Mystère à Mexico / Two O’Clock Courage

Mystère à Mexico / Two O’Clock Courage

de Robert Wise, Anthony Mann

  • Mystère à Mexico / Two O’Clock Courage
  • (Mystery in Mexico / Two O'Clock Courage)
  • États-Unis1948 / 1945
  • Réalisation : Robert Wise, Anthony Mann
  • Scénario : Lawrence Kimble, Muriel Roy Bolton / Robert E. Kent, Gordon Kahn
  • d'après : - / le roman Two O'Clock Courage
  • de : - / Gelett Burgess
  • Image : Jack Draper / Jack MacKenzie
  • Montage : Samuel E. Beetley / Philip Martin Jr
  • Musique : Paul Sawtell / Roy Webb
  • Producteur(s) : Sid Rogell / Ben Stoloff
  • Interprétation : William Lundigan (Steve Hastings), Jacqueline White (Victoria Ames)...
    Tom Conway (Ted «Step» Allison), Ann Rutherford (Patty Mitchell)...
  • Éditeur DVD : Éditions Montparnasse, coll. RKO
  • Date de sortie DVD : 4 septembre 2012
  • Durée : 1h06 / 1h06

Mystère à Mexico / Two O’Clock Courage

de Robert Wise, Anthony Mann

Un fou rire dans la nuit


Un fou rire dans la nuit

Ces deux films n’ont pas seule­ment en com­mun de par­ticiper à la nou­velle fournée des fan­tas­tiques sor­ties RKO des édi­tions Mont­par­nasse. Ce sont des polars, certes, mais d’un genre très par­ti­c­uli­er: oubliés les Philip Mar­lowe, Sam Spade, leurs femmes fatales et leurs vilains gang­sters. Voici deux œuvres, certes mineures, qui s’a­musent au mélange des gen­res et ont au moins le mérite d’avoir aidé deux futurs maîtres à se per­fec­tion­ner: Robert Wise, et surtout Antho­ny Mann. Le cinéphile-qui-croit-avoir-déjà-tout-vu se délectera d’être détrompé.

On le sait: il y a un avant et un après Howard Hugh­es pour les stu­dios RKO. Le avant, ce sont Fred Astaire et Gin­ger Rogers, quelques screw­ball come­dies, Cit­i­zen Kane… Puis l’ex­cen­trique mil­liar­daire rachète la com­pag­nie pour le plaisir de con­tem­pler de jolies star­lettes et la coule une dizaine d’an­nées plus tard. Aupar­a­vant, il a tout de même lais­sé le champ libre à quelques per­les, et per­mis l’é­clo­sion des polars de série B, trop vite rangés au plac­ard des films qui ne méri­tent pas qu’on s’en sou­vi­enne. Enfin, comme ici avec Two O’Clock Courage et Mys­tère à Mex­i­co, il s’est même fendu de “décou­vrir” quelques réal­isa­teurs qui finiront par laiss­er leur trace dans l’his­toire du ciné­ma, que ce soit dans la comédie musi­cale (Wise) ou le west­ern (Antho­ny Mann).

Une série B, késako? Tech­nique­ment, un film qui ne béné­fi­cie pas des mêmes bud­gets de pro­duc­tion qu’une série A. Par­fois, un film réal­isé et pro­duit à toute vitesse pour rem­plir les salles. Il faut con­cur­rencer la télévi­sion qui prend son essor en offrant un choix plus large. La quan­tité cède-t-elle à la qual­ité? Certes, les pro­duc­teurs (surtout Howard Hugh­es) sont moins regar­dants, et les réal­isa­teurs pensent peut-être plus à leur chèque de fin de mois qu’à con­tenter la cri­tique intel­lectuelle. Les films sont plus courts (1h10 en moyenne), les scé­nar­ios saugrenus, les acteurs pas tout à fait à leur place. Et pour­tant, la série B offre un vrai plaisir au cinéphile, une sorte de cock­tail de légèreté et de sim­plic­ité, un mélange des gen­res que n’oserait pas for­cé­ment un cinéaste recon­nu, une vraie lib­erté créa­tive que n’au­tori­saient plus les gross­es pro­duc­tions depuis l’avène­ment du par­lant. En quelque sorte, un retour aux sources du ciné­ma comme diver­tisse­ment pop­u­laire.

On exagère? Non. Il y a pléthore de séries B plan-plan, dont le scé­nario est si mince qu’on peut à peine trou­ver à le filmer qu’en plan fixe, la caméra posée devant les acteurs, qui sem­blent retenir un bâille­ment: per­son­ne n’y croit, nous non plus. Et puis, il y a Mys­tère à Mex­i­co, où un détec­tive masqué séduit une jeune chanteuse dans un vol pour Mex­i­co, ren­con­tre des voleurs de bijoux, manque de se faire tuer (avec la chanteuse) mais tout est bien qui finit bien. Le bijou est si laid qu’on com­prenne à peine qu’on veuille le vol­er, le détec­tive est si peu séduisant qu’on imag­ine bien les réti­cences de la chanteuse, et pour­tant, on se laisse accrocher au sus­pense et à ce mys­tère peu mys­térieux: lequel de ces Mex­i­cains est le méchant de l’his­toire? Ces filous d’Améri­cains les ren­dront-ils tous vilains parce qu’ils par­lent anglais avec un mau­vais accent? La chanteuse parvien­dra-t-elle à mon­tr­er à son détec­tive qu’elle a beau ne pas être une femme fatale, elle n’en reste pas moins plus qu’un objet sex­uel? Tout cela est bien ryth­mé, joli dans ses fauss­es ten­ta­tives de réal­isme, bref on ne s’en­nuie pas une sec­onde.

Mais il faut quand même avouer une petite préférence pour Two O’Clock Courage, pour le coup vrai­ment loufoque. Le film noir dure à peine deux min­utes, le temps d’un coup de feu dans la nuit. Puis le héros ren­con­tre une jeune chauf­feur de taxi (mer­veilleuse Ann Ruther­ford) et nous voilà embar­qués dans une comédie com­plète­ment absurde. Ted est amnésique, mais dégouline de sang et se rend compte très rapi­de­ment qu’il est le prin­ci­pal sus­pect d’un meurtre. Suiv­ie par la taxi­woman sur­voltée (qui ne le lâche pas d’une semelle sans qu’on sache trop bien pourquoi), il va men­er sa pro­pre enquête pour savoir s’il doit se dénon­cer ou non à la police (sic). On se fiche de con­naître le nom du coupable (pour être hon­nête, on ne se sou­vient plus trop de qui il s’ag­it), mais on s’a­muse beau­coup: Antho­ny Mann réus­sit même à don­ner ici et là des relents hawk­siens à son œuvre. C’est dire qu’il ne s’ag­it pas tout à fait d’une série B lamb­da

Le ciné­ma améri­cain n’est jamais aus­si plaisant que lorsqu’il se moque de lui-même. S’il a créé des gen­res, il est tout aus­si capa­ble de les dyna­miter. Certes Mys­tère à Mex­i­co et Two O’Clock Courage ont la fac­ture du film noir (enquêtes, meurtres, décors noc­turnes, per­son­nages ambi­gus, retourne­ments de sit­u­a­tion), mais ils ont tout autant l’e­sprit de la screw­ball com­e­dy. Le hap­py end­ing est presque don­né d’of­fice, le véri­ta­ble sus­pense importe peu: seuls comptent le diver­tisse­ment, la vic­toire du rythme con­tre l’en­nui, les numéros de comé­di­ens qui se soucient peu de leur répu­ta­tion. On adhère, comme on respire une bouf­fée d’air frais.

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