Les Mondes de Ralph

Les Mondes de Ralph

de Rich Moore

  • Les Mondes de Ralph
  • (Wreck-It Ralph)
  • États-Unis2012
  • Réalisation : Rich Moore
  • Scénario : Jennifer Lee, Phil Johnston, Rich Moore, Jim Reardon
  • Musique : Henry Jackman
  • Producteur(s) : Clark Spencer, John Lasseter, Monica Lago-Kaytis
  • Interprétation : John C. Reilly / François-Xavier Demaison (Ralph), Sarah Silverman / Dorothée Pousséo (Vanellope), Jack McBrayer / Donald Reignoux (Felix)...
  • Direction artistique : Ian Gooding
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Date de sortie : 5 décembre 2018
  • Durée : 1h41

Les Mondes de Ralph

de Rich Moore

5€ les 100g


5€ les 100g

Alors que la blo­gosphère bruisse du dernier avatar du mar­ronnier médi­a­tique selon lequel notre belle jeunesse part à vau-l’eau à cause des jeux vidéo, Les Mon­des de Ralph se présente comme un hom­mage appuyé et respectueux aux enfants de l’ère du jeu infor­ma­tique. Un baume pour les geeks de tous âges ? Pas sûr. Unique­ment préoc­cupé d’ef­fleur­er ses références – et par là-même de raf­fer­mir son emprise sur son pub­lic-cible –, Les Mon­des de Ralph se révèle n’être avant tout qu’un gigan­tesque place­ment de pro­duit – Coca-Cola a dû pay­er fort cher sa par­tic­i­pa­tion au film… – aux couleurs cri­ardes. Beurk.

Aux dernières nou­velles, Dis­ney est un ogre. L’ac­qui­si­tion récente – et très médi­atisée – de Lucas­film, faisant suite à celle de Pixar et de Mar­vel, laisse plan­er l’om­bre des Oreilles-de-Mick­ey sur une large part du ciné­ma de diver­tisse­ment. Et la souris sem­ble bien déter­minée à dis­soudre l’o­rig­i­nal­ité de ses appen­dices dans le creuset de l’u­nivers tourné vers le passé dont font état ses pro­duc­tions récentes (La Princesse et la Grenouille, Raiponce). Aus­si trou­ve-t-on au générique des Mon­des de Ralph des noms bien con­nus, tels que celui de John Las­seter, attaché à de nom­breux pro­jets de Pixar.

Ce n’est pas le seul emprunt : Les Mon­des de Ralph est, ain­si, une véri­ta­ble machine à recy­cler. L’idée de départ – les per­son­nages virtuels de la salle de jeux vidéo pour­suiv­ent leur exis­tence dans leur monde à eux une fois les joueurs par­tis et les portes refer­mées – est directe­ment emprun­tée aux Toy Sto­ries, tan­dis que le tan­dem des per­son­nages prin­ci­paux – un gros bon­homme et une petite gamine – rap­pelle de façon trou­blante les Sul­ley et Boo de Mon­stres & Cie. Hors de ques­tion, cepen­dant, de se laiss­er aller aux ater­moiements mélan­col­iques de Woody et autres per­son­nages de Toy Sto­ry : ici, Ralph-la-Casse appren­dra qu’il a beau aspir­er à devenir gen­til, lui qu’on a pro­gram­mé méchant, il n’au­ra nulle­ment le droit de sor­tir de sa case. Les Mon­des de Ralph place l’essen­tiel de son intrigue dans le monde du jeu « Sug­ar Rush », un monde sucré à l’ex­cès dont la vision déclenchera à n’en pas douter des crises chez les spec­ta­teurs dia­bé­tiques. Chamar­ré, sat­uré de couleurs pétantes, l’u­nivers de « Sug­ar Rush » tente de dis­simuler, sous la pro­fu­sion de tons, une pau­vreté visuelle étonnante[ref]Ce qui vaut d’ailleurs pour l’ensem­ble des graphismes – aus­si est-on éton­né d’en­ten­dre un per­son­nage issu du jeu de Ralph s’ex­tasi­er devant le faciès issu d’une femme issue d’un autre jeu : « Woaw, vous êtes en haute déf­i­ni­tion ! », alors que les expres­sions faciales dévolues audit per­son­nage sont effroy­able­ment limitées…[/ref]. Plus que la con­struc­tion d’un univers, il sem­ble avant tout s’a­gir de plac­er des per­son­nages con­nus, et surtout, en lieu et place de per­son­nages, dans le monde 100% con­fisé de « Sug­ar Rush », des mar­ques de sucreries con­nues. La place royale revenant à Coca-Cola (Light, atten­tion !) pour ce qui con­stitue un des place­ments de pro­duits les plus bru­taux jamais vus à l’écran.

Le pré­texte per­me­t­tant de met­tre Coca-Cola en avant dans le cli­max du film peut être érigé en sym­bole de la légèreté avec laque­lle le scé­nario est traité : tout n’est que pré­texte. Pré­texte à des cita­tions clins d’œil des­tinées à s’as­sur­er l’ad­hé­sion des geeks, pré­texte à des cours­es-pour­suites qui, com­par­a­tive­ment, mon­trent à quel point il faudrait réé­val­uer à la hausse le dynamisme des séquences de voitures de Speed Rac­er, dynamisme ici cru­elle­ment absent, pré­texte, enfin et surtout, à mul­ti­pli­er les place­ments de pro­duits.

Clin­quant et écœu­rant, Les Mon­des de Ralph a tout de la bou­tique de sucrerie où l’on se sert soi-même : un choix de frian­dis­es fait pour plaire à tous, cher pour ce que c’est, qui colle aux dents et que l’on regrette juste après. Plus ennuyeux : le film estime suff­isante son idée-procédé, sans jamais paraître s’y intéress­er vrai­ment. À l’heure où le jeu vidéo offre, nar­ra­tive­ment et visuelle­ment, une alter­na­tive sérieuse au ciné­ma, Les Mon­des de Ralph le con­sid­ère d’une façon super­fi­cielle et con­de­scen­dante – une atti­tude d’au­tant plus déplacée que la com­para­i­son joue large­ment en sa défaveur…

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Pinocchio
Pinocchio
Encanto, la fantastique famille Madrigal
Encanto, la fantastique famille Madrigal
Jungle Cruise
Jungle Cruise
Cruella
Cruella
Mulan
Mulan
La Reine des neiges 2
La Reine des neiges 2
Le Roi Lion
Le Roi Lion
Dumbo
Dumbo
Le Retour de Mary Poppins
Le Retour de Mary Poppins
Un raccourci dans le temps
Un raccourci dans le temps
La Belle et la Bête
La Belle et la Bête
Peter et Elliott le Dragon
Peter et Elliott le Dragon