For Marx…

For Marx…

de Svetlana Baskova

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« En 2010, durant la crise finan­cière », que se passe-t-il en Russie ? sem­ble être la ques­tion que nous ren­voie ce car­ton intro­duc­tif. Si l’on devait résumer ce long-métrage, on dirait : à peu près la même chose que ce que nous ren­voient les médias un peu partout dans le monde. Les patrons et les ban­quiers sont des escrocs qui exploitent les ouvri­ers d’une usine métal­lurgique pour un salaire de mis­ère, alors qu’ils ont l’âme et le cœur entière­ment dévoués à leur tra­vail. Pas éton­nant que les pau­vres bougres déci­dent de se con­stituer en un syn­di­cat indépen­dant et, pourquoi pas, lancer une grève générale, ce qui, du point de vue des patrons, serait une offense impar­donnable.

Ce film de fic­tion part donc sur les bases d’une lutte des class­es claire­ment délim­itée par son pos­tu­lat (et son titre), et affir­mée avec un brin de lour­deur par la mise en scène. Les séquences dans l’u­sine sont tournées caméra à l’é­paule, dans une obscu­rité ponctuelle­ment per­cée par des éclats de fonte, sur un mode volon­taire­ment réal­iste. De l’autre côté, les grands patrons sont fig­urés comme coupés du monde, dans des intérieurs d’une lumière écla­tante, des cadres sta­tiques caméra sur pied ponc­tués par quelques lents trav­el­lings. Ces deux logiques s’en­tre­choquent en des blocs séquences bien séparés qui, peu à peu, vont devenir poreux.

Za Mark­sa ne serait donc qu’un énième film bar­bant et appliqué s’il ne fai­sait pas de cette sit­u­a­tion un petit théâtre sar­donique, un brin car­i­cat­ur­al, mais par­fois réjouis­sant. Car il n’est pas dénué, dans ses longs bavardages entre ouvri­ers sur la lutte des class­es et sa descrip­tion d’un patronat d’une grande avid­ité, d’une pointe d’ironie. La longueur même des bavardages sem­ble par­fois sur­réal­iste (notam­ment grâce à un savoureux cours sur la Nou­velle Vague dis­pen­sé par un ouvri­er) et met en exer­gue la dif­fi­culté de pass­er du dis­cours à l’ac­tion. Les puis­sants ne sont pas épargnés non plus – c’est le moins que l’on puisse dire – l’ab­sur­dité d’un mode de vie basé sur l’ar­gent (le boss de l’u­sine s’in­ter­roge sur le fait d’in­staller des tableaux d’art con­tem­po­rain dans son bureau pour faire meilleure fig­ure devant ses clients) étant le fer de lance d’une dénon­ci­a­tion de leur froide cru­auté. Mais le refus d’en faire une œuvre qui ren­voie cha­cun dos à dos, en n’é­vac­uant pas le côté trag­ique de la sit­u­a­tion (des lead­ers syn­di­caux risquent tout de même leur vie), est plutôt à met­tre au crédit du film, même s’il fait de Za Mark­sa un film ban­cal, qui joue sur les deux tableaux sans véri­ta­ble­ment con­va­in­cre ni d’un côté, ni de l’autre. Il n’empêche qu’il con­stitue tout de même une ten­ta­tive énergique, appuyée par des acteurs ent­hou­si­astes et généreux, et une bonne nou­velle pour le ciné­ma russe, à des lieues de cinéastes total­i­taires et plom­bants comme Zvi­aguint­sev.

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