Trance

Trance

de Danny Boyle

  • Trance
  • Royaume-Uni2013
  • Réalisation : Danny Boyle
  • Scénario : Joe Ahearne, John Hodge
  • Image : Anthony Dod Mantle
  • Montage : Jon Harris
  • Musique : Rick Smith
  • Producteur(s) : Christian Colson
  • Interprétation : James McAvoy (Simon), Rosario Dawson (Elizabeth), Vincent Cassel (Franck)...
  • Distributeur : Pathé Distribution
  • Date de sortie : 8 mai 2013
  • Durée : 1h35

Trance

de Danny Boyle

Neuneuronal


Neuneuronal

Recon­nais­sons un mérite à Dan­ny Boyle : ses choix de pro­jets sont pour le moins erra­tiques et imprévis­i­bles. Après avoir raflé la mise (ce qui ne laisse pas d’é­ton­ner) avec Slum­dog Mil­lion­aire aux Oscar 2009, il avait retrou­vé son pen­chant pour l’esthé­tique clip dans 127 heures – une esthé­tique qu’il pousse au parox­ysme avec ce Trance, son Incep­tion à lui. Un feu d’ar­ti­fice de couleurs et de fan­fre­luches nar­ra­tives bien indi­geste.

L’hyp­nose, c’est le béli­er du qua­trième mur ciné­matographique. Votre scé­nario per­met-il de douter de la réal­ité de la per­cep­tion des per­son­nages ? BAM ! Voilà ouvertes les portes de l’écran, le spec­ta­teur va se faire hap­per par le ver­tige nar­ratif, où est le faux, où est le vrai, ô, suprême ver­tige de la nar­ra­tion ciné­matographique : nous faire douter de notre pro­pre réel. C’est tout à fait for­mi­da­ble, mais, comme l’avait déjà prou­vé Christo­pher Nolan à son corps défen­dant, tout le monde n’est pas Mamoru Oshii, Satoshi Kon ou Ter­ry Gilliam. Dan­ny Boyle s’in­scrit ici dans la longue tra­di­tion des réal­isa­teurs inca­pables de maîtris­er cette ambi­tion folle : ren­dre une jus­tice ciné­matographique au fan­tasme, et lui don­ner du sens.

Nous voici donc en présence de Vin­cent Cas­sel, voleur extra­or­di­naire aux trouss­es d’un Goya asso­cié à un James McAvoy com­mis­saire priseur com­plice du vol. Prob­lème : le tableau n’est pas où il devrait être, seul McAvoy sait où le trou­ver, et il a per­du la mémoire. Il nous fau­dra donc l’aide de Rosario Daw­son, spé­cial­iste de l’hyp­nose, pour déblo­quer la mémoire trau­ma­tisée du com­plice récal­ci­trant. Arthur ! Où t’as mis l’corps ?

Dans un pro­logue énergique et plutôt bien foutu, James McAvoy nous grat­i­fie donc d’un mono­logue face caméra – hey ! Spec­ta­teurs ! Con­statez l’au­dace : la main est ten­due, pénétrez dans l’écran. Et bien­tôt, lorsque le piment de l’hyp­nose vient démul­ti­pli­er les pos­si­bil­ités de réel, l’au­di­toire se penche – c’est pro­pre­ment ver­tig­ineux. Et Dan­ny Boyle de sauter à pieds joints dans le gouf­fre nar­ratif qui lui tend les bras, plouf.

Seule experte en matière d’hyp­nose, Rosario Daw­son va donc orchestr­er les séquences, plus ou moins sur­réal­istes, qui se jux­ta­posent comme autant de pièces d’un puz­zle dont le sens (assez mal) caché va se révéler plus loin. Elle est aidé en cela par un Dan­ny Boyle pour qui l’esthé­tique onirique con­siste avant tout à filmer de tra­vers, à pouss­er le con­traste dans ses derniers retranche­ments et à sur-mon­ter son film. À faire un clip, en somme – les symp­tômes étaient déjà présents dans 127 heures, mais Trance n’a pas la chance d’avoir la nar­ra­tion linéaire du film précé­dent : nous voilà perdus[ref]On notera d’ailleurs égale­ment la con­fir­ma­tion de la fas­ci­na­tion de Dan­ny Boyle pour les images de sadisme pur, égale­ment déjà perçue dans la scène du nerf de 127 heures.[/ref].

Trance est donc un film sat­uré : formelle­ment et nar­ra­tive­ment, le réal­isa­teur sem­ble vouloir se laiss­er aller à tous les excès, prenant l’onirisme de son film comme pré­texte et non comme but. Erra­tique, la fil­mo­gra­phie du réal­isa­teur mon­tre qu’il est capa­ble du pire comme du meilleur, la con­stante étant la fran­chise absolue avec laque­lle il abor­de tou­jours ses sujets. Avec Trance, Dan­ny Boyle peut réclamer l’in­dul­gence, eu égard à l’in­ten­sité man­i­feste de son impli­ca­tion dans le pro­jet – au moins n’est-il pas pré­ten­tieux. Hélas, brouil­lon et chao­tique, le film mon­tre que les préoc­cu­pa­tions de Boyle sont avant tout formelles, sans souci de les accol­er à une nar­ra­tion qui n’est donc pas sup­port­ée par la forme. Tout con­tent de nous livr­er son puz­zle nar­ratif aux images léchées, Dan­ny Boyle nav­igue entre excès de com­pli­ca­tion et sim­plisme navrant, et perd tout le monde, lui com­pris, dans son pro­pre labyrinthe.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

28 ans plus tard
28 ans plus tard
Yesterday
Yesterday
T2 Trainspotting
T2 Trainspotting
Steve Jobs
Steve Jobs
127 heures
127 heures
Slumdog Millionaire
Slumdog Millionaire
Sunshine
Sunshine
Millions
Millions