Happiness Therapy

Happiness Therapy

de David O. Russell

  • Happiness Therapy
  • (Silver Linings Playbook)
  • États-Unis2012
  • Réalisation : David O. Russell
  • Scénario : David O. Russell
  • d'après : le livre Silver Linings Playbook
  • de : Matthew Quick
  • Image : Masanobu Takayanagi
  • Décors : Judy Becker
  • Costumes : Mark Bridges
  • Son : Tom Nelson
  • Montage : Jay Cassidy
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteur(s) : Bruce Cohen, Donna Gigliotti, Jonathan Gordon
  • Production : Mirage Entreprises, The Weinstein Company
  • Interprétation : Bradley Cooper (Pat), Jennifer Lawrence (Tiffany), Robert De Niro (Pat Sr), Jacki Weaver (Dolores), Chris Tucker (Danny), Anupam Kher (Dr Cliff Patel)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 30 janvier 2013
  • Durée : 1h40

Happiness Therapy

de David O. Russell

Little Mister Sunshine


Little Mister Sunshine

Avant même sa sor­tie en salles, Hap­pi­ness Ther­a­py fai­sait déjà beau­coup par­ler de lui, après son plébiscite au fes­ti­val de Toron­to, un Gold­en Globe pour Jen­nifer Lawrence et ses huit nom­i­na­tions aux prochains Oscars. Son réal­isa­teur, David O. Rus­sell, est entré dans la cour des grands du Kodak The­ater en 2010, avec les deux stat­uettes de Fight­er. Sa thérapie du bon­heur pour­rait créer la sur­prise face à Lin­coln, Argo, Djan­go Unchained ou Zero Dark Thir­ty… et ce serait vrai­ment une sur­prise. Car après une pre­mière par­tie promet­teuse, et mal­gré ses beaux pre­miers rôles, le film se laisse vite rat­trap­er par les con­ven­tions aux­quelles il par­ve­nait à échap­per.

Rus­sell fait par­tie de cette généra­tion de samouraïs[ref]Sharon Wax­man, Les Six Samouraïs : Hol­ly­wood som­no­lait, ils l’ont réveil­lé !, Cal­mann-Lévy, 2007.[/ref] (avec Soder­bergh, P.T. Ander­son, Taran­ti­no, Finch­er ou Spike Jonze) qui réveil­la le ciné­ma améri­cain au cours des années 1990 par son indépen­dance, sa fraîcheur cinéphile, son dynamisme un brin far­felu et un sens de l’épate jugé par­fois d’un mau­vais œil. Espoir déçu d’un renou­veau du ciné­ma US, Rus­sell n’a pour­tant pas passé le cap franchi par cer­tains de ses petits cama­rades avant Fight­er, il y a trois ans. On était donc curieux de décou­vrir le nou­veau film du cinéaste, d’autant plus que, à l’encontre du précé­dent (pro­jet récupéré in extrem­is après la défec­tion d’Aronofsky), il en signe le scé­nario, inspiré du roman Sil­ver Lin­ings Play­book de Matthew Quick.

Pat a pété un plomb en décou­vrant sa femme dans les bras d’un autre. Après huit mois d’internement psy­chi­a­trique, il retourne chez ses par­ents pour se recon­stru­ire, bien décidé à récupér­er son ex. Il ren­con­tre Tiffany, une jolie jeune femme un brin tor­turée depuis la mort de son mari, qui accepte de l’aider à recon­quérir sa belle en échange d’un petit ser­vice : devenir son parte­naire le temps d’un improb­a­ble con­cours de danse. Ces deux âmes per­dues vont, évidem­ment, nouer des liens inat­ten­dus… Sur cette trame con­v­enue de comédie roman­tique, l’enfant ter­ri­ble de Hol­ly­wood parvient à impos­er sa pat­te en explo­rant son obses­sion de la famille dys­fonc­tion­nelle, grand thème du ciné indé améri­cain (voir Todd Solondz ou Wes Ander­son). Il y a surtout ici pas mal de Lit­tle Miss Sun­shine : dépres­sion post-sépa­ra­tion, hap­py-end famil­ial autour d’un con­cours qui agit comme révéla­teur des forces indi­vidu­elles (se dépass­er) et com­munes (ensem­ble, on est plus fort), mélange de folie et d’optimisme à toute épreuve. Pat est guidé par une devise, « Excel­sior » (tou­jours plus haut), qui rap­pelle l’optimisme du père de Lit­tle Miss Sun­shine, indécrot­table coach de moti­va­tion. Une tra­jec­toire sans cesse brisée par sa bipo­lar­ité, dont on ne mesure l’intensité qu’à coups de pétage de plombs imprévus, lesquels don­nent à Bradley Coop­er un rôle à la mesure de sa vul­néra­bil­ité nerveuse. De Niro s’en donne à cœur joie en père névro­tique, book­mak­er super­sti­tieux bour­ré de TOC absur­des, Tiffany (Jen­nifer Lawrence) est une barge nympho repen­tie et le pote échap­pé de l’asile (Chris Tuck­er) ajoute encore au délire ambiant.

Ce grain de folie général­isé fait dérailler la mécanique des con­ven­tions, offrant au film ses soubre­sauts comiques dans d’hilarantes scènes d’hystérie col­lec­tive qui dévient du face-à-face pro­to­co­laire de la rom-com. Il égratigne l’image de la sacro-sainte famille mod­èle, face à laque­lle suf­foque lit­térale­ment le meilleur pote de Pat, par­fait exem­ple de réus­site (épouse, bébé, mai­son, boulot). Mais ces crises de joyeuse démence sont rapi­de­ment réduites à des pré­textes qui ser­vent moins à sor­tir du rang de la norme qu’à s’en écarter pour tou­jours mieux y revenir. La sec­onde par­tie, en mode automa­tique, ramène tout ce beau monde dans les con­ven­tions du clan (il suf­fi­ra à Tiffany d’adhérer aux marottes du père pour y entr­er) et s’achève sur une morale gen­til­lette où on loue les dimanch­es en famille et la réha­bil­i­ta­tion sociale.

Le film se révèle plus intéres­sant dans les por­traits sous-jacents qu’il dresse. Celui d’une cer­taine généra­tion d’abord, celle de trente­naires en crise iden­ti­taire, qu’on a pu appel­er la Généra­tion X. Nos deux héros sont largués dès que le mod­èle famil­ial s’effondre (leur égare­ment men­tal émane de la perte de leur con­joint respec­tif), oscille entre dépres­sion et exci­ta­tion, se réfugie dans le rock (bande-son par­faite­ment cal­i­brée entre Led Zep et les White Stripes) et les céréales. Symp­to­ma­tique, l’absence d’enfants dans ce ciné­ma de la famille (bébé reste hors champ) ne dit pas autre chose que ceci : ce sont eux, les enfants, de grands enfants paumés qui ont besoin de papa-maman. Face aux géants Spiel­berg, Taran­ti­no ou Bigelow, qui revis­i­tent la grande His­toire améri­caine, Rus­sell reste au plus près du local, puise ses émo­tions dans le micro­cosme de la vie de quarti­er, vise le général dans le « cas » très par­ti­c­uli­er. C’est un autre por­trait de l’Amérique qui se des­sine ici, celui du sub­urb blanc où les idylles se nouent au din­er, autour duquel gravi­tent quelques com­mu­nautés (Tuck­er la cau­tion black, les Indi­ens). S’il manque un peu d’audace, si sa mécanique nar­ra­tive finit par lass­er, Hap­pi­ness Ther­a­py reste un sym­pa­thique feel-good movie.

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