Maniac

Maniac

de Franck Khalfoun

  • Maniac
  • France2012
  • Réalisation : Franck Khalfoun
  • Scénario : Alexandre Aja, Grégory Levasseur
  • d'après : le film Maniac
  • de : William Lustig (scénario : C.A. Rosenberg, Joe Spinell)
  • Image : Maxime Alexandre
  • Montage : Baxter
  • Musique : Rob
  • Producteur(s) : William Lustig, Thomas Langmann, Alexandre Aja, Grégory Levasseur
  • Interprétation : Elijah Wood (Franck), Nora Arnezeder (Anna), America Olivo (mère de Franck), Liane Balaban (Judy)...
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 2 janvier 2013
  • Durée : 1h29

Maniac

de Franck Khalfoun

L'homme qui scalpait les femmes


L'homme qui scalpait les femmes

Le duo d’expatriés français Alexan­dre Aja et Gré­go­ry Lev­asseur, passés maîtres en remak­age de films d’horreur cultes (La colline a des yeux, Piran­ha) out­re-Atlan­tique récidive en ce début d’année en remet­tant au goût du jour Mani­ac, le film pois­seux de William Lustig. Délais­sant la réal­i­sa­tion pour la pro­duc­tion, Aja place Franck Khal­foun, acteur en son temps du Grand Par­don 2 (d’Alexandre Arcady, le père d’Aja), dans lequel jouait Jen­nifer Beals, décou­verte dans Flash­dance, dont le titre phare “Mani­ac” est un hom­mage au métrage de Lustig. Ce tour de chaise musi­cale ciné­matographique présente surtout l’intérêt de met­tre en lumière la méth­ode Aja, entre recy­clage du pat­ri­moine famil­ial et sédi­men­ta­tion d’une cul­ture bis assumée. Mais la déférence à un clas­sique de l’horreur est-elle un gage de réus­site ?

Les fans du Mani­ac orig­i­nal, inter­prété par un Joe Spinell glaçant, ont poussé des cris d’orfraie quand le nom d’Elijah Wood, estampil­lé Hob­bit, fut con­fir­mé pour enfil­er la défroque du scalpeur fou. Avec sa peau diaphane et son vis­age enfan­tin, l’acteur est loin d’inspirer l’angoisse que la car­casse de Spinell sus­ci­tait dès son appari­tion dans le cadre. Et pour­tant, dans la ver­sion 2013, le choix du jeune homme, indo­lent et presque trans­par­ent se révèle être l’une des forces du film. Cam­pant Franck Zito, garçon timide, pro­prié­taire d’une bou­tique de man­nequins défraichie, Eli­jah Wood se joue du con­tre-emploi avec brio. Tan­dis que Lustig avait choisi une nar­ra­tion immer­sive, col­lée aux talons de son pro­tag­o­niste, Khal­foun va encore plus loin en optant pour une réal­i­sa­tion en caméra sub­jec­tive. Seuls les miroirs ren­voient l’image du tueur, le spec­ta­teur devant se con­tenter de plans par­tiels, une main par-ci, un pied par-là. Si le dis­posi­tif s’essouffle au cours du film, il n’en est pas moins une ten­ta­tive intéres­sante de voir à tra­vers les yeux d’un meur­tri­er. La prox­im­ité physique avec les vic­times, l’effroi face à la mort, l’émoi sex­uel provo­qué par Anna (Nora Arnezed­er), sont autant de moments où la machine ciné­matographique parvient à repro­duire la sen­sa­tion, le sen­ti­ment, bref l’insaisissable chimie des corps en présence. La danse macabre qui inau­gure un des meurtres, portée par le titre “Good­bye Hors­es” (déjà enten­du dans Le Silence des agneaux), joue par­faite­ment sur ces enjeux de mise en scène du char­nel, ou com­ment le corps sup­pli­cié et le corps désiré ne font qu’un.

Le monde de plas­tique qui entoure le per­son­nage fait par­faite­ment écho à cette théorie de la chair et des pul­sions qu’elle sus­cite. Les nom­breux man­nequins qui hantent la bou­tique de Franck incar­nent le féminin dans une per­fec­tion idéal­isée. Et dire que les femmes sym­bol­isent le cœur de Mani­ac n’est pas un vain mot. La mère dis­parue, déclencheur de la folie meur­trière du per­son­nage, Anna, vierge immac­ulée, rédemptrice poten­tielle et fig­ure expi­a­toire et les vic­times, scalpées. Leur ôtant leur chevelure, quin­tes­sence de la féminité, Franck recon­stru­it un monde matri­ar­cal, dans son antre. Il y habille ses man­nequins, les coiffe de ses trophées, leur par­le. Encore une fois, le choix de l’immersion s’avère payant, tant la fas­ci­na­tion de Franck prend le pas sur l’horreur qu’on devrait légitime­ment ressen­tir face à ce spec­ta­cle en putré­fac­tion. Mais mal­heureuse­ment, le métrage s’éloigne peu à peu de la folie de Franck (le moteur nar­ratif et esthé­tique majeur de l’original) pour s’enliser dans une idylle peu crédi­ble, jusqu’à un final bur­lesque et scé­nar­is­tique­ment bâclé. Les remakes d’Aja (en réal­i­sa­tion et en pro­duc­tion) avaient jusque-là su mari­er les notions d’hommage et d’originalité, actu­al­isant des films cultes sans en dévoy­er la portée sub­ver­sive. Mani­ac sur son dernier quart d’heure fait men­tir cette règle. Grâce à son car­ac­tère délétère et mal­gré son ancrage très (trop) années 1980, le Mani­ac de Lustig demeure indé­ni­able­ment une référence du ciné­ma bis.

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