Intersections

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de David Marconi

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  • France2013
  • Réalisation : David Marconi
  • Scénario : David Marconi
  • Image : Thomas Hardmeier
  • Montage : Julien Rey
  • Musique : Richard Horowitz
  • Producteur(s) : Fanny Besson
  • Production : EuropaCorp, Grive Productions
  • Interprétation : Roschdy Zem (Salem), Frank Grillo (Scott Dolan), Jaimie Alexander (Taylor Dolan), Marie-Josée Croze (Audrey), Moussa Maaskri (Omar)...
  • Date de sortie : 30 janvier 2013
  • Durée : 1h41

Intersections

de David Marconi

Pâté Marconi


Pâté Marconi

« Dans le désert, le hasard n’ex­iste pas », clame l’af­fiche de la dernière pro­duc­tion Europa­Corp. C’est d’ailleurs, sachez-le, la rai­son pour laque­lle on n’y con­stru­it aucun casi­no. En tout cas, cette fail­lite de l’en­tropie autorise le réal­iste-scé­nar­iste David Mar­coni à vio­l­er les lois de la prob­a­bil­ité avec ardeur, pour un film à mi-chemin entre Lost et un quel­conque film choral, agré­men­té du cahi­er des charges lamb­da de la boîte-à-Besson. Pour ce dernier, rien à dire, con­trat rem­pli. Pour le reste, en revanche…

Que trou­ve-t-on au CV de mon­sieur Mar­coni ? Surtout scé­nar­iste, David Mar­coni peut se pré­val­oir d’une par­tic­i­pa­tion à l’une des plus fameuses fail­lites scé­nar­is­tiques récentes : Die Hard 4 – Retour en enfer. Le côté patch­work créti­noïde du film de Len Wise­man est donc ce pourquoi on s’en sou­vient avant tout – où com­ment la mul­ti­pli­ca­tion des scé­nar­istes (et la sup­posée inter­ven­tion des pro­duc­teurs) ont créé un mon­stre de Franken­stein nar­ratif, prompt à align­er les scènes d’ac­tion les plus pétaradantes au mépris de la plus élé­men­taire cohérence. Con­venons que venir après le tout à fait délec­table Une journée en enfer de John McTier­nan était dif­fi­cile – le ratage, pour­tant, est par­ti­c­ulière­ment notable. À la vision d’Inter­sec­tions, cepen­dant, la ques­tion se pose : et si la mul­ti­plic­ité des scé­nar­istes (qua­tre per­son­nes créditées) n’é­tait pas en cause, si David Mar­coni était par­venu, tout seul comme un grand, à faire n’im­porte quoi avec la fran­chise de John McClane ?

Les pre­mières min­utes d’Inter­sec­tions affir­ment l’ap­par­te­nance du film au sérail bessonien : place­ments de pro­duits éhon­tés (Toy­ota, Black­Ber­ry, etc.), gross­es bag­noles à l’empreinte car­bone crim­inelle, et la jolie Jaimie Alexan­der, dont la plas­tique s’ex­pose généreuse­ment tout au long du film. Pour le reste, on est plongés dans la per­plex­ité : mon­sieur et madame sont fraîche­ment mar­iés. Man­i­feste­ment très très friqués, ils vien­nent en héli­cop­tère pass­er quelques jours dans un hôtel de luxe en plein Sahara maro­cain. Mais, déjà, la belle union se fis­sure : tan­dis que mon­sieur, trad­er impor­tant, préfère la com­pag­nie de son Black­Ber­ry à celle de sa dul­cinée, madame le fuit, avec quelques mots doux (« j’ai envie de quelque chose dans ma bouche – si ce n’est pas toi, autant que ce soit cette clope ! »[ref]Notons par ailleurs les dia­logues plutôt crus du film, éton­nam­ment adoucis par les sous-titres.[/ref]). Quelques pas dans le patio, et la voilà qui tombe dans les bras de son amant, venu la rejoin­dre – ils com­plo­tent déjà quelque malveil­lance à l’é­gard du riche et indif­férent mari. Le lende­main, sur les routes sahari­ennes, l’a­mant tente de tuer le mari, mais tout se com­plique lorsque les deux voitures entre en col­li­sion, au milieu de nulle part, avec un bus de la police et une voiture par­ti­c­ulière. Bien­tôt, le nœud de l’in­trigue se fait jour : cha­cun et cha­cune des sur­vivants du crash a quelque chose à cacher…

Alors, évidem­ment, nous voilà très intrigués. Qui ment ? Qui dit la vérité ? Quelle para­noïa est la plus légitime ? Com­ment le scé­nario va-t-il, finale­ment, réus­sir à devenir un tan­ti­net cohérent ? Réponse : il n’y parvien­dra pas. Tran­quille­ment, le film va jalon­ner son réc­it de révéla­tions, plus ou moins véridiques, sans pour autant que le puz­zle soit plus lis­i­ble : le but est avant tout, sem­ble-t-il, de balad­er le spec­ta­teur au fil de pistes mul­ti­ples et plus ou moins men­songères. Pen­dant ce temps-là, le monde s’ar­rête. Ain­si, les per­son­nages pris­on­niers du désert – les voitures sont pra­tique­ment toutes démolies – ne souf­frent pas de la chaleur, ni de la soif. Quand il s’ag­it de manger, la demi-douzaine de pro­tag­o­nistes va dépen­dre d’un unique poulet, plumé par la déli­cate Jaimie Alexan­der – toutes nos félic­i­ta­tions à l’ac­ces­soiriste qui a placé sur le feu un beau poulet découpé indus­trielle­ment, c’est du meilleur effet. Une journée et une nuit dans le désert, donc : pas de prob­lème ! Une fois cer­tains des nœuds nar­rat­ifs réso­lus, en avant pour la ville avoisi­nante.

Et là, c’est le Grand N’Im­porte Quoi. Fuites, dis­pari­tions, traîtris­es, révéla­tions, alliances, traque­nards, retourne­ments inopinés : tout y passe dans une joyeuse insou­ciance, pourvu qu’on per­siste à per­dre le spec­ta­teur dans le réc­it. M. Night Shya­malan en serait malade. Une fois le rythme pris, on va donc per­dre pied : il ne nous reste qu’à patien­ter jusqu’à la prochaine péripétie absurde et sor­tie de nulle part. Qui sait, peut-être la con­clu­sion nous don­nera-t-elle l’oc­ca­sion de retomber sous nos pieds ? Mais non. Plutôt intéres­sant dans son amoral­ité, le finale du film fait mine de vouloir s’en sor­tir la tête haute : peine per­due. Inter­sec­tions n’est rien qu’un jeu de mas­sacre pas vrai­ment jouis­sif où les uns et les autres vont se faire décaniller pro­gres­sive­ment et sans vrai­ment de rai­son. David Mar­coni compte sans doute sur le ver­tige ressen­ti par le spec­ta­teur pour s’as­sur­er le suc­cès : c’est oubli­er que, avant tout, c’est devant le vide qu’on a le ver­tige.

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