Vin­cente Min­nel­li ni Stan­ley Donen ; il ne démérite pour­tant pas : son tra­vail con­sis­tant essen­tielle­ment à met­tre en valeur les séquences dan­sées, il sait à l’év­i­dence où plac­er sa caméra pour que rien ne soit per­du des per­for­mances. Quant à la comédie pure, cen­sée servir d’in­ter­mède entre les dans­es (quoiqu’elle occupe beau­coup plus d’e­space en terme de temps filmé), elle n’a sans doute pas non plus la finesse des meilleurs Cukor ; mais, alors que les per­son­nages sec­ondaires d’un film comme En suiv­ant la flotte alour­dis­saient sin­gulière­ment le film, les scènes d’hu­mour d’Aman­da con­ser­vent encore leur dimen­sion bur­lesque, notam­ment parce qu’elles pren­nent pour cible la psy­ch­analyse, mais aus­si parce qu’elles sont, pour la pre­mière fois, con­fiées à l’ac­trice prin­ci­pale.

Aman­da est en effet un fes­ti­val Gin­ger Rogers. La jeune comé­di­enne com­mençait alors à se dégager lente­ment de l’emprise de Fred Astaire sur sa car­rière pour se con­cen­tr­er sur des comédies pures, genre dans lequel elle excel­lait. Sous le masque de cette fasci­nante beauté se cachait en effet un véri­ta­ble clown, capa­ble des pitreries les moins glam­our. Avec le rôle d’A­man­da, jeune femme qui tente de faire soign­er sa pho­bie du mariage par un psy­chi­a­tre (Fred Astaire) et en tombe malen­con­treuse­ment amoureuse, elle fait des mer­veilles et San­drich a l’in­tel­li­gence d’ex­ploiter au max­i­mum le poten­tiel comique de son actrice, lais­sant au film la pos­si­bil­ité d’ac­quérir un rythme plus soutenu que d’autres précé­dentes réal­i­sa­tions du duo. Hyp­no­tisée par son médecin auquel elle n’ose pas avouer ses rêves, Amanda/Ginger est lancée par quipro­quo en pleine nature, où elle sème la zizanie : retombant en enfance et roulant des yeux comme des soucoupes, elle casse des vit­res, donne des coups de pied aux fess­es des policiers, rend furieux les spon­sors de l’émis­sion de radio dont elle est cen­sée van­ter les pro­duits, puis pour­suit Astaire avec un fusil de chas­se parce qu’il lui a mis en tête, pour qu’elle cesse de l’aimer, que “des hommes comme lui devaient être abat­tus comme des chiens”. San­drich ose même finir son film en faisant assom­mer son actrice prin­ci­pale, grat­i­fiée d’un énorme cocard lors de la tra­di­tion­nelle scène de mariage…

Si Rogers domine les scènes comiques avec une aisance et une espiè­g­lerie qu’elle retrou­vera dans des films comme Uni­formes et jupons courts (Bil­ly Wilder, 1941) ou Chérie je me sens raje­u­nir (Howard Hawks, 1948), Astaire est bien enten­du le noy­au cen­tral des scènes dan­sées. Per­fec­tion­niste implaca­ble, qui tra­vail­lait en répéti­tion jusqu’à épuise­ment de sa parte­naire, il parvient tou­jours à effac­er la com­plex­ité des choré­gra­phies (ici réal­isées par Her­mes Pan), faisant croire qu’elles coulent de source, comme si le pas­sage du pas de marche au pas de danse n’é­tait qu’une évi­dence. L’idée de lui faire jouer un psy­chi­a­tre adepte des traite­ments sous hyp­nose per­met de ren­dre hom­mage à son charme incroy­able et à sa capac­ité à envoûter n’im­porte quelle femme dès qu’il tend les bras vers elle. Aman­da, comme les autres films du duo, devient égale­ment pour le danseur un ter­rain de toutes les inven­tions : c’est la pre­mière fois qu’As­taire utilise le ralen­ti (ici dans une séquence de rêve), avant de réitér­er l’ex­péri­ence dans le fab­uleux numéro “Step­pin’ out with my baby” de Parade de print­emps (1948). Dans son numéro solo, il fait vire­volter un club de golf avec une vir­tu­osité bien plus impres­sion­nante que celle d’un golfeur pro­fes­sion­nel. Alors qu’il la tient ser­rée dans ses bras, Gin­ger, avec qui l’alchimie a tou­jours été évi­dente, sem­ble aus­si légère qu’un fétu de paille, comme s’il suff­i­sait à Astaire de cla­quer des pieds pour qu’elle s’en­v­ole… C’est sûr, s’il nous est per­mis de “chang­er de parte­naire”, comme le pro­pose Irv­ing Berlin dans la jolie chan­son finale, c’est de Fred Astaire que l’on veut rêver.

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