La Parade

La Parade

de Srđan Dragojević

  • La Parade
  • (Parada)
  • Serbie2011
  • Réalisation : Srđan Dragojević
  • Scénario : Srđan Dragojević
  • Image : Dusan Joksimović
  • Montage : Petar Marković
  • Musique : Igor Perović
  • Producteur(s) : Biljana Prvanović, Srđan Dragojević
  • Interprétation : Nikola Kojo (Lemon), Milos Samolov (Radmilo), Hristina Popović (Pearl), Goran Jevtić (Mirko), Goran Navojec (Roko), Toni Mihajlovski (Azem)...
  • Date de sortie : 16 janvier 2013
  • Durée : 1h55

La Parade

de Srđan Dragojević

Marche serbe


Marche serbe

Mal­gré la force poli­tique de son sujet et sa notoriété acquise aux Balka­ns et dans les fes­ti­vals, l’engouement autour de La Parade laisse quand même per­plexe. Évo­quer la pre­mière Gay Pride de Bel­grade en util­isant la comédie était, certes, une bonne idée pour fédér­er le grand pub­lic. Mais encore eût-il fal­lu éviter les pon­cifs et l’hu­mour facile.

Après un mal­heureux con­cours de cir­con­stances, un par­rain macho de la pègre de Bel­grade se voit con­traint d’assurer la sécu­rité de la pre­mière Gay Pride du pays. Accom­pa­g­né d’un vétéri­naire homo­sex­uel, il part à la recherche d’anciens mer­ce­naires pour l’aider dans sa mis­sion.

Par­ler de La Parade pose un vrai cas de con­science. Peut-on s’autoriser à émet­tre des réserves envers une œuvre dont l’existence même a une portée poli­tique et human­iste en Ser­bie ? À titre indi­catif, après une ten­ta­tive avortée en 2001, il a fal­lu atten­dre 2011 pour qu’une pre­mière Gay Pride ait lieu à Bel­grade, et ce fut sans compter la présence mas­sive des policiers pour con­tr­er les hooli­gans. Le réal­isa­teur voit, lui-même, son film comme un «devoir de citoyen» dans un pays où l’homophobie reste tou­jours vir­u­lente. L’ambition de La Parade est donc à la fois mil­i­tante et péd­a­gogique, d’où le recours à la comédie, genre qui per­met de touch­er le grand pub­lic. Le pari est en par­tie gag­né dans la mesure où le film, comme une revanche face aux dif­fi­cultés ren­con­trées lors du tour­nage, a été l’un des suc­cès sur­prise du box-office aux Balka­ns. Il a ain­si ouvert le débat et a médi­atisé, grâce à sa belle expo­si­tion dans de nom­breux fes­ti­vals inter­na­tionaux, la manière dont les homo­sex­uels sont stig­ma­tisés en Ser­bie. Mais d’un point de vue pure­ment formel, c’est une autre sinécure.

Le prin­ci­pal point noir de La Parade est son scé­nario alam­biqué et fourre-tout qui fait la part belle aux stéréo­types et aux clichés. Trop de pistes sont lancées et le film donne l’impression de rac­crocher avec dif­fi­culté tous ses wag­ons. Par­ler à la fois d’homophobie mais aus­si du machisme ou encore de prob­lé­ma­tiques liées à l’histoire du pays (via la ren­con­tre entre les mil­i­taires serbes, musul­mans et bosni­aques) était sûre­ment trop ambitieux. Les ressorts comiques ne bril­lent pas non plus par leur finesse. Certes, nous avons eu, nous aus­si, nos Cage aux folles et autres Pédale douce. Mais même en prenant en compte les décalages cul­turels et le fait que la Ser­bie en est encore à son pre­mier film gay com­mer­cial, la car­i­ca­ture dont sont vic­times les per­son­nages homo­sex­uels est à deux doigts de desservir le sujet. Hys­tériques, ce sont des Zaza Napoli nou­velle généra­tion, réduits à rouler dans des voitures ros­es, à écouter de l’opéra ou à boire en lev­ant le petit doigt. Les traits finis­sent par être grossiers, l’humour peut sub­til et la mise en scène approx­i­ma­tive n’aide pas à rehauss­er le ton. La sec­onde par­tie du film rec­ti­fie un peu le tir. Le face-à-face entre l’homosexuel flam­boy­ant et le gros dur obligé de revoir cer­tains de ses préjugés donne lieu à quelques scènes qui prê­tent à sourire.

De fait, le con­traste avec le final, seul moment con­va­in­cant de La Parade, accentue d’autant plus ces faib­less­es. Dans cette dernière séquence, nous assis­tons à la con­fronta­tion entre les hooli­gans, les mem­bres de la Gay Pride et les hétéros désor­mais acquis à la cause des mil­i­tants. Sans qu’on s’y attende, cette scène frappe par sa justesse, la vio­lence de ses images, l’émotion qu’elle sus­cite et les ques­tions qu’elle provoque. Devant ce témoignage ter­ri­ble d’une homo­pho­bie bien ancrée en Ser­bie, la rai­son d’être (voire la néces­sité) du film prend tout d’un coup réelle­ment sens. Et on ne peut que regret­ter que la marche pour arriv­er à ce con­stat ait été aus­si laborieuse.

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