Whit Stillman

Whit Stillman

  • Entretien réalisé à Paris par Sophia Collet le 27 septembre
  • Whit Stillman


    Alors que sort enfin Damsels in Dis­tress, son qua­trième film après Met­ro­pol­i­tan (1990, Prix de la Cri­tique Inter­na­tionale à Cannes), Barcelona (1996) et Les Derniers Jours du dis­co (1998), il fal­lait ren­con­tr­er Whit Still­man, cinéaste new-yorkais rare et fran­cophile qui a longtemps vécu à Paris, et ain­si met­tre en lumière son comique chaleureux et unique. Dans un café de Saint-Ger­main-des-Prés, Still­man ne pou­vait qu’être à son aise, même en français, lui dont les films reposent en pre­mier lieu sur la joie de l’amitié et des com­mu­nautés musi­cales. Enfin de retour, il déclare pour com­mencer : « Je vais vous faire une con­fi­dence : mon vrai nom est “Abba” Whit Still­man. Dans la liste des entre­tiens de Critikat, je suis le tout pre­mier, même avant le réal­isa­teur africain. (Abder­rah­mane Sis­sako – ndlr) » Tout son humour est déjà là.

    En 1998, avec Last Days of Dis­co, vous nous aviez lais­sés avec une comédie sen­ti­men­tale sur un groupe de jeunes diplômés fans de dis­co dont les rela­tions ne ces­saient de per­muter. Finale­ment, Damsels in Dis­tress reprend le même canevas, mais sem­ble le raf­fin­er et affirmer une vraie pos­ture comique qui vous détache des références de l’époque (Rohmer new-yorkais ou dis­ci­ple de Woody Allen). C’est vous qui avez écrit le script. Qu’aviez-vous en tête en l’élaborant, qu’est-ce qui l’a motivé ?

    Je voulais en fait chang­er et devenir un scé­nar­iste qui vit de ses scripts. C’est ce que j’ai tou­jours voulu faire. Je le fai­sais avant, de temps à autre, pour gag­n­er ma vie. C’est une psy­cholo­gie dif­férente. C’est plus dif­fi­cile de mon­ter les films si on pense comme ça. En 1999–2000, j’avais un pro­jet à la télévi­sion, un con­trat pour écrire un drame sur Wall Street, ce qui m’intéressait énor­mé­ment puisque je suis issu d’une famille de ban­quiers. Lorsqu’ils ont annon­cé qu’un autre pro­jet sur le sujet avait été acheté, on m’a demandé de chang­er l’histoire, le tout en six semaines. Sinon, la chaîne ne payait pas. Je me suis dit : « qu’est-ce que je peux faire ? », et j’ai enten­du par­ler d’un groupe de six filles qui ont changé leur monde en met­tant des par­fums très forts, en s’habillant très bien, en faisant la fête, et c’était la joie. Avant, j’étais déprimé et j’ai pen­sé que c’était une bonne his­toire. Je suis passé de six filles à qua­tre (pour des raisons économiques de ciné­ma indépen­dant améri­cain) et je leur ai don­né dès le départ des prénoms de fleurs. Il y avait aus­si ce sys­tème de fra­ter­nités avec des let­tres romaines, pas grec­ques, qui est un peu une blague car à Har­vard il y a des let­tres romaines, c’est très snob – pas comme le reste du pays.

    C’était moins réal­iste que mes autres films mais c’était impos­si­ble d’imaginer le scé­nario sans cela. Je n’avais rien conçu du scé­nario à part ces idées. J’avais eu cette série d’échecs à Lon­dres, en Chine, en Jamaïque… J’avais des pro­duc­teurs anglais qui, à chaque fois, avaient un prob­lème et les pro­jets ne se fai­saient pas. Finale­ment, je suis ren­tré aux États-Unis et j’ai écrit cette comédie que Liz Glotzer de Cas­tle Rock, la société de pro­duc­tion de Rob Rein­er, a pro­duite. J’ai écrit le scé­nario assez vite. Dans mes pro­jets de ces dix dernières années, tout était changé. Avec mon scé­nario en Jamaïque, j’ai dérangé les Anglais parce qu’il y avait des anges. Dans les comédies améri­caines, on a l’habitude des anges comiques. Il y avait un film avec Cary Grant sur l’ange Michael dans les années 1930. Dans Damsels in Dis­tress, il y a des his­toires de filles et de garçons mais d’une manière irréal­iste. Il y a d’autres films qui ont fait des choses sim­i­laires que j’ai beau­coup aimés, mais je ne peux pas les citer parce qu’ils ne sont pas appré­ciés ici, en France. J’aime beau­coup les comédies français­es grand pub­lic, comme celles de Fran­cis Veber. Je ne veux pas déranger la cri­tique française. Il y a trop de préjugés sou­vent vis-à-vis de ça, tout doit être réal­iste. C’est tou­jours val­orisé mais je pense que ce n’est pas un bon critère. C’est plus facile de réus­sir avec un film réal­iste, les films fan­tas­tiques ne marchent pas bien.

    Ce qui frappe dans ces deux films, c’est la cir­cu­la­tion des motifs entre les films : la rival­ité brune ver­sus blonde, une cru­elle perte d’innocence (ici avec « l’amour à la Cathare »), un groupe de jeunes étu­di­ants éli­tistes, un goût pour la danse qui finit en apothéose. Que sont ces motifs pour vous ?

    Il n’y a pas beau­coup de monde qui pense ça. Beau­coup pensent qu’il y a une grande dif­férence entre ce film et les autres. Il y a une chose, c’est que j’aime les deux actri­ces de la même manière. J’adore Chloë Sevi­gny, j’adore Gre­ta Ger­wig. C’est intéres­sant car elles arrivent à leur objec­tif d’une manière com­plète­ment dif­férente. J’ai envie de faire jouer les deux dans un film, ensem­ble.

    Sur les motifs brune/blonde, c’est très bizarre parce que beau­coup de gens aiment la brune de Damsels in Dis­tress, Analeigh Tip­ton. C’est une très bonne actrice, mais elle rend le rôle trop sym­pa­thique. Dans ma tête, elle était très belle pour les hommes mais un peu opaque, peu intéres­sante, con­formiste. Pas comme Kate Beck­in­sale dans Last Days of Dis­co, elle, elle était méchante. Mais c’est très bien de regrouper ces deux films. L’idée que j’avais, c’était qu’à la fin des Derniers Jours du dis­co, la fan­taisie com­mence. Je me suis dit que ce film, Damsels in Dis­tress, con­tin­uerait ça. Ça n’est pas vrai­ment la con­tin­u­a­tion du film, c’est celle de son final. Mais c’est vrai que Barcelona repre­nait ces motifs, une « bonne blonde » et une brune antipathique. Il n’y a que dans Met­ro­pol­i­tan qu’il y a une « bonne brune » !

    Sur la danse, c’est l’utopie sociale qui me man­quait quand je suis sor­ti de l’université. C’était avant l’époque du dis­co et c’était ter­ri­ble, la vie mondaine ; il n’y avait pas d’affection, pas de lien entre les gens. Je me sou­viens, je lisais Tol­stoï et, pour moi, c’était une utopie, cette famille, ces amis où, dans les grands bals, tous se con­nais­sent. Dans le monde mod­erne, on a per­du ça. À l’époque, en 1976, il n’y avait pas de bonne musique, pas de danse. À seize ans, je suis venu à Paris à l’été 1968, en juin, avec un groupe de vingt-cinq filles et garçons, BCBG, venus des grandes écoles. C’était génial, il y avait plein de petites dis­cothèques, alors qu’à New York, Lon­dres, on dan­sait un peu mais c’était chic. C’est une des plus belles expéri­ences que j’ai eues. Et c’est grâce à ce voy­age en France que j’ai trou­vé un type très socia­ble qui m’invitait sou­vent et que j’ai eu la matière pour Met­ro­pol­i­tan. J’adorais les dis­cothèques des années 1960. Tout ça n’existait plus dans les années 1970. Il y a eu ces cinq années de drogues, de dépres­sion où j’avais les cheveux longs et qui ont fait que j’ai adoré quand la musique dis­co est arrivée. Pen­dant les années 1960, la musique de la Motown, dans les radios améri­caines, était séparée de celles qui pas­saient de la musique pop. Du coup, je n’aimais pas. En fait, il y avait une ségré­ga­tion musique noire / musique blanche. Ce n’est que des années après que j’ai décou­vert ça : Harold Melvin, Gam­ble & Huff, Philly Soul… On a mis beau­coup de musiques dans Les Derniers Jours du dis­co mais ça, c’était vrai­ment celle de l’époque que j’écoutais.

    Il y a une unité, quelque chose qui prend bien, en tout cas, dans ces motifs du dis­co, de la danse, du groupe.

    C’est quelque chose d’utopique parce que je n’ai pas beau­coup con­nu ça. Sauf à Paris. Je sais que c’est un peu cliché mais ici, on dis­cute avec quelqu’un de pro­jets sérieux au déje­uner et on peut inviter d’autres per­son­nes à vous rejoin­dre pour dîn­er, et con­tin­uer. J’adore ça.

    Mais dans Les Derniers Jours du dis­co, c’est plus décep­tif sur cette ques­tion, à la dif­férence de Damsels….

    Oui, dans Les Derniers Jours…, je voulais prévenir mes filles, elles étaient jeunes à l’époque. Il y a des gens méchants dans le monde : pré­cau­tion sur les hommes. C’est un peu édu­catif pour les filles. Ma fille cadette est à l’université et joue avec ses amies dans la pre­mière scène de danse, au D.U. dans Damsels… (la fra­ter­nité du copain de Vio­let – ndlr).

    Le comique est très lan­gagi­er, tout repose sur les échanges. Com­ment con­cevez-vous la comédie ?

    C’est très dif­fi­cile pour moi de com­mencer un scé­nario. C’est créer un monde, une série de per­son­nages. Je suis tout seul, je bois énor­mé­ment de café et je pense à ce que le per­son­nage peut avoir comme idée. Dans la comédie, les per­son­nages ont sou­vent une idée fixe et je veux qu’il y ait des vérités dans le film. Pas une vérité figée mais une vérité des idées, des émo­tions, com­ment les gens sont entre eux. Sou­vent, il y a une déc­la­ra­tion où il avoue tout à un autre per­son­nage. J’écris ça, et je reste les autres journées suiv­antes à me dire : « Ce que le per­son­nage a dit n’est pas vrai, il faut élim­in­er ça. » Et puis je me dis : « Non, il faut que l’autre per­son­ne dise le con­traire, cor­rige ça. » Et je con­tin­ue à dire, cor­riger, dire, cor­riger… J’ai un point de vue mais je ne veux pas qu’il soit dom­i­nant pour le spec­ta­teur. Je pense qu’il y a des films ten­dan­cieux où il y a une manip­u­la­tion que je ne trou­ve pas cor­recte. Par exem­ple, ça n’a rien à voir, mais dans La Bataille d’Alger de Pon­tecor­vo, il y a un point de vue du côté des Algériens mais le film devient telle­ment cor­rect que tout le monde peut voir le film et penser ce qu’il veut. J’ai mes préférences, et moi j’aime bien ça. Dans mon film, j’ai pen­sé que les gens pour­raient ne pas aimer ces per­son­nages, que cer­tains les détesteraient et pour­raient peut-être quand même aimer le film. Il y a beau­coup de monde qui déteste le film, j’espère qu’à long terme ils l’apprécieront.

    Ce qui frappe, c’est que dans la comédie, c’est sou­vent bal­isé, on sait si c’est absurde, acide, névro­tique à la Woody Allen… Dans Damsels…, ça donne un genre de comédie com­plète­ment nou­veau.

    Oui, les élé­ments changent. Ce n’est pas fixe. À une époque je souf­frais de ne pas réus­sir mes pro­jets. Pour ce film, c’était étrange parce que le con­trat, c’était d’écrire trente pages, pour voir. C’était telle­ment heureux, ce scé­nario, avec toutes ces idées comiques qui me venaient sur les per­son­nages. Le dernier tiers, surtout, est un peu à part. On m’a reproché d’inclure des élé­ments nou­veaux. Nor­male­ment, il faut ter­min­er dans un film sur les thès­es qu’on a lancées. J’ai tourné le film sans décider ce qu’on peut élim­in­er du dernier tiers. Il est pos­si­ble que j’aie trop coupé. Il y a une séquence vrai­ment géniale avec Adam Brody, vers la fin du film, que l’on pour­ra voir quand il sor­ti­ra en DVD. Peut-être que c’était une erreur mais les dis­trib­u­teurs me dis­aient de faire tou­jours plus court. Mais c’était vrai­ment la meilleure séquence du per­son­nage d’Adam Brody dans le film.

    Com­ment vos comédies sont-elles perçues aux États-Unis ?

    J’ai eu le sen­ti­ment que l’expérience de Met­ro­pol­i­tan était de trop. C’était un peu un « film-Cen­drillon ». Je pense que c’est un peu sures­timé. Je ne peux plus faire un film sans qu’il y ait une com­para­i­son avec Met­ro­pol­i­tan. Ce n’est pas intéres­sant pour moi parce que j’aime tou­jours plus le dernier film. Je pense qu’il y a des choses plus intéres­santes dans Damsels…. À chaque film, c’est comme si le dernier était mieux. La sor­tie des Derniers Jours du dis­co était assez dif­fi­cile aux États-Unis, et main­tenant c’est l’inverse.

    Est-ce que vous pensez un jour faire autre chose que des comédies ?

    Oui, j’aimerais bien mais c’est un peu trop tard main­tenant. Mes pro­jets pen­dant ces dix années étaient très dif­férents. Main­tenant je suis plus âgé, il faut vrai­ment que je fasse mes films. J’ai trois ou qua­tre scé­nar­ios assez com­plets. Peut-être que mon film jamaï­cain, je vais le faire presque sans argent parce que l’acheteur des droits du film ne veut pas d’histoires avec des per­son­nages noirs. Je ne sais pas, c’est plutôt un prob­lème en Europe qu’aux États-Unis. Il faut que je fasse ce film avec peu d’argent. Mais je me dis qu’en Europe il y a un intérêt cer­tain pour tout ce qui con­cerne la musique noire, les Caraïbes. Mais Spike Lee a fait des films qui ne sont pas sor­tis en Europe, comme son deux­ième film, School Daze (1988, con­nu sous le nom de Classe tous rires – ndlr). Je l’aime beau­coup, il y a beau­coup de par­al­lèles avec Damsels…. Il utilise très bien cette musique dont j’ai par­lée, la « Philly Soul ».

    On sent que la ren­con­tre avec Gre­ta Ger­wig a été déter­mi­nante pour Damsels in Dis­tress. Com­ment l’avez-vous décou­verte ?

    Oui, elle a été très impor­tante. J’avais une autre idée d’actrice, très sym­pa­thique, très bien pour le marché étranger, pour Vio­let ; et Gre­ta pour Lily. Parce qu’au départ je pen­sais Lily comme une belle femme, donc comme c’était une belle blonde… Et puis j’ai dis­cuté avec elle et elle m’a dit qu’elle aimerait faire le film, qu’elle aimait bien Lily mais qu’elle préférait jouer Vio­let. Et elle a insisté pour mon­tr­er qu’elle pou­vait chanter et danser. C’est une fille très gaie, très sym­pa­thique, très intel­li­gente. Elle n’est pas com­pliquée. C’est une chic fille. C’est une comé­di­enne qui vient en plus du milieu de mes per­son­nages. Elle était au Barnard Col­lege, a fait l’école de filles de Colum­bia où elle a fait des musi­cals. Elle a com­mencé comme danseuse à douze ans. Je vais refaire un film avec elle, Chloë Sevi­gny, Adam Brody et Chris Eige­man, c’est mon acteur fétiche depuis les autres films. J’adore tra­vailler avec les mêmes acteurs si je peux. Sur Damsels…, j’aime beau­coup les acteurs comiques qui jouent Frank, Thor…

    Et puis il y a la ren­con­tre avec Lena Dun­ham.

    Oui, elle est arrivée comme actrice pour le rôle de Heather qui est un peu cliché, sexy. C’était une journée où j’étais déprimé parce qu’il y avait de très bons comé­di­ens mais le scé­nario son­nait comme du plomb. J’ai douté de tout. Et elle était très ent­hou­si­aste, elle savait quoi faire de notre script très étrange, c’est-à-dire le ren­dre humain et comique. On est devenus très amis. Elle m’a présen­té sa pro­duc­trice de Tiny Fur­ni­ture, Ali­cia Van Cou­ver­ing, qui avait l’habitude des films à petits bud­gets ce qui fait qu’on a bien géré l’argent du film. Au dernier moment, Lena n’a pas pu faire son caméo, elle n’avait pas le temps. Aubrey Plaza, Lena, Gre­ta, c’est un peu un Brat Pack. Ses amis du mum­blecore nous ont beau­coup aidés. Il y avait moi, et tous les autres qui avaient moins de 25–30 ans. C’était moi qui les suiv­ais, surtout avec la ques­tion des tech­nolo­gies numériques.

    Je sup­pose que c’est une ques­tion qui revient tout le temps, un peu ennuyeuse peut-être mais, comme vous êtes sou­vent com­paré à Woody Allen, quel est votre sen­ti­ment à l’égard de ça ? Vous sen­tez-vous proche de son ciné­ma ou est-ce une pure lubie de cri­tique ?

    Quand Met­ro­pol­i­tan est sor­ti, beau­coup de cri­tiques l’ont décrit pour leurs lecteurs comme un film quelque part entre Woody Allen et Éric Rohmer – ce n’était pas « comme » mais « entre » eux. Je ne me rendais pas pleine­ment compte de la dette que nous avions envers Woody Allen qui a en quelque sorte créé l’atmosphère ciné­matographique dans laque­lle nous baignons. Mais c’est le pre­mier des qua­tre films qui sem­ble avoir un lien plus direct dans le sens où il s’est tou­jours risqué à aller au-delà du cadre du nat­u­ral­isme pour un amour plus grand – celui de la bonne blague.

    De manière générale, durant ces quinze dernières années, la comédie US a beau­coup changé. Quels films, acteurs, réal­isa­teurs vous ont sem­blé impor­tants ? Et au-delà des États-Unis, comme vous évo­quiez les comédies français­es. Je suis curieuse de savoir ce qui vous a intéressé, inspiré ou ce qui vous a déplu dans les comédies durant cette péri­ode.

    La plu­part des films de cette péri­ode que j’ai aimés et qui m’ont inspiré ont été si détestés par les cri­tiques que je n’ose pas les men­tion­ner ! La série Des­per­ate House­wives a fait, je trou­ve, un usage très intel­li­gent d’une struc­ture nar­ra­tive com­bi­nant la comédie au drame. J’aimerais un jour utilis­er cela à d’autres fins. Bien sûr, j’aime Rush­more de Wes Ander­son, bien qu’il ait com­plète­ment divisé ma famille. Pour moi, Bill Mur­ray est l’ingrédient secret de la réus­site des comédies «indé» améri­caines (Bro­ken Flow­ers, Lost in Trans­la­tion, La Vie aqua­tique). Je regrette de n’avoir jamais eu la chance de faire un film avec lui – et les priv­ilèges qui vont avec ! J’ai finale­ment décou­vert Will Fer­rell en emmenant mes filles voir Elfe à l’UCG Les Halles et je l’ai ren­con­tré plus tard. Il est aus­si drôle et char­mant à la ville qu’à l’écran. En un sens, la par­tie sur la fra­ter­nité D.U. de Damsels est un film de Will Fer­rell juniors. J’admire énor­mé­ment les comédies grand pub­lic français­es – ter­ri­toire que les stu­dios améri­cains ont large­ment aban­don­né à l’acquisition de droits pour en faire des remakes, comme une petite indus­trie. Je pen­sais que La Dilet­tante aurait bien pu faire un bon remake pour des auteurs de comédies améri­cains qui ont per­du en inspi­ra­tion.

    Quels sont vos pro­jets main­tenant ? Vous évo­quiez un film sur­prenant en Jamaïque, est-ce celui avec Chloë Sevi­gny, Gre­ta Ger­wig et Adam Brody ? Pour­riez-vous avoir un pro­jet en France ?

    Pen­dant les sept ans où j’ai vécu à Paris, entre la pub­li­ca­tion de mon roman, The Last Days of Dis­co, with Cock­tails at the Pet­ross­ian After­wards (Far­rar, Straus & Giroux, 2000 – ndlr) et le moment où je suis par­ti pour Madrid puis pour les États-Unis en 2007, j’ai pu tra­vailler à bon nom­bre de scé­nar­ios dont qua­tre pour­raient faire de bons films selon moi. Mais à cause des com­pli­ca­tions sur la ques­tion des droits, je n’en tourn­erai prob­a­ble­ment que trois d’entre eux. J’ai appris qu’il était mieux de ne par­ler d’aucun pro­jet qui ne soit déjà tourné. Donc le seul dont je par­le est celui que j’ai évo­qué dans un arti­cle du Guardian en 2006. C’est un film autour d’un groupe de jeunes gens d’une église jamaï­caine l’année de l’indépendance de l’île, en 1962. Ils décou­vrent le monde (they come out into the world – ndlr) à la grande époque du ska et du rock­steady jamaï­cains qui seront l’arrière-plan du film. Ce scé­nario a viré au fan­tas­tique avec l’apparition d’anges – Damsels n’est donc pas mon coup d’essai pour échap­per au nat­u­ral­isme.

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