Do Not Disturb

Do Not Disturb

de Yvan Attal

  • Do Not Disturb
  • France2012
  • Réalisation : Yvan Attal
  • Scénario : Yvan Attal, Olivier Lecot
  • d'après : le film Humpday
  • de : Lynn Shelton
  • Image : Thomas Hardmeier
  • Montage : Jennifer Augé
  • Producteur(s) : Mikaël Abécassis
  • Production : Les Films du 24, France 2 Cinéma, Films sous influence, TF1 Droits Audiovisuel
  • Interprétation : Yvan Attal (Ben), François Cluzet (Jeff), Laetitia Casta (Anna), Asia Argento (Monica), Charlotte Gainsbourg (Lilly)...
  • Distributeur : UGC Distribution
  • Date de sortie : 3 octobre 2012
  • Durée : 1h28

Do Not Disturb

de Yvan Attal

Bande avec les mous


Bande avec les mous

Yvan Attal aux com­man­des du remake français d’un petit film indé améri­cain : pourquoi pas ? Surtout quand le film en ques­tion, le pass­able Hump­day, racon­te l’his­toire plutôt gon­flée de deux vieux potes hétéros qui déci­dent, sous le coup d’un pari stu­pide, de couch­er ensem­ble pour les besoins d’un fes­ti­val de porno ama­teur. Prob­lème : la ver­sion d’At­tal s’avère encore plus faux-cul que l’o­rig­i­nale.

Lost in transgression

Il y a trois ans, Hump­day émoustil­lait gen­ti­ment la Quin­zaine des Réal­isa­teurs en posant la ques­tion suiv­ante : «Avez-vous déjà essayé votre meilleur ami ?» Label­lisée Sun­dance, la petite comédie pseu­do-éro­tique de Lynn Shel­ton, tournée avec un bud­get riquiqui, jouait la provoc en met­tant en scène deux mecs hétéros, amis de longue date, bien décidés à couch­er ensem­ble devant une caméra ama­teur. Le film, pas inin­téres­sant dans sa façon orig­i­nale de met­tre en scène le désir de trans­gres­sion comme dernier lien avec une jeunesse per­due, se per­dait dans un inter­minable cli­max faiblard, inévitable­ment lâche et donc déce­vant. Mal­gré ses comé­di­ens sym­pa­thiques et son embal­lage foutraque mais cohérent avec son sujet, on avait rangé Hump­day dans la caté­gorie des films-con­cepts aus­sitôt vus, aus­sitôt oubliés.

Pour sûr, on ne s’at­tendait pas à ce que notre Yvan Attal nation­al vienne nous rafraîchir la mémoire. Réal­isa­teur inof­fen­sif, plaisant mais oubli­able, Attal n’en est pas moins un comé­di­en sou­vent bril­lant et une per­son­nal­ité insai­siss­able dont on attend en per­ma­nence un coup d’é­clat, qu’il sem­ble nous refuser avec une cer­taine mal­ice. Tra­vail­lé par la ques­tion du cou­ple, de l’en­gage­ment et de la fidél­ité, qu’il a volon­taire­ment mis en scène à l’écran comme soigneuse­ment préservé à la ville, Yvan Attal se joue plutôt bien de l’at­tente et de la frus­tra­tion que sa rela­tion avec sa com­pagne Char­lotte Gains­bourg sus­cite auprès du grand pub­lic.

Welcome to Beaufland

En s’at­taquant à un remake de Hump­day, Attal déplace le curseur : le cou­ple au cen­tre du film est moins celui qu’il forme avec sa femme (jouée ici par Laeti­tia Cas­ta) que celui qu’il a autre­fois incar­né avec son meilleur ami, Jeff (François Cluzet en mode routard cool), qu’il retrou­ve après plusieurs années. Ben, le per­son­nage incar­né par Attal, a vieil­li : chou­ette mai­son, jolie femme, pro­jet d’avenir (faire un enfant)… Jeff, mal­gré les rides, est resté le même : un peu beauf, un peu con, un peu grande gueule. Entrainé par Jeff dans une soirée vague­ment under­ground chez un cou­ple gay arty (Asia Argen­to et Char­lotte Gains­bourg en les­bi­ennes branchées pour mag­a­zine de mode), Ben se décou­vre une sec­onde jeunesse, plonge les yeux fer­més dans la nos­tal­gie de ses vingt ans aux Beaux-Arts et accepte ce qui lui sem­ble être la per­for­mance artis­tique ultime : bais­er son meilleur pote pour un fes­ti­val de porno ama­teur améri­cain, Hump.

L’in­cur­sion dans le milieu des oiseaux de nuit parisiens se vautre dans une car­i­ca­ture digne des meilleurs reportages de NT1 et révèle d’emblée l’in­ten­tion du réal­isa­teur : tir­er sur tout ce qui bouge, avec la volon­té de ne pren­dre par­ti ni pour la vacuité de Jeff, post-ado mal dégrossi qui n’a jamais assumé la moin­dre respon­s­abil­ité, ni pour l’embourgeoisement stan­dard de Ben, dont la frus­tra­tion explose tar­di­ve­ment à la gueule de son épouse pass­able­ment agacée, mais patiente. Per­son­nage intéres­sant dans Hump­day, la femme de Ben est ici présen­tée comme une hys­térique obsédée par sa future grossesse, avant de se trans­former en ange philosophe qui regarde, avec un mélange de com­pas­sion et de colère, son mari som­br­er dans une crise que rien ne sem­ble pou­voir arrêter. Mais Attal est inca­pable de don­ner corps aux ater­moiements des uns ou des autres : tout sonne faux et creux, le film se résumant à une suc­ces­sion de ges­tic­u­la­tions grotesques qui évac­uent toute pos­si­bil­ité d’i­den­ti­fi­ca­tion. Si le réal­isa­teur s’in­téresse un peu plus que Lynn Shel­ton à une pos­si­ble atti­rance sex­uelle inavouée entre ses deux pro­tag­o­nistes, il n’en tire rien. La scène tant atten­due entre les deux hommes joue la même par­ti­tion comi­co-beauf des hétéros qui jouent à se faire peur en se roulant une pelle dans une cham­bre d’hô­tel glauque, pour­tant le résul­tat fait encore plus peine à voir que dans l’o­rig­i­nal. Est-ce que parce qu’i­ci, le vis­age con­nu des deux comé­di­ens rend la démarche plus com­mer­ciale, et donc plus hyp­ocrite, plus cynique ? Ou est-ce le regard porté par une femme qui fait ici défaut ? Il manque à Do Not Dis­turb la ten­dresse avisée de la réal­isatrice de Hump­day, qui rendait les héros un min­i­mum attachants à défaut d’être pas­sion­nants, et fai­sait du per­son­nage de l’épouse un rem­part à la fois pro­tecteur et alié­nant con­tre la quête impos­si­ble et futile des deux amis. Attal ne filme que des fig­ures désar­tic­ulées qui se voudraient héri­tières mod­ernes de Truf­faut (Jules et Jim revis­ités), mais évo­quent plus la tra­di­tion comi­co-fran­chouil­larde d’un ciné­ma pop­u­laire français exsangue. Les Améri­cains n’ont donc plus le mono­pole du remake de mau­vais goût…

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